L'Agriculteur de l'Aisne 25 juin 2010 à 10h23 | Par Gaëtane Trichet

54 ans de collection d’automobiles anciennes

Intarissable ! A 73 ans, Jean-Pierre Bécret n’a rien perdu de sa fougue. Surtout quand il parle de mécanique et de voitures anciennes. Retour sur un passionné, un vrai, qui vous ramène à chaque parole, dans les années avant et après guerre.

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Une Citroën 5HP 2 places de 1924. C’est la toute première voiture  que Jean-Pierre Bécret a acheté en août 1956 sans d’ailleurs penser à devenir collectionneur. «Ma famille voulait m’offrir une 2 cv d’occasion. Je n’ai jamais voulu. C’était la 5 HP qui me plaisait, c’est tout». A l’époque, il ne parle pas encore de collection mais d’un coup de coeur. «Cette voiture roulait mais était un peu fatiguée. Je l’ai retapée et elle démarre au quart de tour». Mais le pli est pris. A partir de 1956, dès qu’une occasion se présente, il s’y intéresse. D’ailleurs, il sillonne la France entière, fouine dans les magazines spécialisés, à la recherche de la perle rare. «Peu importe la qualité de la voiture, peu importe l’état du moteur. Ce qui compte, c’est ce qu’elle représente». A titre d’exemple, Jean-Pierre montre du doigt un coach Delage 6-11 noir garé dans un de ses hangars. «Je repense à mon grand-père qui en possédait un.  Je rêvais de le conduire lorsque j’étais gamin. Je ne supportais pas l’idée qu’elle puisse partir à la ferraille. Et pourtant…» dit-il songeur et amer. En 2002, il a la possibilité d’acquérir un coach Delage D 6-11 noir. «C’était pratiquement la même que celle de mon grand-père. Il y avait quelques bricoles à revoir, mais elle en valait la peine. Le six cylindres en ligne est une merveille de souplesse, c’est un bloc moderne, bien carré avec un alésage et une course en 75x75,5 qui monte vite dans les tours» explique Jean-Pierre. «Une vraie Delage doit avoir la calandre droite. Celles qui sont inclinées nous projettent déjà dans l’époque où la firme était passée sous la tutelle de Delahaye». Cela ne l’empêche pas d’avoir un coach Delahaye 235 Chapron de 1953 qui attend d’être restauré.
Autre coup de coeur de Jean-Pierre, une Brasier. «C’était le nom de jeune fille de ma mère ». Ou encore cette Ariès type CC4S de 1926 qu’il a dénichée chez un ferrailleur en Thiérache. «Cette voiture a été conçue par le Baron Charles Petiet» explique-t-il détaillant la mécanique, un moteur de 4 cylindres à arbres à cames en tête et paliers de vilebrequin sur billes.
Non loin de là, trois voitures de marque Voisin. Gabriel Voisin (1880-1973) fut l'un des plus célèbres pionniers français de l'aéronautique et il sera même le premier à présenter au Ministère de la Guerre un avion entièrement métallique. En 1918, il quitte ce domaine et reconvertit l’intégralité de ses usines dans la construction automobile baptisée «Avions Voisin». Sigle qui apparaîtra ensuite sur les radiateurs de ses voitures. A partir de 1926 et après de nombreux modèles, Voisin livre des voitures entièrement carrossées, contrairement aux usages de l'époque où les constructeurs fournissaient des châssis nus aux carrossiers. En 1923, il tenta d'appliquer de façon approfondie la technique aéronautique avec l’optimisation du poids, une carrosserie profilée en aluminium, une pompe à hélice, et l’absence de différentiel. Il lança ensuite la C-11, dont le châssis et la carrosserie étaient entièrement en aluminium, suivie d'un modèle plus ambitieux :  la C-12 à moteur de 4,5 litres. «Je suis tombé amoureux de ces voitures, bien dessinées et intelligemment conçues. Les carrosseries sont élégantes, elles sortent de l’ordinaire et sont avant-gardistes. On les remarque, elles ont une personnalité affirmée». Parmi  ses voitures Voisin, la C11 Voisin a appartenu à Anthony Hetking, petit-fils de Gabriel Voisin.  «C’est Philippe, mon fils, qui l’a trouvée».
La mécanique est également importante aux yeux de Jean-Pierre et aiguille ses choix. Bielle, soupape, cylindres, bougies,… tout y passe et à chaque fois, Jean-Pierre sort une pièce d’époque de son atelier. Des quantités achetées ou échangées avec d’autres passionnés. Avignon, Lyon, Reims, Paris… Jean-Pierre a sillonné toute la France pour participer à des salons et tenir le stand Voisin.

Certaines voitures font leur cinéma
8 voitures en état de marche et une bonne quinzaine à retaper. Un gros double phaéton GCV de  Charron-Girardot et Voigt type L de 1905,  une Brasier 1912, une Citroën 1922, une Peugeot 172 BS 1927, Voisin C 11 1927, Ariès, une Delage D6 11… se côtoient dans les granges de l’exploitation. «C’est très long de remettre en état une voiture. Je suis en retraite et je peux y consacrer plus de temps. J’ai même des copains qui viennent me donner un coup de main dès que je les appelle».
Avec ses amis des «Teuf-teuf », du club Voisin ou du groupement des amateurs de véhicules anciens de Picardie dont il est président pour l’Aisne, Jean-Pierre Bécret est toujours prêt à parcourir des kilomètres avec l’une ou l’autre de ses automobiles. Il se rend dans des salons et a participé à des courses automobiles avec ses voitures. Des voitures qui font partie avec celles d’autres collectionneurs, d’un book réalisé par Martin Grangé. «Des réalisateurs ont vu les photos et ont retenu certaines de mes voitures pour le tournage de leur film. C’est pourquoi on peut voir certains de mes modèles dans Séraphine ou la Môme par exemple» où Jean-Pierre apparaît au volant d’une entre elles.
Lorsqu’on lui demande depuis quand il est passionné par la mécanique, il répond : «tout petit déjà je démontais, remontais des objets, je voulais toujours savoir comment cela fonctionnait, c’était un plaisir pour moi» raconte Jean-Pierre Bécret. Et c’est la mécanique qui l’attire. «C’était pendant la guerre, un tracteur Latil sur la ferme de mes parents est tombé en panne. Le mécanicien du village est venu et a tout démonté. J’étais gamin et j’ai vu l’intérieur du moteur. C’était mes premiers travaux pratiques» se souvient-il.
Rien ne l’arrête. Ni les voitures, ni les tracteurs. Cet ancien agriculteur n’a jamais fait réparer un de ses matériels. «J’achetais des matériels d’occasion rarement du neuf. Je n’ai jamais eu de facture de réparation. J’ai toujours tout fait moi-même».

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