L'Agriculteur de l'Aisne 28 septembre 2012 à 15h40 | Par Gaetane Trichet

Aisne - Campagne betteravière 2012-2013 : volumes en baisse et richesse élevée

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Emmanuel Pigeon, directeur du syndicat betteravier de l'Aisne
Emmanuel Pigeon, directeur du syndicat betteravier de l'Aisne - © l'agriculteur de l'aisne

La campagne betteravière 2012-2013 vient de démarrer. Pouvez-vous nous faire un premier point ?

D’ores et déjà, je peux affirmer que cette campagne sera moins bonne que l’an passé, 2011-2012 étant une année exceptionnelle tant en volumes qu’en prix. Selon les premières estimations, nous devrions atteindre 80-84 t/ha à 16. En revanche, grâce à une météo favorable depuis un mois et demi, la richesse sera élevée avec plus de 18 lors des premières réceptions.Les arrachages ont débuté avec une semaine plus tard par rapport à la précédente campagne à cause des conditions sèches. La pluie de cette semaine devrait offrir des conditions plus favorables.Du côté des industriels, la campagne devrait être écourtée du fait de la variation sensible des rendements. Les usines ont ouvert mi-septembre et devraient fermer fin décembre.

Le marché solide en 2012 apparaît plus incertain en 2013 ? Qu’en pensez-vous ?

La campagne betteravière qui débute s’ouvre en effet dans un contexte économique toujours favorable, même si le cours du sucre connaît un léger repli. Les industriels ont pu profiter de marchés valorisants et grâce au travail de la CGB et l’article 31 du règlement interprofessionnel (voir encadré ci-dessous), une partie de la valeur ajoutée sera reversée aux planteurs.La campagne 2012-2013 s’annonce moyenne en France mais aussi en Europe. En revanche, elle progresse au niveau mondial, avec la canne. Cela risque d’impacter les cours du sucre et de les faire baisser. Tout comme le report important cette année notamment en Allemagne, des sucres hors quotas sur le marché européen. Il serait donc intéressant de requalifier du sucre industriel vers du sucre alimentaire, plutôt que d’alourdir encore les stocks de report. Si la récolte 2012 paraît en mesure d’être correctement valorisée, la visibilité est limitée pour 2013. La CGB et le syndicat betteravier conseillent d’ailleurs aux planteurs de viser la stricte production de leurs quotas et contrats pour l’année prochaine, sans vouloir tabler sur des excédents.

La majorité des eurodéputés est favorable au maintien des quotas sucre jusqu’en 2020. La Commission elle, souhaite les supprimer en 2015. Où en est-on ?

Les quotas ont toujours apporté de la stabilité sur le marché de l’Union européenne. Leur abolition en 2015 frapperait lourdement les planteurs et la filière betteravière. Aujourd’hui, les libéralistes européens qui prônent l’arrêt des quotas d’ici 3 ans, favorisent  par la même, la position des industriels utilisateurs de sucre. Pourtant, le rapport de Michel Dantin, député européen, sur l’OCM et le régime sucre, vise clairement à prolonger jusqu’en 2020 les dispositions sucre. Les planteurs ont besoin de temps pour s’adapter aux nouvelles réalités du marché. C’est pourquoi la CGB et la CIBE(*) travaillent d’arrache-pied pour maintenir les quotas jusqu’en 2020.  Au niveau départemental, nous avons aussi rencontré les parlementaires et le directeur départemental de l’agriculture pour lui faire part des conséquences qui pourraient alerté d’un arrêt subit des quotas betteraviers.



L’Europe s’apprêterait à revoir sa stratégie énergétique et le gouvernement français souhaite faire une pause dans le développement des  biocarburants. Quel est votre avis ?

