L'Agriculteur de l'Aisne 03 mai 2013 à 16h47 | Par Gaetane Trichet

Commission des agricultrices - Le gaspillage alimentaire est un problème de comportement : chacun doit devenir un consom’acteur

Le gaspillage alimentaire était au cœur des débats de l’assemblée générale de la Commission des agricultrices qui a eu lieu en mars à Laon.

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La chasse au gaspi est connue depuis bien longtemps : économie d’énergie, d’eau,... C’est aujourd’hui le gaspillage alimentaire qui fait la une des journaux. Ne plus avoir les yeux plus gros que le ventre dans les cantines et la restauration hors domicile, récupérer des surproductions agricoles pour les livrer dans des banques alimentaires, réapprendre à utiliser des restes du repas, sont autant de gestes qui peuvent réduire le gaspillage.Sommes-nous trop exigeants, trop difficiles ou trop riches pour se permettre de jeter ? Dans notre société, le gaspillage est devenu presque banal ou naturel. Fruits, légumes, desserts, œufs, pain, tout y passe. Les Français jettent en moyenne 20 kg de déchets alimentaires par an, dont 7 kg de produits non consommés encore emballés les 13 kg restants étant constitués de restes de repas. Ce phénomène se retrouve en Europe. Les Belges jettent l’équivalent de 174 euros de nourriture à la poubelle chaque année, et en Grande-Bretagne, 25 % des aliments achetés sont jetés selon les estimations du ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt. Notre société a évolué. Aujourd’hui, les consommateurs sont plus pressés, frileux face aux dates limite de consommation, et ils sont bombardés par des offres promotionnelles des grandes surfaces. Tout est fait pour acheter, jeter, acheter. Dans les cantines et restauration hors domicile, les assiettes sont pré-remplies et bien souvent, les aliments en trop grande quantité finissent à la poubelle. «Tout est dans le changement de mentalité. C’est long, très long» ont expliqué Philippe Bonbled, et Christian Richard, respectivement chef du service régional de l’alimentation et chef du pôle alimentation à la Direction régionale de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt de Picardie.En 2010, le ministère de l’agriculture a inscrit dans la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, une politique publique de l’alimentation. Une déclinaison de manière opérationnelle a été mise en place par le programme national pour l’alimentation en janvier 2011 qui se décline en plans régionaux comptant 4 champs  d’actions : faciliter l’accès de tous à une alimentation de qualité, développer une offre alimentaire de qualité, favoriser la connaissance et l’information sur l’alimentation et promouvoir le patrimoine alimentaire et culinaire. La DRAAF Picardie a donc engagé son plan en consultant plus d’une centaine d’acteurs régionaux, une démarche qui se poursuit de façon constante. Un comité régional de l’alimentation a été mis en place où sont validées les orientations du plan pour l’alimentation en liaison avec les priorités ministérielles. Une ouverture d’un appel à projets et l’établissement de conventions pour le portage d’actions pluriannuelles à enjeux régional, départemental et territorial a vu le jour. Tout comme la signature d’une convention cadre de partenariat avec les administrations d’Etat (Agence régionale de santé (ARS) et le rectorat) pour développer des actions en faveur de la promotion de l’alimentation, de l’éducation et de la santé des jeunes.

 

Des actions impliquant le monde agricole


Les deux intervenants sont revenus sur la plateforme de commercialisation des produits locaux de la Somme relayée en départements par le réseau des Chambres d’agriculture et les services de restauration scolaire des Conseils généraux. «Aujourd’hui, 92 producteurs sont recensés dans cette plateforme et autant d’acheteurs. L’Oise compte 46 producteurs et 36 acheteurs, l’Aisne 25 producteurs et 23 acheteurs». Mettre en avant le patrimoine culinaire est une action qui a permis la mise en ligne de 14 fiches rédigées et communiquées sur www.cuisinealafrancaise.com/fr/produits afin que les consommateurs puissent découvrir ou redécouvrir les produits de chez nous.Du côté de l’éducation et des restaurants scolaires, manger bio, retrouver le plaisir de manger avec des formations, et une opération «un fruit pour la récré» permettent également de toucher un grand nombre de jeunes. Les producteurs locaux sont impliqués et travaillent en collaboration avec des collègues et des écoles primaires. Par ailleurs, la région cherche à utiliser les surplus agricoles (légumes et fruits) en recensant les besoins, en expérimentant la redistribution et en réfléchissant au lien production-ateliers culinaires permettant de renforcer leur consommation. Un premier essai de recherche-action a été engagé en partenariat avec la FRSEA (fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles), l’UNPT (union nationale des producteurs de pommes de terre) et les structures régionales de l’aide alimentaire. L’impact a été direct : 30 tonnes de pommes de terre ont été redistribuées en Picardie auprès de 10 associations.On l’aura compris, la politique publique de l’alimentation a pour objectif la justice sociale, l’éducation du public jeune, l’ancrage territoriale auxquels s’ajoute la lutte contre le gaspillage alimentaire. A ce sujet, la lutte se décline en 6 actions : rendre les citoyens acteurs du changement, engager la grande distribution et les transformateurs à vendre au plus juste, amplifier la collecte et la redistribution, amener une nouvelle gestion au quotidien dans la restauration collective, récupérer les invendus sur les marchés, mobiliser les territoires et faciliter le ramassage des denrées alimentaires.

