L'Agriculteur de l'Aisne 21 octobre 2011 à 13h55 | Par Gaetane Trichet

Bande-dessinée - Lawrence de Picardie, sauveur de la betterave

Jean Saintot, fonctionnaire, et Rodamu, infographiste, deux jeunes Laonnois, viennent de sortir une bande dessinée au titre aventurier : Lawrence de Picardie.

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De gauche à droite : Jean Saintot et Rodamu
De gauche à droite : Jean Saintot et Rodamu - © l'agriculteur de l'aisne
Betteravenir le salon qui aura lieu les 26 et 27 octobre à Chéry-les-Pouilly dans l'Aisne, sera l’occasion pour les professionnels de parler de l’avenir de la betterave. L’avenir… personne ne peut le prédire dit-on. Et pourtant, Jean Saintot et Rodamu l’ont fait. Imaginez. Nous sommes à la fin du 21ème siècle, en 2081. C’est la crise pétrolière et la seule source d’énergie, c’est l’éthanol de betteraves qui attire les convoitises. Seule la Picardie possède ce précieux carburant et le gouvernement décide de nationaliser cette région et ses champs. Exploités par l’Etat, les agriculteurs sont en colère et avec le soutien d’un certain Thomas Edward Lawrence dit Lawrence de Picardie, ils vont se révolter pour récupérer leur indépendance. Le scénario est posé, la BD est lancée.
Au fil d’une cinquantaine de pages, vous y retrouverez quelques héros comme Ségolin Mérovée le Fromage de Tête, comprenez le président de la République, Michel, mécanicien professionnel originaire de Landouzy-la-Ville, Bill de Trobien, ancien maire d’Amiens, mais aussi des Chinois, des gueux, des fonctionnaires…

