L'Agriculteur de l'Aisne 03 juillet 2014 à 17h38 | Par Actuagri

Agro écologie

L’agro écologie s’insère progressivement dans le paysage agricole. Comme en Champagne-Ardenne où de nombreux agriculteurs l’ont adoptée. Retour d’expérience à l’occasion d’un voyage d’études de l’Afja.

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«Nous devons passer du stade des pionniers à la généralisation», explique Benoît Collard, agriculteur à Somme Tourbe dans la Marne au nord de la Champagne crayeuse, à un groupe de journalistes de l’Association française des journalistes agricoles. C’est dans les années 80, dans la foulée de son installation, qu’il a commencé à s’interroger sur ses pratiques agricoles. Arrivé en 1953 sur cette ferme céréalière de 60 hectares à laquelle était associé un élevage laitier, son père a rapidement abandonné le lait jugé trop contraignant. L’exploitation a donné la priorité aux grandes cultures. Benoît Collard ne cache pas que le système a bien fonctionné pendant de nombreuses années. Jusqu’à ce qu’il s’interroge sur l’effet négatif de ses pratiques agricoles sur l’environnement, qu’il s’agisse de la pollution des eaux par les nitrates ou de l’impact des produits phytosanitaires sur la biodiversité. Très tôt dans les années 1993/1994, il rejoint le réseau Farre pour réfléchir à l’évolution de ses pratiques. Premières décisions importantes, l’abandon du labour et l’allongement des rotations. Désormais plus d’une dizaine de cultures, luzerne déshydratée, colza, orge, triticale, blé, betteraves, pommes de terre, pois, plants de pommes de terre…, tournent sur sa ferme qui compte aujourd’hui 155 hectares. Effet immédiat ses apports de phytosanitaires sont inférieurs de 35 à 40 % à la moyenne régionale. Mais il ne compte pas en rester là et faire encore mieux en développant les traitements localisés et le binage mécanique. Ainsi vient-il de réaliser un gros investissement avec l’acquisition d’une bineuse munie d’une caméra. Et sur les insecticides, «mon objectif est de les supprimer à terme», projette-t-il. Les bandes enherbées sont progressivement remplacées par des alignements d’arbustes «pour favoriser le développement des insectes auxiliaires». Il va même plus loin, en redivisant ses champs en parcelles de 7 à 8 hectares plus propices aux insectes. Et pour ce qui est des engrais, Benoît Collard envisage de supprimer, à terme, les apports d’engrais minéraux en les remplaçant par des engrais organiques. Ainsi, l’élevage de volailles fermières (poulets, dindes et pintades) déjà créé, il y a quelques années, est appelé à se développer. Les apports de matière organique seront dopés par un échange de fumier contre de la paille avec un éleveur voisin.

Instabilité réglementaire

Bertrand Patenotre, exploitant agricole à Piney dans l’Aube et adhérent de la coopérative Vivescia, a abandonné le schéma classique : blé, orge, colza, pour se consacrer à l’agriculture de conservation. Lui aussi a renoncé au travail du sol. Il pratique semis direct, implante des couverts végétaux après la moisson et de nouvelles cultures pour allonger les rotations et briser le cycle des adventices. «Nous devons laisser travailler les vers de terre. Ce sont eux qui améliorent la structure du sol et favorisent l’implantation des racines» insiste-t-il. Dans la foulée, il a réintroduit un élevage de brebis sur l’exploitation qui compte 175 hectares. Son troupeau de 500 têtes permet de valoriser le couvert végétal et d’enrichir en matière organique ses sols. Chez Vivescia, il n’est pas le seul à avoir changé de pratiques. Sur les 8 000 adhérents de la coopérative, 200 ont adopté de nouvelles méthodes de culture moins agressives vis-à-vis de l’environnement. Alors ces modèles sont-ils généralisables ? Oui, estime Benoît Collard. «Le principal problème à son développement réside dans les changements incessants de réglementation» qui empêche les agriculteurs d’avoir une vision de ce qu’ils peuvent faire dans la durée. Christian Rousseau, président délégué de Vivescia pointe les risques auxquels sont confrontés les agriculteurs qui changent de modèle, en cas d’échec et qui hésitent à franchir le pas. Tout en reconnaissant que les agriculteurs n’auront pas d’autres choix à l’avenir. «Notre modèle est à bout de souffle, nos rendements stagnent en matière de céréales, malgré les progrès génétiques et nous devons faire face à une acceptabilité de nos modes de production par l’opinion publique». Pas d’autres solutions que d’inventer un nouveau modèle à la fois productif et qui prenne mieux en compte la protection de l’environnement et les attentes sociétales.

La réforme de la PAC, une chance pour la luzerne

«Il nous a manqué 100 000 tonnes pour alimenter le marché», estime Didier Maudoux, président de la coopérative France Luzerne Ucad. Depuis 1992, date à laquelle elle avait atteint sa surface maximum de 90 000 hectares, la sole consacrée à la luzerne n’a cessé de se réduire. Elle ne couvre, aujourd’hui, que 64 000 hectares dont 52 000 ha en Champagne-Ardenne. Mais la réforme de la PAC devrait lui donner un coup de fouet. Le plan protéine lui réserve une enveloppe annuelle de 8 millions d’euros, ce qui permettra d’accorder une aide couplée à l’exploitant de 125 €/ha, soit 10 €/t à l’hectare environ. En outre, en raison de son intérêt pour la biodiversité et ses caractéristiques propres qui permettent de limiter les apports d’intrants, la luzerne est éligible aux surfaces d’intérêt écologique. De quoi susciter un nouvel élan à une plante pour laquelle la filière a consacré d’énormes moyens pour économiser l’énergie lors du séchage. Didier Maudoux estime à 40 % la réduction des consommations énergétiques obtenue depuis cinq ans. Sans compter la diminution des émissions de gaz à effet de serre.

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