Des actions poursuivies et renforcées en 2013

Pour 2013-2014, les pistes et les actions en projet vont se poursuivre et s’amplifier notamment avec la profession agricole, l’enseignement et les grandes surfaces. «Par exemple, les établissements scolaires initieront des démarches de tris et de pesées des restes alimentaires et déchets de cuisine auprès des élèves et de la restauration scolaire et engageront des pratiques éco-citoyennes de compostage sur leur site».Ce thème du gaspillage a fait réagir les agricultrices. C’est un vrai débat qui s’est instauré lors de l’assemblée générale. Elles ont insisté sur l’urgence pour tous les Français de changer de mentalité, de revenir au bon sens qui était de cuisiner les produits frais et d’accommoder les restes, de n’acheter des produits qu’en quantité nécessaire, d’arrêter de se focaliser sur les dates de péremption en jetant les aliments  aussitôt. «C’est le principe de précaution qui devrait être mis à la poubelle !».«On réapprend aujourd’hui les goûts, on réapprend à préparer des repas. Il faut repenser la cuisine avec des produits frais» a assuré Philippe Bonbled. Les problèmes sanitaires sur les produits importés, les fraudes à la viande sont des facteurs qui font réagir et réfléchir les consommateurs. «La sensibilisation et la rééducation du public est longue mais elle est nécessaire». Le ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt a lancé une campagne auprès des communautés en ligne avec des visuels ludiques et décalés «Qui jette un œuf jette un bœuf» - «N’en perds pas une miette finis ton assiette» - «J’aime la nourriture je la respecte». Chacun est concerné et le ministère invite  à propager cette campagne sur les réseaux sociaux, car «Manger c’est bien, jeter ça craint» ! La deuxième partie de la campagne de communication appelle l’attention du consommateur sur le fait que la moitié des aliments qui finissent à la poubelle sont des fruits ou des légumes qui présentent un défaut ou un aspect défraichi ou un peu abimé. «C’est dommage car une pomme ou une tomate qui présente une irrégularité ou a pris un petit choc est quand même bonne à manger...». Les agricultrices ont d’ailleurs regretté en effet, la standardisation des produits appréciés «par les gens des villes».Elles se sont insurgées contre les incohérences des lois françaises. «D’un côté, on veut limiter le gaspillage et de l’autre, on impose des lois qui lui ouvre la porte...» ont-elle lancé, faisant allusion par exemple, à l’interdiction pour les grandes surfaces, de donner aux associations les produits en limite de date. Entre autres... Il reste donc beaucoup de travail et de prise de conscience pour arriver à réduire le gaspillage. Si chacun se transforme en consom’acteur, leurs efforts porteront sans aucun doute leurs fruits...

Halte au gaspi !


Enjeux éthiques, économiques, sécuritaires, environnementaux… on ne compte plus les conséquences du gaspillage alimentaire. Pour réduire cet impact les gestes du quotidien sont simples. Acheter des quantités adaptées, examiner les dates de péremption, respecter la chaîne du froid, ranger logiquement les aliments au réfrigérateur, le nettoyer régulièrement, cuisiner les restes, pratiquer le compost, préférer les fruits et les légumes de saisons… sont autant de solutions pour réduire les déchets et éviter le gaspillage. Et si ça fait du bien à la planète, ça fait du bien aussi au porte-monnaie !

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