L'Agriculteur de l'Aisne 04 juin 2012 à 17h55 | Par Gaetane Trichet

Afdi Picardie - AFDI Picardie cherche des financements supplémentaires

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Bertrand Venet
Bertrand Venet - © l'agriculteur de l'aisne
Militer pour le droit à l’alimentation dans le cadre d’un pacte entre les citoyens et les paysans, défendre l’exploitation  familiale face à l’agrobusiness ultra libéral, défendre l’accès à la terre pour les paysans dans leur pays, aider les paysans à s’organiser de manière syndicale et économique sont autant d’enjeux que  relèvent les AFDI (agriculteurs français et développement international). Pour ce faire, «AFDI évolue dans ses méthodes, dans ses partenariats. Comment ? En initiant une démarche qualité visant à renforcer le réseau des AFDI régionales, et qui offrira une  plus grande professionnalisation à la fois de nos militants et aussi de nos collaborateurs, avec des plans de formation adaptés à chacun» a expliqué Bertrand Venet, président d’AFDI Picardie, soulignant une amélioration des plaidoyers et une modernisation des statuts de l’association.
Toutefois, pour remplir ses missions, AFDI Picardie a besoin de fonds, et au grand regret du président, les financements publics deviennent moins importants que les privés. «Nous devons trouver des financements en développant de nouveaux partenariats. C’est essentiel pour l’avenir de notre association» a insisté le président. «Nous devons communiquer plus et nous ouvrir au-delà de l’agriculture». Aujourd’hui, AFDI Picardie bénéficie du soutien d’organismes agricoles picards. Il compte aussi sur quelques partenaires mondialement connus comme Nespresso, ou Rainforest. «Nos atouts ? Des expériences de développement et d’agriculture durables» a assuré Bertrand Venet, soulignant qu’AFDI Picardie est pilote en la matière. En Afrique, avec le CAGEF (centre d’appui à la gestion des exploitations familiales) au Burkina Faso et l’ADAPS (association pour le développement de l’agriculture et du paysannat du Sambirano) à Madagascar, AFDI Picardie transfert des compétences et passe actuellement au transfert de gestion. «Nous aidons les agriculteurs du sud à acquérir l’autonomie à la fois dans leurs décisions financières et dans une démarche de progrès. Nous voulons aussi les aider à réfléchir sur les méthodes de gouvernance. Nous avons signé des conventions de partenariat avec eux où les droits et devoirs de chacun sont clairement établis». Alors pour l’avenir, «soyons à la hauteur des enjeux du développement, de la transmission de compétences pour nos partenaires au sud. La voie est toute tracée : plus de professionnalisation et plus de transparence».
De gauche à droite : Jean-François Langlet, Faliry Boly et Philippe Meurs.
De gauche à droite : Jean-François Langlet, Faliry Boly et Philippe Meurs. - © L'agriculteur de l'Aisne - GT

L’agriculture africaine et l’agriculture française rencontrent les mêmes problèmes… à des degrés différents

Autour d’une table ronde, Jean-François Langlet, président de Jeunes Agriculteurs de l’Aisne, Faliry Boly, secrétaire général du syndicat d’exploitations agricoles de l’office du Niger, producteur de riz, et Philippe Meurs, représentant de l’USAA ont répondu à la question : agriculteurs, un métier d’avenir au nord comme au sud. Des similitudes entre les pays, il y en a. Accès au foncier, transmission, installation, climat, eau,… sont autant de problématiques communes entre le nord et le sud. A des degrés différents bien sûr. «Chez nous au Mali, le statut agricole n’est pas reconnu. Nous poussons pour définir un statut car nous sommes sur des terres transmises par les aïeux, mais nous n’en sommes pas propriétaires. Pourtant, l’agriculture touche tout le monde. Plus de 60 % de la population est agriculteur. Mais quel est leur avenir ?» s’est interrogé Faliry Boly, imageant souvent ses propos d’un proverbe africain. «Nos productions ne sont pas assez importantes et nous devons changer de méthodes pour aborder les marchés. Produire plus pour pérenniser le métier». Ce qui sous-entend une politique adaptée mais les gouvernements africains sont loin de s’engager dans cette optique. Sans oublier des conditions climatiques difficiles.
Pour Jean-François Langlet, l’agriculture est un métier d’avenir. A condition que les politiques aillent dans le bon sens. «Il y a un vrai enjeu alimentaire et énergétique» renforce Philippe Meurs. «Mais pour que le métier vive, il faut qu’il se renouvelle», a-t-il assuré abordant ainsi le sujet de l’accès au foncier. «En France, c’est une vraie problématique. Le foncier est un frein à l’installation au vu des prix pratiqués». «En Afrique, les terres sont vendues par l’Etat à des étrangers plutôt qu’aux autochtones qui produisent et nourrissent la population locale» s’inquiète Faliry Boly, rappelant que la population sur son continent doublera d’ici quelques décennies. «Les jeunes ne veulent plus travailler la terre comme leurs pères. Ils préfèrent la ville ou s’installer en Europe». Alors comment faire pour sécuriser un avenir agricole en Afrique ? «Nos gouvernements ne concèdent pas assez de moyens pour l’agriculture». Aussi, avec l’aide de son syndicat, Faliry Boly fait des propositions aux élus de son pays. «Grâce au syndicat, nous avons réussi à minimiser les ventes de terre qui ne l’oublions pas, appartiennent à l’Etat. Nous insistons pour créer des baux de 30 ans renouvelables toujours pour sécuriser les agriculteurs, avec un accès au crédit pour investir sur le long terme», a-t-il insisté, réclamant aussi une protection juridique. Fort de son expérience, le secrétaire général a insisté sur l’organisation agricole. «Nous devons être structurés et formés pour nous défendre. Nous avons de l’argent et nous aimerions qu’il soit investi dans la recherche pour progresser».
Philippe Meurs lui aussi a insisté sur l’importance des outils syndicaux, des différentes organisations, de la coopération et du mutualisme qui ont forgé l’agriculture d’aujourd’hui. «Le vrai enjeu, c’est l’engagement que l’on peut avoir au sein de ces structures. C’est vrai chez nous, c’est vrai chez vous» a-t-il dit, s’adressant à Faliry Boly qui a assuré “qu’on devait être maître de son destin”. «Les mentalités doivent changer dans nos pays. On doit prendre confiance en nous, pouvoir parler d’égal à égal avec les élus politiques et AFDI nous y aide. Au Mali, nous avons les possibilités de nous en sortir grâce à l’organisation des agriculteurs et AFDI nous aide en ce sens».

