L'Agriculteur de l'Aisne 18 septembre 2017 à 08h00 | Par Décryptage avec Gil Rivière-Wekstein

Bio : ce qui se trame derrière l'étude UFC-QUE CHOISIR

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SELON VOUS ? POURQUOI CETTE ÉTUDE SORT ELLE MAINTENANT ?

Contrairement à ce qu'une lecture superficielle de l'étude pourrait laisser penser, UFC-Que Choisir est à la manœuvre pour promouvoir le bio. Il s'agit pour l'association de consommateurs d'accuser la grande distribution de marges «excessives» sur les produits bio, afin de revoir les prix à la baisse.
Cette étude a été rendu publique le jour même où les Etats Généraux de l'Alimentation (EGA) ont été lancés, afin de mettre la «pression» sur les distributeurs. Accuser la grande distribution des prix exorbitants des produits bio, comme l'affirme l'association des consommateurs, est mal venu. Les prix élevés du bio résultent des contraintes du mode de production. Le bio est en effet intrinséquement plus cher ! D'ailleurs, et contrairement à ce qu'affirme UFC-Que Choisir, les marges des super et hyper marchés pour les produits bio, sont identiques voire même inférieurs à celles des produits conventionnels.
Prenons l'exemple de la pomme. Interrogé par Agriculture et Environnement, Thierry Desouches responsable de Système U, révèle que la marge sur une pomme Gala bio est de 39 % contre 47 % pour une pomme Golden conventionnelle. Achetée 1,70 € le kilo, la pomme bio est vendue 2,95 € alors que la pomme Golden conventionnelle, achetée 1,36 €, est vendue 2,75 €.  D'ailleurs, la Fédération du Commerce et de la Distribution a vivement réagit aux affirmations d'UFC-Que Choisir, qualifiant ce genre d'étude de «partiale» et d' «approximative».
Alors que le président de l'association UFC-Que Choisir, Alain Bazot, était censé participer aux ateliers des EGA, et plus précisément à l'atelier consacré à la répartition de la valeur, il a préféré faire le tour des plateaux de télévisions pour dénoncer les pratiques de la grande et moyenne distribution.

UFC QUE CHOISIR CONFIRME QUE LE BIO N'EST PAS MEILLEUR POUR LA SANTÉ
«Il n'y a aucune preuve que le bio soit meilleur pour la santé. Ni d'ailleurs aucune preuve que les aliments conventionnels «non bio» soient mauvais pour la santé» note le professeur Denis Corpet, auteur de la préface du livre Panique dans l'assiette, ils se nourrissent de nos peurs. C'est ce que confirme UFC-Que Choisir dans cette étude, qui pose à juste titre, la question de savoir si «Le bio vaut vraiment le coup ?».
En effet, il n'y a pas de supériorité nutritionnelle des produits bio sur les produits issus de l'agriculture conventionnelle. De plus, il est trompeur de considérer que l'apport nutritionnel d'un aliment est lié au fait qu'il soit biologique ou non. C'est le modèle agricole qui définit la qualité nutritionnelle d'un produit. Un poulet label, bio ou pas bio, aura bien entendu une meilleure qualité gustative qu'un poulet de batterie. Mais ce n'est pas parce qu'il est bio.

SI COMME LE DIT L'ÉTUDE, LE BIO N'EST PAS MEILLEUR POUR LA SANTÉ, POURQUOI PAYER PLUS CHER ?
La revue confirme ce que toutes les études précédentes avaient déjà montré : un surcoût d'environ 120% pour l'achat de produits bio. Selon les chiffres communiqués, pour un même panier de 30 produits représentatifs de la consommation des français (fruits et légumes, viande, épicerie, boissons...), le coût serait en moyenne de 161 euros dans les magasins spécialisés bio (Biocoop, La Vie Claire, Bio c'bon) contre 74 euros pour son équivalent en conventionnel.
Or, la revue incite le consommateur à acheter de l'alimentation issue de l'agriculture biologique, simplement en raison d'une supposée absence de pesticides. Comme je l'évoque dans mon livre Panique dans l'assiette, ils se nourrissent de nos peurs, le lobby bio utilise bien la Fabrique de la peur afin de développer chez le consommateur une «phytophobie». Et ça marche ! UFC-Que Choisir confirme le fonctionnement de cette Fabrique de la peur, puisque l'association constate que 88 % des Français sont persuadés, à tort, que le bio est meilleur pour leur santé. Les Français ont désormais peur des pesticides et pensent que l'agriculture biologique n'en utilise pas. Un Français sur deux ignore d'ailleurs que l'agriculture biologique utilise des pesticides.
En réalité, il s'agit d'un faux débat car dans 97 % des aliments dits «conventionnels», les traces de pesticides analysées sont en dessous des normes règlementaires (considérées par toutes les agences sanitaires comme étant sans risques pour la santé), et 50 % n'en contiennent pas du tout. En clair, du point de vue sanitaire, il n'y a pas de différence entre ces produits et ceux issus de l'agriculture biologique... Sauf que ces derniers sont deux fois plus chers !

Spécialiste des questions agricoles et environnementales, Gil Rivière-Wekstein lance en 2003 Agriculture & Environnement (A&E), une revue mensuelle résolument polémique et engagée pour défendre une agriculture innovante et de progrès. Il est régulièrement sollicité par les media pour son analyse sur les enjeux agricoles et alimentaires. Son expertise sur les tendances agricoles, notamment le bio et l'agroalimentaire, est particulièrement appréciée. Il est l'auteur de Bio, fausses promesses et vrai marketing et plus récemment, de Panique dans l'assiette, ils se nourrissent de nos peurs.

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