L'Agriculteur de l'Aisne 18 novembre 2011 à 11h18 | Par L'Agriculteur de l'Aisne

Conjoncture - 2011, une bonne année agricole… enfin !

Les responsables des organismes agricoles se sont retrouvés le 28 octobre à Samoussy pour la réunion conjoncture de CER France Nord-Est-Ile-de-France.

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Jean-François Capelle, président de CER France Nord-Est-Ile-de-France
Jean-François Capelle, président de CER France Nord-Est-Ile-de-France - © l'agriculteur de l'aisne
Variabilité, surprise et prudence sont les trois mots qui résument l’année 2011 selon Eric Verjot, directeur de CER France Nord-Est-Ile-de-France. Variabilité qui est devenue aujourd’hui une constante dans la gestion de l’exploitation, surprise au niveau des résultats techniques et prudence sur les trésoreries, car si les rendements ont été très bons cette année, le coût des intrants continue de grimper. «Il est important également de prendre les bonnes décisions en matière fiscale face aux investissements pour ne pas rendre l’entreprise vulnérable à terme» a-t-il complété.

De bons résultats en production
François-Xavier Thirard, conseiller CER France, a fait le point sur l’évolution des charges proportionnelles et charges de structure. Dans les deux cas, elles sont restées plutôt stables, hormis pour la première le coût des engrais et amendements qui a pris entre 20 et 25 % et pour la deuxième, le poste carburants et lubrifiants qui a augmenté de
25 %. Cela étant, «2011 s’annonce comme un bon millésime mais avec une hétérogénéité forte entre le nord et le sud du département», a expliqué le conseiller CER.
Les conditions climatiques qui avaient laissé présager une moisson relativement précoce, ont finalement changé. Elles sont passées d’une sécheresse à des précipitations de juin à août décalant les travaux de récolte en septembre pour certains secteurs. «La qualité des grains a été pénalisée surtout dans les endroits où l’on était en surmaturité», a commenté François-Xavier Thirard, soulignant par ailleurs, les bons résultats en maïs ensilage, betteraves, pommes de terre et en vigne.
«La technique de production était un facteur de variation des résultats. On constate depuis quelques années, qu’il faut y ajouter la variation climatique et de plus en plus, la variation sur les choix de commercialisation et des prix de vente moyens des exploitations» a ajouté Jean-François Capelle, président de CER France NEIDF.
- © l'agriculteur de l'aisne
Mieux en lait, peu d’évolution en viande
Les marchés laitiers sont sur une bonne dynamique qui permet une valorisation du lait d’environ 30 euros les 1000 litres par rapport à la campagne 2010-2011. «La dynamique de production actuelle confirme l’intérêt de produire à ces niveaux de prix» a expliqué Alice Petit, conseillère CER France. Au niveau de la viande bovine, après les 6 premiers mois 2011 médiocres, une hausse générale des prix se ressent depuis l’été.  Les exportations de broutards vers l’Espagne et le Maghreb, et celles de jeunes bovins en Turquie couplées à une baisse de disponibilités, expliquent cette évolution favorable des cotations.  Malgré ces nouvelles plutôt bonnes, l’élevage français et axonais a beaucoup souffert de la sécheresse. Les stocks d’hiver ont été entamés pour pallier le manque d’herbe et certains producteurs ont dû acheter de la paille, creusant un trou imprévu dans leur trésorerie.

Les EBE ont augmenté en 2011
Une exploitation polyculture type saint-quentinois a vu son EBE/ha passer de 716 euros en 2010 à 900 euros en 2011 soit un gain de 184 euros. Son résultat courant atteint 580 euros contre 400 l’an passé soit un écart de 180 euros. «Les résultats sont meilleurs qu’en 2007, année de référence pour ce secteur». Selon le mode de commercialisation, les conseillers de CER France ont constaté une amplitude allant quasiment du simple au double (de 427 euros à 759 euros/ha) pour un même système.
Dans le Tardenois, les résultats ont augmenté aussi avec un EBE remontant de 13 % et un résultat courant de 27 %. Selon les hypothèses retenues par CER France, la meilleure position offre 569 euros/ha contre 286 pour la moins bonne.
En élevage laitier, les chiffres sont positifs avec un EBE de 925 euros en augmentation de 42 euros/ha et un résultat courant de 473 euros en hausse de 48 euros. La variabilité 2011 fait ressortir un écart important entre le meilleur résultat à 589 euros et le plus bas à 392 euros.

