L'Agriculteur de l'Aisne 22 avril 2011 à 10h34 | Par Gaetane Trichet

Bon état sanitaire pour l’Aisne, mais la vigilance reste de mise

Les adhérents du Groupement de défense sanitaire (GDS) se sont réunis en assemblée générale le 5 avril 2011 sous la présidence de Philippe Vuilliot.

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Philippe Vuilliot, président  du Groupement de défense sanitaire de l'Aisne
Philippe Vuilliot, président du Groupement de défense sanitaire de l'Aisne - © l'agriculteur de l'aisne

Vigilance. C’est un mot qui est largement revenu lors de l’assemblée générale du GDS. Même si le département de l’Aisne bénéficie d’un bon état sanitaire, l’ensemble des responsables prônent la vigilance.

FCO : vacciner avant qu’il ne soit trop tard
Thierry De Ruyter, directeur départemental de la protection des populations, a présenté le bilan des maladies réglementées dans l’Aisne, en rappelant que les chiffres étaient bons depuis quelques années déjà. «Le grand changement concerne la FCO. L’an passé nous étions en prophylaxie obligatoire, cette année nous passons sur une phase volontaire sauf pour les éleveurs dont les animaux sont vendus à l’exportation» a-t-il expliqué, rappelant l’importance de vacciner les cheptels afin d’éviter la catastrophe de 2007-2008. «Nous sommes dans la zone à risques et que se passera-t-il si la couverture vaccinale est insuffisante ? De nouveaux vaccins sont arrivés à des prix abordables, notamment pour les ovins, mais le temps passe et les délais se raccourcissent avec la mise à l'herbe qui approche. Nous encourageons fortement les indécis à se positionner», a renchéri le président Vuilliot.  Compte tenu des conditions climatiques, la situation est tout à fait favorable à la reprise des vols d’insectes. Selon les scientifiques, les facteurs sont propices au développement du virus. «C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire et important de vacciner nos brebis ! Il faut profiter au plus vite de la disponibilité de ces vaccins pour la filière ovine et vacciner massivement nos animaux avant qu’il ne soit trop tard».

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La tuberculose : attention à la résurgence de la maladie
En 2010, la Dordogne et surtout la Côte d’Or ont comptabilisé de nombreux foyers de tuberculose. Des bovins provenant de ces cheptels ont été introduits dans l’Aisne antérieurement à la déclaration d’infection. «Ils ont tous été abattus, essentiellement avant la découverte des foyers en Côte d’Or» a rassuré Thierry De Ruyter. «Les autres ont été contrôlés et il n’y a pas de sujets de préoccupation, si ce n’est une certaine vigilance».
Plus près de chez nous, dans la forêt de Brotonne en Normandie, des cas ont également été détectés dès les années 2000. Plus de 10 000 têtes de bétail ont été abattues. «C’est un phénomène qui est actif et difficile à maîtriser. Le rôle de la faune sauvage n’est pas exclu mais n’est pas clarifié encore totalement». En effet, c’est sur des grands cervidés qu’a été découvert la tuberculose. Christophe Savoye, directeur du GDS de l’Eure et de Seine-Maritime a fait le point sur les cas dans sa région. En 2001, 3 grands cervidés ont été tués et ont présenté à leur ouverture des lésions qui faisaient penser à de la tuberculose. Une mobilisation s’est mise en oeuvre et des mesures strictes ont été prises tant par les chasseurs (interdiction d’agrainage, intensification des prélèvements de cervidés et sangliers…) que par les éleveurs (pose ou renforcement de clôtures dans les pâtures, tuberculination systématique des bovins…).
Malgré tous ces efforts, deux cheptels en Seine--Maritime ont été touchés en 2006 et 1 dans l’Eure. «Le phénomène a été mis en évidence en 2001, les tergiversations se sont poursuivies jusqu’au abattage des troupeaux». Des prélèvements ont été effectués sur les cerfs et les sangliers qui étaient porteurs pour 30 à 35 % de la bactérie. Sur les cerfs, il a été démontré quand on trouvait des lésions suspectes qu’il s’agissait de la tuberculose bovine. En revanche sur les sangliers, une vigilance accrue est portée. «L’éradication des cervidés devrait permettre d’arrêter la contamination et la circulation de la bactérie sur les populations de sangliers. Manifestement on est en train d’y arriver, car sur les  deux dernières saisons on est passé de – 5 % à – de 1 % de sangliers atteints. Et dans le même temps, on est en train de chercher la vingtaine de cerfs encore en vie». Les populations de bovins dans la zone (70 cheptels en Seine-Maritime et 40 dans l’Eure), subissent systématiquement chaque hiver une tuberculination simple et l’ensemble des bovins qui sortent des élevages sont également testés. «Depuis 2007, nous n’avons plus de positifs. La diminution des populations à risque permet d’avoir un effet favorable pour la protection des élevages d’animaux de rente» a expliqué Christophe Savoye.

