L'Agriculteur de l'Aisne 07 juin 2011 à 10h39 | Par Agrapresse

Climat - Sécheresse : premières estimations de la facture

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«Plusieurs centaines de millions d’euros», tel est le coût de la sécheresse pour les éleveurs évalué par Bruno Le Maire, le 31 mai, lors d’une conférence de presse. Du moins, cette somme sera nécessaire pour indemniser les pertes subies par les producteurs via le Fonds de calamité agricole, insuffisamment doté aujourd’hui. Xavier Beulin, président de la FNSEA, parle d’un surcoût de 270 euros par Unité de gros bovins (UGB). Bruno Le Maire, qui n’a pas de marge de manoeuvre budgétaire propos, prône la «solidarité», une qualité que défend aussi Xavier Beulin. «Du côté des pouvoirs publics, je me refuse à demander de manière incantatoire des aides financières», s’exclamait-il le 27 mai. Un souhait que Bruno le Maire a visiblement entendu, puisqu’il se tourne vers les banques et la Commission européenne pour tenter d’alléger la facture de la sécheresse pour les agriculteurs.
Il prône la contractualisation et appelle à l’aide la SNCF pour le transport de fourrage sur longue distance. Il menace de contrer la spéculation sur les pailles via des décrets en préfecture et fait observer qu’il a «voulu prendre la crise le plus tôt possible». Les industriels des biocarburants sont enjoints de limiter leurs exportations de co-produits afin de les réserver au marché national. «Je ne suis pas favorable à un impôt sécheresse», car l’«on peut faire jouer des mécanismes de solidarité», s’exclamait Bruno Le Maire. Il s’est tout de même dit prêt à envisager des aides complémentaires à la trésorerie si la situation empirait.
Face au printemps le plus chaud depuis plus d’un siècle et le plus sec de ces cinquante dernières années, Bruno Le Maire n’abreuve pas les agriculteurs d’aides financières. Il exhorte plutôt à la «solidarité», à l’image de Xavier Beulin, président de la FNSEA, qui revendique la «coresponsabilité» des acteurs du monde agricole. Ainsi le 31 mai, le ministre annonce le déblocage de 700 millions d’euros par le Crédit agricole sous forme de prêt à taux réduit (1,5% pour les jeunes agriculteurs et 2% pour les autres). «Une mesure automatique, immédiate et sans condition», affirme-t-il, mais une mesure éloignée de la demande de Xavier Beulin. Ce dernier souhaitait que les frais bancaires soient pris en charge par l’Etat. Via ce prêt, son but était de couvrir le manque de trésorerie des élevages jusqu’au versement des aides européennes. « L’aménagement des encours des éleveurs» se poursuit, précise aussi Bruno Le Maire, citant le chiffre de 20% des cas déjà réexaminés par les banques. Xavier Beulin, de son côté, refuse catégoriquement un réendettement des exploitations via des plans de soutien comme celui de Nicolas Sarkozy et revendique plutôt un rééchelonnement de la dette. Le ministre rappelle l’«effort de 80 millions d’euros de la Mutualité sociale agricole» envers ses adhérents avec un report de la cotisation de juin d’un montant de 3 000 €, décidé le 26 mai dernier.

Un fond de calamité agricole insuffisant
«J’ai obtenu le versement anticipé de la prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes (PMTVA) », soit 440 millions d’euros et le versement des droits à paiements uniques (DPU), soit 4 milliards d’euros au 16 octobre, fait observer Bruno Le Maire. Le communiqué de presse du ministère du 31 mai est plus précis : « Ce versement anticipé concerne 80% des primes au maintien du troupeau de vache allaitante, 50% des droits à paiement unique et 50% des aides aux éleveurs ovins et caprins ». Pour Xavier Beulin, ce versement anticipé de la PMTVA est «une mesure loin de répondre à la demande et au besoin». «J’ai lancé dès maintenant le processus d’indemnisation de calamité agricole», continue Bruno Le Maire, avec une prochaine réunion de la commission le 15 juin, une étude de toutes les demandes pour le 12 juillet et un versement aux éleveurs le 15 septembre. Un fonds de calamité assez pauvre malheureusement puisqu’il ne recèle que 90 à 100 millions d’euros.
«Penser que l’on s’en sortira» avec une telle somme «serait naïf», s’exclame le ministre qui parle plutôt de «plusieurs centaines de millions d’euros». Reste à savoir d’où viendra cet argent supplémentaire. Il s’est dit tout de même prêt à envisager des «aides complémentaires» à la trésorerie si la situation empirait.

