L'Agriculteur de l'Aisne 03 janvier 2011 à 17h22 | Par Gaetane Trichet

Bruno Lefèbure, président de la coopérative CERENA - Evoluer parmi les leaders mondiaux sur des marchés clés

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Bruno Lefèbure
Bruno Lefèbure - © l'agriculteur de l'aisne

Quel est votre avis sur le marché des céréales ?
La volatilité des cours fait vivre une révolution culturelle à tous les agriculteurs. La fluctuation des cours a toujours existé mais pas avec de telles amplitudes, ça non ! Cette volatilité était limitée et notre mise en marché était simple avec des écarts très faibles entre le prix moyen et le prix ferme. De plus, notre gestion du risque se limitait au stockage et à la mise en intervention de nos céréales.
Aujourd’hui, les agriculteurs doivent assurer le risque prix. Par ailleurs, l’ambition centrale de Ceremis est de concilier la nécessité d’être plus puissante et plus forte sur les marchés tout en étant plus proche des agriculteurs. Voilà l’ambition parfois jugée complexe, que les coopératives-membres se sont données comme défi à résoudre.

Quelle est la position de Céréna dans ce cadre ?
L’avènement de la gestion du risque prix contraint Céréna à modifier en profondeur son organisation, ses pratiques et ses offres. La confiance des adhérents est conditionnée par notre capacité à faire progresser les services et à les rendre intelligibles pour tous. Comment ? En dédiant une équipe commerciale  uniquement à la collecte. Une équipe qui devra être encore plus à l’écoute des adhérents et très réactive. Pour cela, elle devra disposer d’une information fiable et régulière pour former les adhérents sur les outils de couverture de risques, tout en les accompagnant dans la connaissance de leur seuil de commercialisation et leur coût de production. En clair, regrouper et obtenir les compétences, innover dans l’offre de service aux adhérents, gérer la financiarisation du métier avec une meilleure maîtrise du risque financier afin d’assurer le revenu des exploitations.

Quelles positions doivent avoir vos adhérents sur ces marchés volatils ?
Ces marchés devenus volatiles où des facteurs extérieurs influent, rendent les anticipations plus complexes. Dans ce contexte, vendre toute sa récolte au prix ferme en cours de campagne sans stratégie de couverture, sans étaler ces ventes revient à faire de la spéculation. En revanche, vendre sous forme de contrats pluri-annuels ou encore au prix de campagne n’est pas non plus ringard. Ces modes de commercialisation restent pertinents d’autant plus que les adhérents bâtiront une stratégie de couverture à l’aide d’options qui contribuent à réduire les effets d’instabilité. En tout cas, face à ces évolutions, l’immobilisme est proscrit, car nous prendrions un risque sur notre compétitivité voire sur notre pérennité.

Justement, vous parlez de compétitivité et de pérennité. Votre renforcement vers Tereos en fait-il partie ?
Notre volonté est d’ancrer les industries amidonnières, (distillerie de la Vallée de l’Oise, BENP Lillebonne et Syral) sur notre territoire au motif simple que nos exploitations ne sont pas délocalisables. Notre analyse pour conserver la valeur ajoutée est qu’il faut croître, et croître sur un marché mature en l’Europe de l’ouest qui plus est, avec une croissance nulle. Cela ne pouvait se faire que par une acquisition. Or le ticket pour une entreprise est très élevé, il faut être réaliste. Nous nous sommes rendus compte que la création avec Tereos d’un groupe de dimension internationale sur trois métiers (sucre, l’alcool et céréales NDLR) était le moyen de maintenir notre valeur ajoutée. C’est pourquoi avec Tereos Agro Industrie, nous sommes présents sur les marchés internationaux.

Quels sont les avantages pour Céréna dans cette participation à un groupe international comme Tereos ?
Notre participation à Téréos permet à Céréna et à ses adhérents d’être présents au Brésil, qui ne l’oublions pas, sera sans aucun doute la première puissance agricole mondiale. Nous nous inscrivons par ailleurs, dans une optique de diversification et d’innovation,  ce qui nous permet d’avoir un portefeuille équilibré et diversifié, doté de forts potentiels de croissance. En apportant notre participation à Tereos Agro  Industrie, structure de contrôle de Tereos internacional, Theal (Unéal, Cerena, AXion, Océal, Valfrance) met beaucoup d’espoir dans le développement et le potentiel de croissance dans l’industrie alimentaire et dans la chimie verte. La réussite de ce projet permettra d’évoluer parmi les leaders mondiaux sur des marchés clés.

Et vos adhérents dans tout ça ?
Dès l’année prochaine nous allons servir les premiers dividendes venant de notre diversification industrielle. Le conseil d’administration de Céréna proposera que ces dividendes soient versés au prorata des parts sociales détenues. Mais à ce jour, avec le projet de loi de finances 2011, les plus-values mobilières sont en ligne de mire. Outre l’augmentation de leurs taux de taxation, on parle de leur assujettissement aux prélèvements sociaux. De toute façon autre que la forme de distribution, c’est plutôt la philosophie qu’il faut retenir : une redistribution équitable et en transparence pour tous.

Votre conclusion ?
Notre coopérative lors des bonnes années a su améliorer son outil de collecte en investissant 2 millions d’euros/an. Elle a injecté dans ses filières plus de 10 millions d’euros, elle a augmenté ses réserves et améliorer ainsi ses ratios financiers et son autonomie financière. En ces temps difficiles, avec un avenir incertain, Céréna a des atouts : son outil, sa situation financière, ses unions de coopératives…
Le double challenge pour notre agriculture est de se mobiliser pour inventer et mettre au point des systèmes de productions durables et rentables, en gardant à l’esprit que les besoins alimentaires mondiaux seront en forte croissance jusqu’en 2050.

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