Eric Meens
Eric Meens - © l'agriculteur de l'aisne

La paratuberculose : Acheter ses animaux dans des élevages qui sont testés régulièrement négatifs

Quelques chiffres : troupeaux laitiers estimés atteints en 2001 : Nouvelle Zélande 60 %, Pays-Bas : 55 %, Danemark : 47 % (85 % en 2007), USA : 22 % (68 % en 2007). Et la France ? 
Pour Eric Meens, vétérinaire chargé de coordination au sein du programme de recherche Grand Ouest sur la paratuberculose, on ne dispose que d’estimations : peut-être 50 % des élevages. Mais la question reste posée. La paratuberculose est une maladie fortement présente dans les élevages contre laquelle il est difficile de lutter. Pour les élevages touchés, au-delà des mesures d’hygiène, il est nécessaire de procéder au dépistage et à l’élimination des animaux porteurs. Dans l’Aisne en 2010, 151 éleveurs dont 16 nouveaux élevages, ont réalisé des analyses lors de la prophylaxie annuelle. Dans l’ensemble, pour ces élevages, la situation s’améliore avec une nette diminution des animaux positifs et une quasi-disparition des animaux en cas clinique. «Cette maladie reste très difficile à maîtriser et c’est l’ensemble des actions mises en place dans chaque élevage qui évite la propagation de la maladie».
«Pourquoi devons-nous et comment pouvons-nous gagner la bataille de la paratuberculose ?» a questionné Eric Meens. Selon une enquête de l’ENVN et GDS bretons sur 23 000 vaches, les pertes de lait peuvent atteindre 5 % soit quasiment 24 000 litres de lait/an pour 50 vaches laitières sans oublier des réformes anticipées qui s’élèvent à 1.500 euros/an pour le même troupeau. Face à ces chiffres, un programme GDS Grand-Ouest a été mis sur pied avec l’ONIRIS, l’école vétérinaire de Nantes, et également l’UNCEIA-INRA-GTV et LVD. Le GDS de l’Aisne qui fait partie des 19 GDS ouest et nord de la France, participe lui aussi au financement de ce programme. Alors de quoi s’agit-il ? «Nous voulons mettre au point des méthodes innovantes basées sur l’utilisation de plusieurs tests directs ou indirects appliqués seuls ou en combinaison. Cela pour classer les cheptels selon leur niveau d’infection, pour dépister les bovins excréteurs en cheptel contaminé et définir des phénotypes». Ce programme comporte 4 grands volets que sont l’identification et la hiérarchisation des animaux suivant leur niveau d’excrétion, le dépistage dès 12 mois, les statuts et la certification des troupeaux et la génomique. Tests sur les animaux, bio-sécurité (protection de l’exploitation et des animaux contre les agents pathogènes), et renforcement de l’immunité (capacité de l’animal à combattre une infection) sont les principaux axes à suivre. Pour Eric Meens, ce programme doit se faire sur la base d’une maîtrise collective. C’est-à-dire, avec une volonté et des décisions politiques, la motivation de l’ensemble des éleveurs, avec en face, des moyens humains et financiers.

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