Un curieux mélange des genres
Jean Saintot, 26 ans, est né à Laon. C’est lui le scénariste. «Un jour en retapant une grange en Thiérache avec des potes, nous écoutions Fatals Picards, un groupe de rock mêlant l’humour et l'engagement à divers genres musicaux. C’est à ce moment qu’a germé l’idée d’écrire une nouvelle, puis un scénario de BD sur l’indépendance de la Picardie. Je suis fan de Lawrence d’Arabie et tout de suite, cela s’est imposé, Lawrence de Picardie était né». Le décor change : les chameaux sont remplacés par des vaches, les rebelles par des agriculteurs, les chars d’assaut par des moissonneuses-batteuses… C’est alors que  Lawrence de Picardie et Michel vont défendre leur territoire et la cause des betteraves.
«Il s’agit bien une aventure humoristique, fantaisiste. Nous n’avons pas voulu faire de politique, ni partager nos opinions. C’est vraiment à prendre au second degré» assurent les deux auteurs.
De son côté, Rodamu, 27 ans est né en région parisienne puis a grandi à Gap dans les Hautes-Alpes. La famille paternelle est originaire de l’Aisne et il revient dans le département et s’y installe. «En 2005, six ans après mon arrivée à Laon, j’ai été repéré par le centre info jeunesse et la direction départementale de la jeunesse et des sports, qui ont financé la publication de mon premier album : un recueil de jeux et d’énigmes pour enfants intitulé Au coeur du jeu».
Alors qu’il fait la promotion de sa première publication à la bibliothèque de Laon, il fait la connaissance de Jean Saintot qui lui parle de Lawrence de Picardie. «J’ai lu le story board et j’ai commencé à imaginer les personnages». Le travail dure deux ans, les compères ne se voyant qu’une fois par mois pour peaufiner leur BD. La colorisation durera deux années supplémentaires et il faudra encore 6 mois pour finaliser le projet.
Les héros se battent pour l'indépendance de la Picardie betteravière.
Les héros se battent pour l'indépendance de la Picardie betteravière. - © l'agriculteur de l'aisne
Le plus difficile à dessiner ? Une moissonneuse-batteuse !
Oui, mais l’agriculture, vous connaissez ? Jean Saintot a une image positive de l’agriculture. «C’est un élément essentiel à la vie économique. Les agriculteurs sont des gens très bien, chaleureux. Je suis étonné par leur côté débrouillard. Ils s’entraident et sont très solidaires».
Quant à Rodamu, il avait en mémoire le cliché parisien du paysan. «Mais les agriculteurs ont des ordinateurs dans leurs matériels, ils sont modernes. A ce jour, c’est scandaleux qu’on ne les soutienne pas plus. Ils ont beaucoup de travail et ne sont pas rémunérés à leur juste valeur. Surtout quand on voit le prix payé par le consommateur et celui payé à l’agriculteur. Ils ont du mérite et il faut le reconnaître» lance-t-il convaincu. Et il sait de quoi il parle. Pour cause, son beau-père est éleveur en Thiérache. Rodamu se rappelle : «le plus difficile dans la BD, c’était de dessiner une moissonneuse-batteuse. Mon beau-père m’a alors conseillé. J’ai même été prendre des photos d’une miniature dans un magasin» sourit-il.
- © l'agriculteur de l'aisne
La BD commence à s’arracher
Leur toute première commande a été faite par un agriculteur de la Somme. Et le syndicat betteravier les a contactés tout comme Syngenta.
Suite à un article paru dans la presse, Jean Saintot, Rodamu et Lawrence de Picardie commencent à se faire connaître. D’autres journaux locaux les contactent, puis France 3 Picardie. Le succès est en marche.
«Nous avions démarché des éditeurs professionnels mais ils n’étaient pas intéressés par notre projet. Les éditions du Topinambour à Soissons, un nom qui nous convenait très bien…,  nous ont suivis.  Nous avons pensé qu’un faible nombre d’exemplaires suffirait et qu’éventuellement, nous lancerions un deuxième tirage». Le succès ne se fait pas attendre. 200 exemplaires sont retirés quasiment aussitôt. Et les commandes continuent à affluer. Cette BD est une belle aventure pour Jean Saintot et Rodamu qui n’étaient pas vraiment prédestinés à se lancer la création d’un album puisque le premier a suivi des études politiques à Lille et le deuxième des études informatiques.
Gageons qu’à l’instar de Lawrence d’Arabie, Lawrence de Picardie passe à la postérité tant dans notre région que dans tout le pays... A lire et à relire sans modération.

De la BD au clip de promotion

Sur les remparts de Laon, avec des copains qui travaillent dans le cinéma, ils ont réalisé un petit film de lancement de Lawrence de Picardie qui est diffusé sur Youtube. «Nous avons écrit le scénario de cette bande-annonce puis nous avons emprunté des costumes à une association de reconstitution médiévale. Seul le déguisement de Lawrence de Picardie a été acheté. Coût du clip : 40 euros !» s’amusent-ils avant d’ajouter plus sérieusement qu’ils ont décidé de promouvoir aussi leur bande dessinée lors de festivals et autres événements.
Lawrence de Picardie est en dépôt vente à la Maison de la presse rue Châtelaine à Laon et pour toute commande : rodamu.blogspot.com ou rodamu02@hotmail.fr

Les deux compères ont déjà d’autres projets en tête. Quelques idées pour Rodamu et un livre en cours de rédaction pour Jean Saintot. En fait, un roman dont le héro n’est autre que Lawrence de Picardie...

La betterave, objet de toutes les convoitises
Lorsqu’on lui demande pourquoi avoir choisi la betterave et l’éthanol pour son scénario, Jean Saintot avoue qu’en 2005, lorsque lui est venue l’idée d’écrire Lawrence de Picardie, le bioéthanol commençait à faire parler de lui. Et puis, «ici, nous sommes en Picardie, une région betteravière par excellence, avec l’Aisne, premier producteur de France. Et l’agriculture fait partie intégrante de la région, alors pourquoi pas la mettre en valeur. Faire vivre les paysans au travers d’une bande-dessinée, c’est un peu leur rendre hommage» explique Jean. Et de concert avec Rodamu : «nous sommes très fiers de notre région».

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