Des mesures européennes indispensables
Seuls les systèmes d’élevage ou de polyculture-élevage bénéficieront de ce fonds de calamité. Les céréaliers, dont les rendements de culture vont chuter du fait du manque d’eau, n’avaient qu’à s’assurer comme les mesures de défiscalisation l’encourageaient, estime-t-on au ministère. Sur ce point Bruno Le Maire est intraitable : « La solidarité n’exclut pas la responsabilité ». Il fait cependant pression pour que les assureurs « étudient de manière favorable» les dossiers de demande d’assurance pour aléa climatique, déposés par les jeunes agriculteurs entre le 15 avril et le 15 mai. À la Commission européenne, Xavier Beulin réclame des restitutions aux exportations, voire une période de stockage de la viande. «Nous ne comprendrions pas qu’il n’y ait pas une solidarité européenne car cela s’est déjà fait pour d’autres pays», déclare Xavier Beulin, citant «les fortes inondations des pays d’Europe centrale». Bruno Le Maire le rejoint et affirme qu’il demandera à Bruxelles «des restitutions» aux exportations, «des mesures de stockage et de dégagement» des marchés. Pour lui, la mise en place d’un groupe à haut niveau pour la filière bovine va permettre «d’ouvrir des perspectives» à cette production.

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Des éleveurs «en détresse»
Il ne faut pas «perdre de vue les perspectives sur le long terme», fait remarquer le ministre car il perçoit la «détresse» des éleveurs. «Je me rends très régulièrement sur le terrain», assure-t-il. Le 11 mai, il était dans la Vienne et le 30 mai en Seine-et-Marne. Il constate que «beaucoup d’éleveurs ont l’impression que la partie est finie». Il se félicite dans ce sens que la MSA «renforce sa cellule d’appui de prévention des suicides». La FNSEA va également installer en fin de semaine «une cellule d’accompagnement psychologique » avec un numéro vert. Bruno LeMaire se veut rassurant : « Je crois en l’élevage bovin en France ». Il promet la mise en place d’une cellule de crise pour le transport de paille sur longue distance avec le Réseau ferré de France et la SNCF. Au 1er juin s’est tenue la première réunion du comité. « Il ressort que le volume à transporter devrait dépasser 1 million de tonnes […] Les premiers trains sont attendus d’ici 3 semaines environ et circuleront probablement pendant tout l’été, selon un calendrier qui sera précisé au fur et à mesure en fonction des dates des moissons et des besoins des agriculteurs », souligne un communiqué du ministère de l’Environnement.

Limiter la chute des cours de la viande
Le recours à la voie ferré pour le transport de fourrage avait déjà été utilisé en 1976 et en 2003. La FNSEA souhaite également réquisitionner l’armée et les gares locales pour faciliter la logistique.
Qui va payer ces transports de paille ? «L’éleveur», répond Xavier Beulin, le 27 mai, mais il envisage tout de même des aides des collectivités comme les conseils généraux. Il se veut discret afin que ces aides ne surenchérissent pas le coût de la paille. Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine, imagine plutôt une forme de « solidarité » de la part de la SNCF.
En attendant «depuis 2 semaines, sur les marchés, en vif, le nombre de bovins est exponentiel», observe Xavier Beulin. Il parle d’un chiffre multiplié par 2 ou 3 et s’inquiète pour les abattoirs, incapables, de pouvoir suivre le rythme, selon eux. Il cherche à tout prix à éviter une forte décapitalisation des élevages et la chute des cours de la viande du fait de l’afflux de bovins sur les marchés.
Dans ce sens, Bruno Le Maire appelle à «la solidarité économique» de la part des abatteurs, des industriels et de la distribution pour «éviter l’écroulement des cours». «J’ai demandé à mettre en place l’accord du 3 mai», conclut-il. Les indices, nécessaires à la mise en place de cet accord de renégociations tarifaires entre distributeurs et industriels en cas de fortes hausses du prix de l’alimentation du bétail, «seront publiés d’ici la fin de la semaine», promet-il. (ED)

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Xavier Beulin appelle à un plan national de stockage de l'eau

Le président de la FNSEA, Xavier Beulin,  a appelé le gouvernement à lancer un plan national pour le stockage de l'eau, à l'occasion d'un déplacement en Bretagne sur le thème de la sécheresse. «Je vais demander au président de la République qu'il prenne position pour mettre en œuvre à l'échelle française, comme on l'a fait dans les années 60-70, un plan national autour du stockage et de l'usage de l'eau, à partir d'une ressource hivernale qui est quand même relativement abondante», indique Xavier Beulin. «Depuis 20 ans, on a décidé dans ce pays que le stockage d'eau n'était plus à l'ordre du jour», regrette le président de la FNSEA qui dénonce les recours d'opposants devant les tribunaux administratifs empêchant les projets d'aboutir, qu'ils soient portés par des acteurs publics ou privés. «Il tombe en moyenne chaque année 487 milliards de mètres cube d'eau en France, dont seulement 32 milliards sont captés par les activités humaines», justifie le responsable agricole.

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