L'Agriculteur de l'Aisne 28 mars 2011 à 14h04 | Par Gérald Le Page

Agroressources - Utilisation de la biomasse : où en est-on dans les réalisations ?

La valorisation de la biomasse végétale est conditionnée aux avancées de la recherche et à l’organisation de filières. Un colloque a eu lieu sur le sujet à Amiens.

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Claude Roy, délégué biomasse au ministère de l’Agriculture : "le recours à la biomasse alliée à l’innovation technologique et à davantage de modération dans la consommation, est la réponse aux menaces d’un changement climatique".
Claude Roy, délégué biomasse au ministère de l’Agriculture : "le recours à la biomasse alliée à l’innovation technologique et à davantage de modération dans la consommation, est la réponse aux menaces d’un changement climatique". - © l'agriculteur de l'aisne

La biomasse végétale est appelée à se substituer, autant que faire se peut, aux matières premières fossiles qui sont limitées et polluantes. On en parle beaucoup, mais où en est-on dans les réalisations ? Cette question a fait l’objet d’un colloque organisé par Agro-Transfert le 10 mars dernier à Amiens dans le cadre du "Printemps de l’industrie".
Comme, les surfaces cultivables ne sont pas illimitées et que les besoins alimentaires de la planète vont croissants, il faudra améliorer la productivité de cette biomasse, qu’elle soit d’origine agricole ou forestière, a prévenu Claude Roy, délégué biomasse au ministère de l’Agriculture. Il a dénoncé à ce propos les "messages pirates" véhiculés par les médias et qui essaient de faire croire que le meilleur moyen de préserver la biodiversité c’est de la sanctuariser. "Pour pouvoir consommer il faut produire et produire beaucoup", a-t-il insisté, appelant à communiquer sur ce sujet complexe que "peu comprennent".
Face aux risques de conflits d’usage de la biomasse : alimentation, énergie, matériaux…, Claude Roy a également défendu la nécessité d’une allocation rationnelle des ressources. "La loi du marché n’est pas la meilleure solution, loin de là, il faut une régulation". D’autant que la biomasse, contrairement aux matières premières fossiles, est une ressource compliquée puisqu’elle peut provenir aussi bien de cultures spécifiques, de sous produits de cultures alimentaires, de déchets, de bois, et qu’elle peut être traitée de diverses manières.

Des bio-raffineries du végétal
Aujourd’hui, la biomasse représente 5 % du marché de l’énergie en France. L’objectif est de 10 % en 2020 et de 20 % en 2050. Pour y parvenir, il va falloir créer des bio-raffineries du végétal à l’instar de ce qui a été fait autrefois pour le pétrole. Parce que le végétal est complexe, le concept de bio-raffinerie a encore besoin d’être éclairci, ainsi que l’a expliqué Christophe Luguel, responsable des affaires internationales au pôle Industries et Agro-ressources. Il y a de bonnes raisons de penser, a-t-il précisé, que la création de telles unités ne se fera pas ex nihilo, mais sera le fait d’industriels qui vont intégrer la biomasse dans leurs stratégies de développement. Il y aura sans doute aussi de nouveaux acteurs, mais sur les marchés de niche. Il parait aussi vraisemblable que de grosses bio-raffineries s’installent près des ports et travaillent avec de la biomasse importée, ce qui n’exclut pas des unités en milieu rural, entraînant avec elles un développement économique local. Ce qui est sûr, a ajouté Christophe Luguel, c’est que la bio-raffinerie sera flexible, adapté à la diversité de la ressource.

La recherche a du pain sur la planche
Pour l’instant on en est encore au stade de la recherche. C’est le cas pour les biocarburants de deuxième génération. Un vaste projet, dénommé Futurol et réunissant onze acteurs (dont ARD, l’Inra, Champagne Céréales, Tereos, Total) vise la production d’éthanol à partir d’une matière première ligno-cellulosique issue de cultures biomasse, de résidus, et de co-produits agricoles et forestiers. Cent chercheurs sont mobilisés (dont la moitié de permanents) sur une quinzaine de sites en France. Un pilote va bientôt fonctionner à Pomacle dans la Marne. Si c’est concluant, un prototype industriel devrait être opérationnel en 2015, dernière étape avant le passage à la production industrielle prévue en 2020. Un autre projet de biocarburant de deuxième génération, dénommé BioTfuel, a également été lancé mais pour la production de bio-diesel. Un pilote va être construit sur le site Novance de Compiègne.  L’échéance industrielle est aussi attendue pour 2020.
De plus grande envergure encore et en cours de montage, le projet Pivert se focalise sur la chimie du végétal en vue de produire des intermédiaires de synthèse susceptibles d’entrer dans la composition de divers produits ou matériaux. Comme les précédents, ce projet intègre toutes les composantes de la production depuis les cultures jusqu’à la fabrication du produit final, en passant même dans ce cas par les retombées en matière de nutrition santé. "Il faudra trouver des voies innovantes car on est encore loin du compte pour exploiter tout le potentiel de la biomasse", souligne Jean-François Rous, de Sofiproteol.

