L'Agriculteur de l'Aisne 11 mars 2011 à 10h00 | Par Gaëtane Trichet

Assemblée générale de Jba - Donner une nouvelle dynamique à l’élevage

Nouvelle vision des marchés, nouvelle conception du métier d’éleveur,… le monde de l’élevage bouge. Nouveau directeur, équipe plus jeune, alliances avec d’autres partenaires, le monde de Jba bouge. La coopérative continue son évolution pour dynamiser l’élevage dans la région.

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Thierry Bailly, président de la coopérative des Jeunes bovins de l'Aisne
Thierry Bailly, président de la coopérative des Jeunes bovins de l'Aisne - © l'agriculteur de l'aisne

Rester confiant et développer l’élevage. C’est ce qui ressort de l’assemblée générale de Jba le 4 mars dernier à Samoussy. Pourquoi ? Deux chiffres à retenir selon les responsables : le déficit en France : 5 % des besoins. En Europe : 2 %. Sur la base de ces chiffres, les responsables de Jba gardent toute confiance en élevage. D’autant que le marché de la viande bovine continue et continuera de croître dans le monde pour répondre aux besoins des populations grandissantes.

L’éleveur de demain sera plus gestionnaire
Produire, oui, mais pas sans garantie. «L’élevage français doit retrouver de la compétitivité dans sa production pour continuer à équilibrer l’offre et la consommation sur ses propres marchés européens. Notre premier intérêt en tant qu’éleveur européen est de minimiser les importations de viande. D’où l’intérêt de redonner de la dynamique à la production bovine» a expliqué Thierry Bailly, président de Jba, insistant également sur le besoin d’adaptation de la filière bovine. «Notre métier d’éleveur devra une fois de plus s’adapter aux contraintes économiques. Celui-ci devra s’accompagner d’une gestion rigoureuse des coûts, des risques mais aussi des opportunités. Maintenir le revenu ou dégager un résultat décent sera la priorité pour demain dans notre structure d’élevage». Pour cela, le président Bailly préconise des outils d’aide à la décision, de régulation des prix, de contractualisation, d’autant plus que les aides européennes sont amenées à se restreindre d’ici 2014 au profit d’autres pays membres. «L’éleveur de demain sera plus technique, plus gestionnaire dans la connaissance de l’entreprise». Autrement dit, il devra connaître son coût de revient pour affronter les marchés. A ce sujet, les équipes de Jba accompagnent les éleveurs et proposent des formations, des réunions pour mieux appréhender cette nouvelle vision du métier d’éleveur. Ce travail est réalisé en commun avec Cap Vert, les différentes organisations professionnelles agricoles du département ou encore les centres de gestion.

Redynamiser l’élevage en France
La France produit avec des critères de haut standard comme la sécurité, l’hygiène, le respect de l’environnement et le bien-être animal. «L’Europe et la France sont d’ailleurs les référents dans le monde en ce qui concerne les productions animales». Malgré tout, l’élevage n’attire plus. Le métier est contraignant, les prix ne sont pas au rendez-vous, les charges pèsent… «Sachons donner de la dynamique et des moyens pour motiver les jeunes» insistait le président soulignant qu’un éleveur sur deux en France a plus de 50 ans. Pour étayer ses propos, Thierry Bailly a énuméré les atouts des éleveurs en particulier ceux de la région. «Dans notre région, l’élevage est souvent adossé à des productions végétales comme le blé, le colza et les betteraves. Ceci devrait être une force de dynamique à la production. Cette complémentarité de production dans nos exploitations confirme l’intérêt économique, surtout cette année, mais aussi l’intérêt environnemental pour de nombreuses zones du terroir où la diversité des sols et des cultures est intéressante.
Sachons profiter de cette symbiose entre les différentes productions agricoles du département pour mettre en avant notre dynamique d’entrepreneur vers un projet capable de ramener de la plus-value économique et sociale». Pour Thierry Bailly, «l’élevage de demain ne se regarde pas dans le rétroviseur.  L’éleveur attend tout à fait une autre façon d’exercer son activité professionnelle et attend de la société un regard non plus accusateur mais d’accompagnateur de l’équilibre agro-économique du milieu rural. L’éleveur ne veut plus subir mais devenir un acteur à part entière».

Pascal Pierre, nouveau directeur de Jba
Pascal Pierre, nouveau directeur de Jba - © l'agriculteur de l'aisne

Une coopérative forte impliquée dans le développement économique régional
Tout comme ses adhérents, Jba doit évoluer. Les responsables l’ont bien compris. C’est pourquoi des alliances ont vu le jour avec des coopératives céréales locales pour aboutir à la création de Cap Vert, ou plus récemment, des rapprochements avec Cyalin et Sicavyl et la mise en place de Champagne Ardenne Bétail, une société cogérée par Olivier Simon et Jba. «Le choix de ses stratégies d’alliance est essentiel pour pérenniser notre entreprise afin de garder notre autonomie et des capacités de développement. Cette dynamique de production doit être vécue avec l’éleveur et pour l’éleveur. Notre entreprise coopérative doit restée attachée à son territoire avec ses évolutions, et doit surtout garder son pouvoir décisionnel local. L’adhérent doit continuer à avoir un nom, une écoute et une réponse à ses besoins. Et pour cela, cette logique de confiance ne doit en rien entamer les défis économiques d’une gestion rigoureuse où la logistique coûte tous les jours, et où le regroupement de l’offre face à nos industriels abatteurs se négocie quotidiennement».
L’objectif de Jba est clair : gagner des parts de marché dans la collecte de bovins sur sa zone (Aisne et Ardennes).  Pour cela, elle s’appuie sur son histoire, son savoir faire, ses ambitions et mise sur une équipe jeune et dynamique pour concrétiser ses projets. «La région a besoin d’une structure moteur dans la dynamique de production bovine. Toutes ces stratégies d’alliance ont amené une dynamique dans l’entreprise qui a de réels atouts humains. Les hommes sont la clef de la réussite des ambitions. Le travail d’équipe est primordial, d’ailleurs sachons profiter de l’intérêt de travailler ensemble dans une entreprise à taille humaine».

