L'Agriculteur de l'Aisne 22 septembre 2011 à 14h55 | Par Actuagri

Colloque international - Les faux procès fait aux biotechnologies

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C’est par mutagénèse, c'est-à-dire par l’induction d’une modification du génome au sein de la plante qu’ont été obtenus le riz de Camargue Delta, les pommes Golden ou le pamplemousse sans pépins.
C’est par mutagénèse, c'est-à-dire par l’induction d’une modification du génome au sein de la plante qu’ont été obtenus le riz de Camargue Delta, les pommes Golden ou le pamplemousse sans pépins. - © l'agriculteur de l'aisne

L’opinion publique continue de rejeter les biotechnologies végétales alors qu’elles seraient susceptibles d’améliorer la production agricole tout en contribuant à la sauvegarde de l’environnement. «Les biotechnologies devraient nous permettre de produire plus et mieux avec moins», déclare Patrick Durand, agriculteur dans la Beauce et président de coopérative. Alors que la situation de blocage persiste en France et en Europe sur l’intérêt des biotechnologies végétales, l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV) et la Société des agriculteurs de France (Saf) ont choisi d’organiser un colloque sur ce thème à Paris, le 20 septembre. Elles ont réuni sur une même tribune d’éminents scientifiques et des professionnels de la sélection. Objectif : dénoncer l’acharnement dont les biotechnologies font l’objet et insister sur leur intérêt pour l’amélioration génétique des plantes. Bien avant la cristallisation de l’opinion contre les OGM à la fin des années 90, les biotechnologies ont été utilisées sans susciter de véritables débats, indique André Gallais, professeur émérite AgroParisTech-Paris. Et de citer par exemple le triticale, issu du croisement du blé et du seigle, qui est un produit des biotechnologies. Le blé tendre résistant au piétin verse a été obtenu grâce à l’introduction d’un gène présent dans une autre graminée et que l’on retrouve aujourd’hui dans toutes les variétés de blé. Bref de la transgénèse avant la lettre. C’est par mutagénèse (1), c'est-à-dire par l’induction d’une modification du génome au sein de la plante qu’ont été obtenus le riz de Camargue Delta, les pommes Golden ou le pamplemousse sans pépins. Sans que l’on se préoccupe à l’époque de l’intérêt ou non de cette nouvelle technique. Au-delà de la création de nouvelles variétés, l’intérêt principal des biotechnologies est qu’elles «permettent de gagner du temps» par rapport à la sélection traditionnelle, souligne André Gallais.

Attentes des agriculteurs du nord et du sud
Sur le terrain aussi, les biotechnologies peuvent répondre à un certain nombre d’attentes. Des agriculteurs comme Patrick Durand, déplorent que cette technologie ne leur soit pas accessible. D’abord, pour augmenter les rendements et satisfaire aux besoins alimentaires à prix compétitif de la population mondiale qui atteindra 9 milliards d’individus en 2050. Selon la FAO, il faudra en effet que la production agricole croisse de 70 %, notamment dans les pays sud, alors que les terres disponibles ne sont pas très extensibles. Mais aussi pour développer la résistance aux ravageurs et réduire les épandages de pesticides, mieux valoriser les apports d’azote, faire face au stress hydrique ou améliorer les exigences qualitatives pour mieux satisfaire les demandes du marché. Bref, les biotechnologies végétales permettent de «réduire l’impact de l’agriculture sur l’environnement tout en restant compétitif», insiste-t-il. Le Maroc, par exemple, exige de ses fournisseurs qu’ils ne lui fournissent que du maïs transgénique. Et contrairement au discours des anti-OGM, les pays en voie de développement peuvent tirer profit aussi des biotechnologies pour augmenter la production et les rendements. C’est en tout cas la conviction de Bernard Bachelier, administrateur de la Fondation Farm. Et de citer l’exemple de la création d’une variété de coton transgénique pour lutter contre les insectes et d’une nouvelle variété de manioc, la nourriture de base des Africains, dont la valeur nutritive pourrait être améliorée par les biotechnologies. «Les pays en développement sont victimes de l’abandon dans lesquels on les laisse en matière de biotechnologies et non des firmes multinationales» insiste Bernard Bachelier. Notamment en matière de ressources financières, d’appui aux équipes de recherche locales.Peurs alimentaires Alors pourquoi les biotechnologies sont elles rejetées par l’opinion publique conditionnée par les associations environnementales ? L’opposition aux biotechnologies est contemporaine de la crise de l'ESB, observe Axel Kahn, président de l’Université Paris-Descartes. Et d’insister sur le fait que «l’alimentation est de nature particulière». Les Français restent attachés à une agriculture traditionnelle et sont hostiles à l’industrialisation et à l’artificialisation de leur nourriture. Sans oublier que les manipulations génétiques, comme d’ailleurs le nucléaire, suscitent beaucoup d’appréhensions dans l’opinion. «Quand l’attente des consommateurs est nulle, le risque est inacceptable» résume Axel Kahn. Ce qui est le cas de l’alimentation. Contrairement à la santé où les médicaments issus des biotechnologies sont acceptés. Sans oublier que se greffe, là-dessus, une opposition de type altermondialiste sur la main mise des multinationales sur les filières agroalimentaires et du pouvoir «malfaisant» de l’agro-industrie sur l’agriculture et l’alimentation notamment dans les pays les plus pauvres.

Contrairement à d’autres espèces végétales, le génome du blé est très complexe.
Contrairement à d’autres espèces végétales, le génome du blé est très complexe. - © l'agriculteur de l'aisne
Le séquençage du génome du blé à l’étude
Contrairement à d’autres espèces végétales, le génome du blé est très complexe. De nombreuses équipes de chercheurs au niveau international travaillent à son séquençage, c'est-à-dire à l’identification des gènes de la plante. Une fois la découverte du génome réalisée, l’activité des sélectionneurs en sera facilitée pour créer de nouvelles variétés plus adaptées aux enjeux futurs. La France n’est pas à l’écart de ce challenge. Sous la houlette de Catherine Feuillet, directrice de recherche à l’Inra de Clermont-Ferrand, un projet de recherche nommé BreedWheat doté de 34 millions d’euros sur neuf ans et mobilisant 26 partenaires des secteurs public et privé a été lancé dans le cadre de pôle de compétitivité de Clermont-Ferrand.

Le cas du riz doré
Pour lutter contre la carence en vitamine A qui frappe de nombreuses populations pauvres en Asie et particulièrement en Inde, le «Golden Rice Humanitarian Board» présidé par Ingo Potrykus consacre ses recherches à la création de variétés de riz enrichis en provitamine A, «le riz doré». Des variétés dont la synthèse et l’accumulation de la provitamine A dans les tissus ne peuvent être obtenues que par le génie génétique. Leur mise au point est réalisée à partir de variétés locales dans les instituts de recherche des pays en développement. Une fois créées, ces variétés seront mises à la disposition des agriculteurs sans frais supplémentaires. Les premières semences de riz doré seront disponibles en 2013, selon Ingo Potrykus. Une étude de la Banque mondiale prévoit que 40 000 vies humaines pourront être sauvées par an en Inde.


1) ne pas confondre transgénèse et mutagènèse : la transgénèse correspond à l’insertion d’un gène d’une espèce dans le génome d’une autre espèce, alors que la mutagénèse est l’induction de modifications dans le génome d’une espèce en vue de faire apparaître de nouveaux caractères.

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