L'Agriculteur de l'Aisne 16 mars 2011 à 09h19 | Par P. Olivieri

Congrès de la FNPL - Henri Brichart : “La production laitière française a toute sa place”

Fin programmée des quotas, contrats laitiers,... : c’est à l’aube d’une nouvelle ère que s’ouvre aujourd’hui à Aurillac le congrès de la Fédération nationale des producteurs de lait.

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Henri Brichart, président de la fédération nationale des producteurs de lait, est éleveur dans l'Aisne
Henri Brichart, président de la fédération nationale des producteurs de lait, est éleveur dans l'Aisne - © l'agriculteur de l'aisne

Le congrès de la FNPL s’inscrit à quelques jours de la mise en place des contrats et des bassins laitiers. Peut-on parler de période charnière voire d’un véritable tournant pour la production laitière française ?
Henri Brichart, président de la FNPL : “C’est une étape mais avec des bouleversements importants. Ces bouleversements - et notamment le désengagement progressif de la puissance publique qui a touché d’autres secteurs avant nous - sont cependant annoncés depuis longtemps. Ils vont placer la filière laitière dans une nouvelle ère avec une relation entre producteurs et acheteurs qui ne sera plus encadrée par les pouvoirs publics. Aussi, même si côté volumes nous avons encore quatre campagnes laitières devant nous, il faut réinventer une gestion privée de cette relation. Il faut penser et réécrire tout ça sachant que la notion de contrat n’est pas complètement nouvelle.”

Justement, pensez-vous que la filière laitière française a aujourd’hui la capacité à s’inscrire dans un dialogue et un partenariat constructifs entre ces différents acteurs pour renouer avec la compétitivité ?
H. B. : “La filière française a acquis une certaine forme de maturité, elle a su dépasser des périodes compliquées et des conflits parfois durs dans un monde qui jusqu’alors était quand même bien protégé. Saura-t-elle garder cette maturité à l’avenir ? Ce qui est sûr c’est que le relationnel entre producteurs et entreprises sera d’autant plus facile que la conjoncture sera bonne. Cela dit, le fait qu’on ait su se mettre d’accord sur un certain nombre d’éléments dans le cadre d’un guide des bonnes pratiques de la contractualisation est aussi le reflet de cette habitude de relations, de ­discussions, qui est pour moi la preuve que les uns et les autres sont persuadés qu’ils ont un destin extrêmement lié.”

Certains diabolisent ces contrats, que répondez-vous ?
H. B. : “Dans un avenir où le monde laitier sera moins protégé, où bien on pense qu’on est les plus forts dans la chaîne alimentaire et qu’on saura toujours imposer sa loi, où bien on trouve un moyen de sécuriser les choses. Une contractualiation équilibrée ne nous conduira ni au paradis ni en enfer mais elle constitue un des moyens de sécuriser l’avenir. Ce que dit la FNPL aujourd’hui aux producteurs c’est qu’ils ne doivent pas aller négocier et signer leur contrat individuellement. Depuis 18 mois, nous travaillons concrètement sur le terrain pour mettre en place des organisations collectives qui auront vocation à négocier, ce n’est pas si évident que cela. Selon les endroits et la culture locale, ce travail a plus ou moins progressé. Mais dans ce vaste dossier qu’est la contractualisation, le point de départ est bien celui-là : qui va négocier avec qui.”

Quels vont être vos principaux messages aux producteurs de lait dans le cadre du congrès ?
H. B. : “Nous allons avoir deux périodes de travail ; l’une autour des bassins laitiers, de l’évolution des quotas avec en filigrane le rôle du syndicalisme dans cette phase de transition. Une seconde autour des perspectives de marché en France, en Europe et dans le monde et du positionnement de chacun - producteurs et entreprises - dans ce contexte.
Ce qu’on souhaite au niveau de ce congrès, c’est vraiment se projeter vers l’avant, dans un monde qui sera sans quota en 2015, quoi qu’en disent certains. Et donner un peu de punch aux producteurs, qu’ils repartent d’Aurillac en se remontant les manches et plus confiants : la conjoncture est bien meilleure aujourd’hui. Même si les charges ont augmenté sensiblement, les perspectives de marché existent et la production française a toute sa place dans le paysage mondial. On a certes des faiblesses mais aussi des atouts  avec un climat tempéré qui fait que demain on aura toujours la capacité à produire. La diversité française a aussi tout son intérêt avec des zones très productives, d’autres avec des handicaps naturels mais des produits davantage valorisés. Tout cela doit nous permettre d’appréhender demain les marchés.”

Et vos revendications envers le ministre ?
H. B. : “En mettant en place la con­tractualisation, l’État a mis beau­coup de choses entre les mains de la filière. Ce que nous attendons aujourd’hui, c’est que le gouvernement français pèse de tout son poids à Bruxelles pour maintenir et renforcer dans la future Pac des outils de régulation, comme le stockage, qui ont montré tout leur intérêt pour éviter la volatilité des prix. Par ailleurs, si on est prêt à se prendre en main, il faut que l’État veille à ce qu’en France on ait les mêmes conditions en termes social, fiscal, environnemental, que dans d’autres pays. Surtout à l’heure où on parle beaucoup de compétitivité”.

De récentes simulations de l’Institut de l’élevage prédisent une France laitière qui ne compterait plus que 20 000 à 30 000 exploitations laitières à l’horizon 2035. Ce scénario vous paraît-il plausible ?
H. B. : “Ce chiffre paraît excessif mais on sait bien que depuis toujours le nombre de producteurs de lait diminue et que l’érosion du nombre d’exploitations laitières est aussi en partie due au fait que les gens se regroupent de plus en plus. On est aujourd’hui à 80 000 exploitations laitières en France. Ce que nous expliquons à la FNPL c’est que moins nous serons nombreux moins nous pèserons dans les décisions politiques. On sait aussi que dans le monde de l’élevage en général et dans la production laitière en particulier, on a besoin d’avoir une ambiance laitière dans une petite région pour que la production continue. On reste rarement le seul producteur de lait dans un village avec des contraintes de travail aussi fortes. Si on veut garder une production laitière partout sur le territoire, il faut conserver cette dynamique. On dit aussi que ce n’est pas forcément parce qu’on a le plus grand quota qu’on est le plus fort. La capacité d’un être humain à gérer un troupeau reste limité.”

Zones de montagne
“C’est normal que ces zones, comme le Cantal, s’interrogent plus que d’autres au vu des handicaps qu’elles ont à surmonter. Elles doivent s’adapter au nouveau contexte, continuer tout le travail de valorisation déjà réalisé ces dernières années autour des AOC. Je dis souvent que pas grand monde aurait parié au début des années 60 sur la Bretagne agricole et que ce sont les hommes qui font la valeur d’une exploitation et d’un territoire.”

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