L'Agriculteur de l'Aisne 17 mai 2010 à 14h25 | Par Airy Darbon

10 000 manifestants et 1 500 tracteurs à Paris

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 (© l'agriculteur de l'aisne)

Du 26 au 27 avril, des centaines de tracteurs ont convergé sur Paris. Dans l’Aisne, 4 convois ont rejoint la capitale. Pour les premiers, les départs se sont organisés à partir de 2 heures du matin pour rejoindre les péages de Coutevroult et de Senlis. Quelle ambiance à partir de 6 heures du matin sur ces deux points de rassemblement. On pouvait voir des plaques 51, 57, 02, 60, 80, 62, 59, 77 et surtout des exploitants tenant le même discours. «Nous sommes venus ensemble pour démontrer que l’agriculture est un élément essentiel du paysage français». Beaucoup de dignité, beaucoup de respect tout au long de la journée. Entre eux, les paysans parlaient de leurs préoccupations selon les productions qu’ils réalisaient et surtout ils témoignaient aux Parisiens qui leur ont réservé un accueil chaleureux, leur quotidien. Il faut dire que les tracteurs venus nombreux ont été immobilisés pendant plus de deux heures sur le périphérique, plus de trois heures dans les artères de Paris entre la Bastille et la Nation. Comme le disait le président Bontour, «si l’on veut connaître la pression des exploitants au quotidien, il suffit d’additionner la pression de l’ensemble des pneumatiques des tracteurs présents». Bien entendu, ce que l’on retiendra c’est une démonstration de force pour amener le Gouvernement à réagir à la situation gravissime que connaissent les exploitants. Beaucoup de Parisiens disaient «si les paysans sont dans la rue, c’est que l’heure est grave».

Les heures passant, il fallait repartir et retrouver ses bus, son convoi et cela n’a pas été toujours chose facile. Un coup de chapeau aux organisateurs, à l’ensemble des OPA et aux partenaires du monde agricole, car il a fallu respecter des consignes de sécurité draconienne, qu’ont su mettre en application tous les manifestants. La nuit tombant, chacun s’est éparpillé dans la campagne après 23 heures non stop pour les plus éloignés.

 

Toute la profession présente

Sur les pavés de Paris, il n’y avait pas de distinction entre les jeunes, les aînés, les anciens, les conjointes d’exploitation. Tour à tour, tous sont venus témoigner leur amertume face à une telle situation. Des femmes, conjointes d’exploitations, avec une émotion dans la voix, ont dit qu’elles comptaient chaque jour ce qu’il y avait dans le porte-monnaie afin de nourrir leur famille et d’assurer l’éducation de leurs enfants. Les anciens apportaient leur soutien mais reconnaissaient que s’ils avaient connu des crises, celle-ci était d’une telle ampleur et ils demandaient à tous les exploitants de se serrer les coudes entre-eux.

Pour les jeunes, ceux qui ont osé franchir le pas de l’installation, c’est fermement qu’ils se sont orientés à dire : «si nous avons fait ce choix, nous en sommes responsables. Mais nous l’avons fait en connaissant des règles de financement, de production et ces mêmes règles en quelques mois, ont été bouleversées. Comment un chef d’entreprise peut-il gérer sans avoir le minimum de visibilité ?».

Ils l’ont dit : être chef d’entreprise, ce sont de lourds investissements. Ce qu’ils ont peur, c’est la réforme annoncée de 2013. Oui au respect de l’environnement, oui à savoir être compétitif, mais l’Europe à force de laisser ses paysans, elle finira par importer des produits agricoles du monde entier. Est-ce que c’est ça que veulent les Français et les Européens

Tirer un juste revenu du métier

Cette manifestation beaucoup en rêvaient. Dans l’Aisne, si 90 tracteurs se sont mélangés au 1500 présents, il y avait aussi 400 manifestants à pied venus de l’Aisne. Dans les rangs axoniens, toutes les productions étaient rassemblées et au cours des interviews, il n’était pas question de distinguer céréaliers et éleveurs. Les témoignages allaient tous dans le même sens. Ce sont tous les paysans qui vivent une crise. Certes à des moments différents, mais la résultante est la même. Les trésoreries pour certains sont à sec, pour d’autres c’est à venir. Dans les propos, ce n’était plus de la colère, c’était véritablement une demande de réalisme auprès des Pouvoirs publics et orientée tout particulièrement vers le président de la République. Au delà de dénoncer la baisse des revenus, les 10 000 manifestants présents réclamaient une intervention urgente de l’Etat. Et surtout, dans le cadre européen, de refixer des règles d’organisation de marché. Sur ce point, tout le monde dans les rangs évoquaient la venue du commissaire européen Dacian Ciolos, le 28 avril à Paris. Les manifestants invitaient leurs dirigeants à le rencontrer et à lui montrer l’hécatombe que provoque l’absence de cohérence dans le cadre de la politique agricole commune.

Sur le même ton, il a été fortement dénoncé les orientations qu’avait pu prendre Michel Barnier, ancien ministre de l’agriculture, sur le bilan de santé de la PAC. Les intervenants sur la tribune l’ont rappelé. La marche était trop haute. Aucun secteur de l’agriculture ne pouvait résister à un tel schéma. Pour les responsables agricoles, il y a des mesures de correction qui dépendent de la France. Tant sur les problèmes environnementaux que l’allègement des charges et surtout, dans leurs propos, ils appelaient à un retour à la raison. Il était rappelé que certains avaient prédit que les cours resteraient durablement élevés. Aujourd’hui, ces personnes ne sont plus aux commandes et c’est le paysan qui paie. Ce paysan déclarait Philippe Pinta, n’a cessé de faire des efforts de productivité dans le domaine des céréales, même propos pour Henri Brichart pour les productions laitières. Pour les deux hommes, la même conclusion à leur bouche : quel intérêt d’avoir la meilleure agriculture du monde si on n’en tire pas un juste revenu ? Cette phrase est un des éléments qui fédère les agriculteurs entre eux. Alors si ce rassemblement était un succès, autant en termes de communication, faut-il le rappeler plus de 100 médias présents de France et d’Europe n’ont cessé d’interviewer les exploitants.

De la simple question combien coûte un tracteur à demander le revenu mensuel et surtout de comprendre ce que voulaient les paysans. Au contraire de ce qui est dit : agriculteur pollueur, demandeur de subvention, producteur d’excédent,… c’était des propos totalement inversés : vous avez un rôle de nourrisseur, de gestion des ressources naturelles, de tradition, et surtout vous êtes aussi porteurs de valeurs et vous êtes les racines de notre pays.

Alors cette journée, si elle restera dans les mémoires de tous ceux qui ont pu si rendre et tous ceux qui les ont accompagnés à distance, il faut qu’elle puisse permettre aux exploitants de retrouver des orientations porteuses de développement. Pour cela, la France doit en urgence revoir une partie des réglementations dont elle a le pouvoir d’alléger et côté de Bruxelles d’arrêter la dérégulation des marchés.

 

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