Quelle viabilité économique ?
L’essor des utilisations de la biomasse se heurte à une autre difficulté : les relations entre les acteurs impliqués, aussi divers que le sont la ressource et ses utilisations. "Il faut mettre beaucoup de gens d’accord pour lancer un projet", ont témoigné plusieurs intervenants. On remarque que la priorité des acteurs n’est pas toujours celle du discours ambiant. Sur le terrain, la viabilité économique du projet passe bien avant la lutte contre les gaz à effet de serre. "Il faut expliquer, faire du business plan", a indiqué Cyril Flamin, de Coop Energie, une union de 26 coopératives de Picardie, Champagne-Ardenne et Ile-de-France. Par exemple, les industriels n’ont toujours pas été convaincus par l’utilisation de la paille (600 000 tonnes disponibles tous les ans en Picardie) parce qu’ils la considèrent comme un déchet sans valeur. Si le potentiel d’utilisation de la biomasse est énorme, pour l’instant son potentiel économique est faible, a estimé Francis Valter, de Sofiproteol.

Des projets locaux
Cela dit, la valorisation de la biomasse n’est pas réservée qu’à l’industrie. Des réalisations à l’échelle d’une petite région sont possibles. En Thiérache, l’association Atelier Agriculture Avesnois Thiérache a mis en place une organisation pour exploiter le bois des haies nombreuses dans cette région. Des plateformes de proximité ont été créées pour commercialiser ce bois.
Aujourd’hui, 2 500 tonnes (sur un potentiel de 35 à 38 000 tonnes) sont brûlées sous forme de plaquette dans des chaudières dont se sont équipés des agriculteurs et des collectivités. Un projet est à l’étude pour augmenter cette ressource en plantant des taillis de saules à très courte rotation dans les zones limitrophes moins boisées.
Dans le Ternois, petite région du Pas-de-Calais, un autre projet se propose de développer une production de biomasse ligno-cellulosique tout en luttant contre l’érosion des sols. Une cartographie des parcelles a été réalisée et l’on a demandé aux agriculteurs comment ils perçoivent les moyens de préserver les sols. A partir de là, un outil a été créé permettant de classer ce qui peut être fait dans telle ou telle parcelle : haie, fascine, remise en herbe, agro-foresterie… Reste maintenant à le confronter au terrain.

Les cultures biomasse en expérimentation

L’unité Agro-impact de l’Inra Estrées-Mons mène une expérimentation sur les cultures de dédiées la production de biomasse. Comme l’a expliqué Stéphane Cadoux, chercheur à cette unité, elle porte sur des espèces pérennes (miscanthus, switch grass), pluriannuelles (luzerne, fétuque, et annuelles (triticale, sorgho fibre). Il s’agit de concilier productivité de la culture, qualité de la biomasse produite et environnement (bon bilan énergie et gaz à effet de serre). C’est le miscanthus récolté en octobre qui donne le meilleur rendement à 25 tonnes/ha de matière sèche. Il présente également une très bonne efficience dans l’utilisation de l’azote. Même constat pour l’utilisation de l’eau, tout comme le switch grass. Ces deux plantes semblent donc le mieux correspondre à l’objectif poursuivi. "Mais il ne s’agit là que d’une expérimentation en un lieu donné. Les variétés ne sont pas adaptées à toutes les conditions de sol et de climat", précise Stéphane Cadoux. "Les cultures annuelles et pluriannuelles restent intéressantes, notamment les légumineuses comme la luzerne qui fixe l’azote". D’autres questions restent à creuser : où implanter ces cultures pour ne pas concurrencer les productions alimentaires ? Quels seront leurs débouchés ? Quelle est la rentabilité ?

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