L'Agriculteur de l'Aisne 01 juillet 2011 à 10h19 | Par Gaetane Trichet

Assemblée générale du syndicat betteravier de l'Aisne - Maintenir le règlement sucre au-delà de 2015

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- © l'agriculteur de l'aisne
Les planteurs se sont réunis à Samoussy le 10 juin dernier à l’assemblée générale du Syndicat betteravier de l’Aisne autour de Luc Démazure qui tenait l’assemblée pour la toute dernière fois en tant que président.
«Dans l’objectif du futur règlement sucre pour la période 2015-2020, le maintien du règlement sucrier est l’objectif de la CGB», annonçait son président, Éric Lainé, lors de l’assemblée générale. Cela signifie à la fois le maintien du prix minimum, des quotas sucre et des accords interprofessionnels obligatoires, sans compter la préférence communautaire qui est sauvegardée. Éric Lainé expliquait «les vertus» de ce règlement sucre qui apporte la stabilité du revenu des industriels et surtout la stabilité des prix à la consommation : cela a été mis en évidence au cours de la campagne passée, quand les prix mondiaux ont été multipliés par deux, voire trois, du fait de la pénurie de sucre. Cette pénurie a d’ailleurs permis des débouchés supplémentaires pour l’Union européenne et la requalification d’1 million de tonnes de betteraves pour la France. Le prix de marché a été en Europe de 470 euros/t en 2009 (alors que le prix de référence était d’un peu plus de 400) et de 454 euros en 2010 ; mais ce contexte international favorable reste fragile, puisque le marché mondial, dominé par le sucre de canne, pourrait de nouveau redevenir excédentaire du fait d’une hausse attendue de la production au Brésil et en Thaïlande, voire en Inde si la mousson le permet. Éric Lainé expliquait que la conjoncture a permis l’an dernier au prix de la betterave pour le hors quota exporté, d’atteindre 35 euros la tonne. À comparer avec le prix intérieur des betteraves éthanol, qui est de 22 à 23 euros la tonne, équivalent à celui des betteraves alcool.
Il évoquait l’accord interprofessionnel 2011-2012, qui a abouti sur une baisse des coûts de surpressage. Cela apporte une valorisation supérieure de la pulpe équivalant pour le planteur à entre 30 et 35 centimes par tonne de betteraves en plus. Cet accord a aussi permis de fixer un barème  de paiement des betteraves à la richesse, avec une revalorisation du prix au-delà de 19° ; un barème d’équivalence à 16° a été proposé, mais il n’y a pas eu accord avec les fabricants. Les négociations seront donc reprises sur ce sujet, ainsi que pour la revalorisation des indemnités pour arrachages précoces et pour arrachages tardifs.
L’objectif de la CGB est de poursuivre ses efforts pour que les betteraviers français deviennent compétitifs par rapport au Brésil «dont on se rapproche. Nous avons 10 ans pour devenir durablement compétitifs sur le marché mondial» assurait Eric Lainé. Les planteurs continueront d’avoir besoin de l’amélioration génétique et de l’appui de l’ITB.

81,3 t à 16 dans l’Aisne
Jean-Paul Meunier, directeur régional du syndicat betteravier, a dressé le bilan technique de la dernière campagne. Sur une surface de 59 800 ha dans l’Aisne, en baisse de 0,1 % par rapport à 2009, le rendement moyen s’est établi à 81,3 t/ha à 16° pour une moyenne française de 84,1°. La richesse en sucre a atteint 17°75 avec un rendement racine de 71,7 t/ha. La tare collet, mieux maîtrisée, s’élève à 9,4 %. Jean-Paul Meunier précisait que cela est le résultat conjoint de l’effet variétés et de la qualité des arrachages. Quant à la tare terre, les conditions météo l’ont dégradée et elle est passée à 9,9 % en moyenne.
La campagne n’a dégagé que 1 % de volumes excédentaires. La production s’est répartie pour 67 % en sucre, 17 % en alcool, 8 % en éthanol, 6 % pour d’autres usages industriels et 3 % vers l’export.