Un texte circule actuellement à la Commission sur une modification des deux directives communautaires sur les énergies renouvelables et sur la qualité des carburants pour prendre en compte les aspects du changement indirect d’affectation des sols. En clair, on passerait à 5 % contre 10 % actuellement dans les transports.  Au niveau français, ce serait une pause du développement des biocarburants de première génération avec 7 % d’incorporation seulement. L’objectif des 20 % qu’avait mis en avant l’Europe s’écroule. C’est inadmissible ! En Europe, ce débouché représente seulement 3 % des surfaces et en France 1 %. Si une telle décision était prise, ce serait la porte ouverte à l’augmentation de production de biocarburants pour des pays comme le Brésil ou les USA, et donc aux importations plus importantes en Europe. La position de la Commission au sujet des biocarburants n’est pas compréhensible. Nous ne sommes pas d’accord. L’ensemble de la filière biocarburants a d’ailleurs publié une lettre ouverte pour montrer son indignation à ce sujet. Il ne faut pas oublier la très importante baisse des surfaces betteravières ces 30 dernières années grâce à une meilleure compétitivité. On produit la même quantité de betteraves aujourd’hui sur 380 000 hectares contre 644 000 hectares dans les années 80. La filière française du bioéthanol considère comme «inappropriés» le plafonnement de ces débouchés et la volonté du gouvernement français de faire une pause dans le développement des biocarburants de première génération. Nous insistons sur le fait que notre propre production d’éthanol a réduit la dépendance aux énergies fossiles. Sans oublier l’apport de drêches et coproduits issus de la transformation en faveur de l’élevage. Nous restons mobilisés sur le dossier et ce, en y impliquant les parlementaires locaux.



Vous venez de nous  démontrer que la betterave bénéficie d’une compétitivité  remarquable. Faut-il encore poursuivre la recherche ?

Plus que jamais. D’ailleurs, l’ensemble de la filière a lancé Aker, un  projet de recherche sur la génomique de la betterave. Il s’agit d’identifier et localiser des caractères d’intérêt sur la carte génétique de la plante grâce à l’articulation des nouvelles informations issues de la génomique à haute densité et de méthodes de phénotypage innovantes. Ce projet associe l’ITB, la société Desprez, premier sélectionneur mondial, l’INRA et le Cemagref avec au total 11 partenaires. Les investissements se chiffrent à 21 millions d’euros sur 8 ans pour un programme qui devrait durer entre 5 et 10 ans.Le lancement d’Aker a été officialisé mercredi 26 septembre dans le Nord. Nous fondons beaucoup d’espoirs sur les résultats de ces recherches qui amélioreront encore la compétitivité de la betterave. L’objectif de gagner en rendement sucre facilitera la transition avec l’arrêt des quotas en 2020.
Le syndicat betteravier a donc du pain sur la planche ?En effet. Le conseil d’administration s’est réuni le 21 septembre dernier à Laon pour aborder tous ces sujets. Nous restons vigilants et mobilisés face aux évolutions de la filière tant au niveau français qu’européen.

(*) CGB : confédération générale des planteurs de betteraves - CIBE : confédération internationale des betteraviers européens


Supplément de prix : la CGB a demandé et obtenu l’application de l’article 31 du règlement interprofessionnel

Les accords interprofessionnels prévoient le versement d’un supplément de prix sur les betteraves du quota qui correspondent à la valorisation du sucre alimentaire par les industriels. Le montant du supplément de prix découle de la qualité de la commercialisation réalisée par les industriels. De surcroît, le cours communautaire ayant été élevé, chaque industriel a pu accéder à des marchés valorisants. Avec l’article 31 activé par la CGB, les groupes sucriers vont dégager pour les planteurs, un supplément de prix substantiel qui sera connu en fin d’année dans l’Aisne et versé en février ou mars 2013.

LE BIOETHANOL EN CHIFFRES (source Le betteravier français)
- Moins de 1 % de la SAU française consacré au bioéthanol- 1 milliard d’investissements dans de nouvelles usines- Economie de plus de 0,5 million de tonnes équivalent pétrole en 2011- 500 millions d’euros d’excédent commercial en 2011- Près de 1 million de tonnes d’émissions de CO2 évitées en 2011- 5000 emplois créés grâce à la filière

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