Jean-Louis Rigamonti a remercié les adhérents et le personnel et a salué l'arrivée de son remplaçant.
Jean-Louis Rigamonti a remercié les adhérents et le personnel et a salué l'arrivée de son remplaçant. - © l'agriculteur de l'aisne

L’export vers les pays méditerranéens reprend du poil de la bête
Pascal Pierre, directeur de Jba, a fait le point sur les marchés européens de la viande bovine qui ont pu se redresser grâce aux pays du pourtour méditerranéen. L’export de  bovins maigres s’est développé en Algérie, Maroc et Tunisie. L’ouverture du marché turc en viande, un euro plus faible et une flamblée des prix départ Mercosur, ont tiré les prix vers le haut. Pour la France, la production est en hausse de 3,8 % et la consommation reste stable à 25,8 kg par habitant. A noter, un changement des habitudes de consommation vers des produits issus des quartiers avant (steaks hâchés). En bovins d’élevage, l’Italie reste le premier client de la France, mais sa part recule de 85 à 82 %. A l’inverse, l’Espagne gagne 3 points passant de 12 à 15 %. En femelles, l’activité sur l’export s’est développée de 5 % en 2010. Les marchés en bovins d’élevage demandent des animaux vaccinés FCO, c’est pourquoi Jba insiste sur la continuité des vaccinations pour 2011.
Pascal Pierre est ensuite revenu sur la collecte de Jba. Une collecte qui est restée stable en 2010 avec un total 17 917 animaux contre 17 859 en 2009. + 3,5 % de jeunes bovins ont été comptabilisés avec des cours supérieurs en 2010 par rapport aux deux années précédentes. En revanche, en femelles, les chiffres baissent de 9 % surtout en laitier où les éleveurs ont bénéficié des augmentations de droits à produire. En élevage, la collecte atteint + 7 % avec le retour des marchés d’exportation. «Nous avons diversifié nos clients abatteurs. Nous fournissous donc avec 9 sociétés même si Bigard reste notre principal client».
Concernant les prix, Pascal Pierre a rappelé aux éleveurs de vendre les jeunes bovins entre novembre et mars, le marché étant plus porteur à cette période. Pour les vaches de réforme de race à viande, les besoins du marché s’étalent plutôt pendant la saison du pâturage.

Pascal Pierre, nouveau directeur de la coopérative Jba

Pascal Pierre a été nommé directeur de Jba en remplacement de Jean-Louis Rigamonti qui a oeuvré pendant 14 ans à la tête de la structure. Thierry Bailly a retracé son parcours professionnel en rappelant les principaux défis que Jean-Louis Rigamonti a relevés. «Vous avez succédé à Georges Catillon en 1997 en tant que directeur. Vous vous êtes engagé très vite dans de nouveaux projets afin de faire évoluer la vie de la coopérative mais également le métier d’éleveur. Tout d’abord le nouveau centre de tri que vous avez mis en fonctionnement en 1998 a été un élément déclencheur d’une nouvelle organisation de travail dans la coopérative. Vous avez participé à la double qualification Agri Confiance et Iso obtenue en 1999 qui a fait de Jba la première coopérative certifiée en France. Cela a ouvert la formation des éleveurs de la région à la notion de traçabilité et à l’enregistrement écrit du travail. Vous avez été l’un des précurseurs dans ce domaine pour la préparation des éleveurs aux aides à la conditionnalité». «Toute la communication que vous avez mise en place auprès des clients abatteurs a permis de vivre autrement les crises sanitaires (ESB, fièvre aphteuse). Ce choix de coopératives référencées en ces temps de crise a été judicieux face à une perte de confiance des consommateurs et des industriels acheteurs très exigeants». Jean-Louis Rigamonti a également participé à la création de Cap Vert, en a été directeur jusqu’en 2006, tout comme Gem Viandes pour la distribution de viandes (bovines, ovines et porcines), société où il a été gérant jusqu’en 2010. La FCO est également passée par là entre temps.
Enfin, en 2009 et 2010, il a largement participé aux alliances avec Cyalin, Sicavyl et Champagne Ardenne Bétail. «Après ce travail au cours de 14 années bien remplies de projets réfléchis, construits et dynamisés, tout cela dans une gestion rigoureuse, adaptée et saine, vous quittez une coopérative où il n’y a pratiquement plus d’emprunts, avec une équipe salariée jeune, pleine d’avenir et motivée par de nouveaux projets».
Emu, Jean-Louis Rigamonti a remercié Thierry Bailly, ainsi que le personnel en faisant un clin d’oeil plus particulier à Georges Catillon et à Bertrand Venet, ancien président. Il a également salué la mémoire de Thierry Gouverneur «trop vite parti».
L’ancien directeur a mis à l’honneur les éleveurs et la coopération. «La coopérative, c’est des hommes et un territoire. Son objectif est le développement des éleveurs et produire pour des marchés, des consommateurs. Mais la coopérative c’est d’abord une histoire d’hommes et de femmes» a-t-il expliqué, présentant en conclusion Pascal Pierre comme un homme impliqué, droit, travailleur et proche. «Je suis content de lui laisser les clés de la maison».

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