Un programme de recherche prometteur
L’ITB s’investit considérablement dans la recherche fondamentale. A partir d’une collection importante d’espèces sauvages présentant des caractéristiques spécifiques, l’Institut technique va sélectionner quinze plantes «souches» portant un maximum de diversité génétique. Puis il va les combiner pour obtenir environ deux cents plantes «croisées» dont l’observation des propriétés (phénotypage) permettra d’identifier et d’isoler les points forts (ou faibles) et enrichir ainsi la recherche variétale. Un programme de recherche aussi prometteur que lourd et qui sera présenté au financement public dans le cadre du grand emprunt,  a expliqué Marc Richard-Molard, directeur de l’ITB.

Bicentenaire de la betterave : «la glorieuse fille de l’empereur» a 200 ans


C’est en 1811 que Napoléon 1er donne sa chance à l’une des plantes les plus prometteuses de l’agriculture : la betterave. Ce qui lui doit son nom de «glorieuse fille de l’empereur».
A l’époque, le sucre consommé par les Français provient de la canne. Mais c’est la guerre avec les Britanniques qui imposent un blocus économique à la France. On sait que la betterave regorge de sucre mais on ne sait pas encore comment l’extraire. Benjamin Delessere qui possède une raffinerie aux portes de Paris, reprend les travaux du chimiste allemand Franz Karl Achard et réussit à fabriquer deux pains de sucre de betteraves parfaitement cristallisés. L’histoire est en marche. Les premiers hectares sont plantés, 7000 en 1811. Les fabriques (usines) se développent. Mais la canne à sucre revient en force en 1843, à cause de la politique de taxes liées à la production de sucre de betteraves, condamnant certaines sucreries à fermer. En 1848, nouveau rebondissement. L’abolition de l’esclavage provoque une forte hausse du prix du sucre de canne et relance la compétitivité du sucre de betteraves. La production explose et tout s’enchaîne, tout se développe. En 1884, on arrive même à une surproduction. Les cours s’effondrent. C’est pourquoi en 1902, la convention de Bruxelles établit le premier accord international sur le sucre. Le développement de la production reprend alors pour atteindre le chiffre record de 1 million de tonnes de sucre à partir de 9 millions de tonnes de betteraves. Mais la guerre 14-18 met à nouveau un frein à la production avec la destruction par les bombardements des usines, en particulier dans le grand nord de la France.

La CGB a 90 ans
Les planteurs vont alors s’organiser et en 1921, Aimé Montmirel fonde la CGB. Les planteurs se fédèrent et défendent leur revenu. Bien des événements vont apparaître au fil des années comme la création du CEDUS en 1930 et celle de l’ITB en 1945, l’évolution des règlements sucre, l’omniprésence de la concurrente canne à sucre, la betterave monogerme, la pesée géométrique, puis la pesée directe, la mécanisation, l’arrivée de l’éthanol en 2005 qui pourtant servait déjà 50 ans auparavant…
Jean-Paul Meunier a retracé l’histoire de la betterave dans l’Aisne et celle du syndicat betteravier. «Suite au décret de Napoléon 1er en 1811, l’Aisne a planté 45 ha au lieu de 400 ha prévu par l’arrêté… En 1812, l’objectif était de 1000 ha et seulement 515 ha ont été semés. Le vrai décollage s’est fait à partir de 1820. On a 36 fabriques et ce nombre va progressivement augmenter au cours des années». Le nombre d’hectares continuera sa progression pour arriver aux alentours de 60 000 dans les années 50 avec une pointe à 67 000 en 1960. Un chiffre qui reste d’actualité puisqu’aujourd’hui, la surface betteravière tourne toujours autour de 60 000 ha. Jean-Paul Meunier est revenu sur la main-d’oeuvre saisonnière qui a disparu avec la mécanisation, puis il a fait un point sur la pesée géométrique et ses «mesures à l’oeil». Puis il a commenté l’arrivée de la rhizomanie et des nématodes contrées par les variétés double-tolérantes.

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