Face à la situation au Mali, Faliry Boly demande l’aide des agriculteurs picards

La situation géopolitique au Mali est grave. Au milieu d’une guerre civile, une crise alimentaire majeure est en train de se dessiner. Faliry Boly, producteur de riz et secrétaire général du syndicat des exploitations agricoles de l’Office du Niger qui compte 15000 adhérents en réseau, a attiré l’attention des agriculteurs picards sur les conséquences alarmantes de la crise politique pour les paysans maliens.
Lors d’un coup d’état en mars dernier, le président malien Amadou Tournani Touré a été renversé par l’armée. Le pays est coupé en deux et le Nord est devenu une zone d’instabilité commandée par les rebelles, des touaregs et des islamistes. «Les rebelles du nord ont tout détruit sur leur passage, les banques, les infrastructures, les magasins... Il ne reste plus rien aux populations. Les voleurs, chez nous aujourd'hui, sont beaucoup plus plaints et écoutés que les volés. Ils violent les femmes, tuent les hommes, profanent tout jusqu'aux tombes de nos morts. La rébellion du nord a détruit les grandes bibliothèques de Tombouctou classées au patrimoine de l'Unesco».
Les agriculteurs, qui représentent plus de 60 % de la population du pays, sont les premiers touchés par la situation politique. Une situation d’autant plus préoccupante que les conditions climatiques défavorables entraînent le Sahel vers une crise alimentaire majeure. «La population est terrorisée. Des gens sont partis, d’autres ont envoyé leur famille très loin pour les protéger. Les rebelles font pression pour que la population quitte la zone. Tout cela va avoir des effets sur la campagne agricole cette année : des paysans ont fui, il faut nourrir les populations déplacées, nous avons des inquiétudes sur la fourniture en intrants».
Avec le ministère de l’Agriculture malien, nous avons défini un plan d’urgence pour faire démarrer la campagne agricole le plus vite possible. Parallèlement, dans les zones irriguées comme dans l’Office du Niger (région du Mali), “nous essayons d’intensifier la production et de mettre en place des doubles cultures, afin de pallier au mieux le déficit que nous risquons d’avoir. Et cela en dehors même des conditions climatiques car on ne sait pas encore comment sera l’hivernage” (NDLR : saison des pluies, celle de l’année 2012 ayant été marquée par une très faible pluviométrie entraînant une sécheresse dramatique pour les cultures). Néanmoins, l’accès à l’alimentation sera difficile et il faudra également compter sur la solidarité au sein de la population.
“Cette crise est un problème malien, et je considère que la solution se trouve au Mali. Cependant, c’est une situation qui peut très vite dégénérer, s’étendre dans la région, et avoir des répercussions dans le monde entier. Il est crucial que les populations fassent très attention et s’attachent à dénoncer ces choses-là”.
Bertrand Venet, président d’AFDI Picardie, association qui aide depuis plus de 30 ans les paysans africains, a assuré Faliry Boly de son soutien pour le développement agricole au Mali.

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