Une très bonne année, oui mais…
La bonne moyenne des résultats comptables de l’Aisne a certes redonné du pep’s aux exploitants.  «Aujourd’hui, les résultats sont très bons mais hétérogènes. 2011 est l’antithèse de 2009. Nous sommes sur le haut de la colline mais si on fait la moyenne des deux années, on se retrouve dans la moyenne quinquennale» a complété Jean-François Capelle, confirmant que la variabilité allait bien dans les deux sens : vers le bas comme vers le haut.
Le président a pointé du doigt plusieurs données comme le coût de l’énergie qui a augmenté de 25 %. «Une exploitation polyculture consomme environ 100 litres à l’ha. Le GNR (gasoil non routier) vaut 0,75 euro HT, autrement dit, l’exploitant dépense 75 euros/ha. C’est un poste qui commence à compter sérieusement». Tout comme celui des engrais, eux aussi en hausse de 25 %. «Le prix de l’azote en particulier est corrélé à celui du blé. On doit désormais prendre en compte les effets de la concentration du secteur de la production d’engrais où nous pesons de moins en moins pour faire jouer la concurrence».
Jean-François Capelle a redit avec force son attachement à un système fiscal et social qui facilite l’autofinancement, autrement dit, qui permet de mettre de l’argent de côté les bonnes années en franchise d’impôt et de cotisations sociales pour pouvoir le réinjecter en cas d’années difficiles.  «Dans un contexte où les aides européennes vont baisser, le chiffre d’affaires va devenir plus variable car plus dépendant des prix. Il faut donc imaginer des systèmes plus souples d’emploi que les actuels  DPI et DPA pour lisser les revenus».
Que réserve la PAC 2014 ?
Concernant la renégociation de la PAC et la baisse des aides, le président Capelle a souhaité revenir sur trois points précis, le premier étant la disparition des quotas. «C’est acté en lait, c’est proposé en betteraves. Que se passerait-il si cela devait avoir lieu ?  Un déplacement de la production vers les régions les plus compétitives, un recentrage autour des usines, donc un risque de perte d’approvisionnement de coproduits pour les bassins d’élevage». Deuxième point : le verdissement en particulier les 7 % d’intérêt écologique. «S’il s’agit de terres arables, ce sont 7 % de marge brute en moins». A titre d’exemple, le président annonce : «sur une ferme de 100 ha, 7 ha de production en moins c’est une perte de 10 500 euros. Si en contrepartie l’Europe compense avec 90 euros pour verdir, vous obtenez 9 000 euros. C’est un manque à gagner net de 1 500 euros et ce, en calculant avec des prix de vente comme aujourd’hui». Quid des années où les cours sont bas, ou lorsque les rendements sont catastrophiques ? «C’est pourquoi, il faut absolument faire en sorte que le système des équivalences que l’on connait dans les surfaces d’équivalent typographique puisse être reproduit dans ces surfaces d’intérêt écologique» a-t-il appuyé, lançant en même temps un appel aux syndicats agricoles. Enfin, le troisième point qui alarme le président, ce sont les DPU et leur uniformisation. «Les charges des Etats membres seront-elles uniformisées aux nôtres ? Rien n’est moins sûr !».

Rester optimiste
Jean-François Capelle voit pourtant quelques lueurs d’espoir. Comme les fondamentaux que sont l’offre et la demande. Une offre stable et une demande qui devrait croître avec l’augmentation de la démographie et la hausse du pouvoir d’achat des Chinois et Indiens, en particulier, qui achèteront des produits alimentaires. Et les prix pourraient gonfler si la demande grandit face à des stocks modérés.  Il y a également la biomasse agricole qui pourrait être un débouché prometteur en contrant le prix de plus en plus élevé du pétrole. «Voilà quelques éléments qui peuvent nous rendre raisonnablement optimistes pour l’avenir et nous faire regagner une partie des aides que nous allons perdre dans la PAC 2014».

PAC : l’Aisne ne devrait pas être trop impacté par le plafonnement des aides

Thierry Lemaître, responsable conseil économique chez CER France NEIDF, a examiné  la PAC à horizon 2014 et en a présenté les incidences sur la ferme France et Aisne. L’enveloppe nationale des droits à paiement de base pourrait fondre de plus de 50 % (- 30 % pour le verdissement, non négociable d’ailleurs), - 10 % pour le 2ème pilier, - 5 % pour les zones à contraintes naturelles, - 2 % pour les jeunes agriculteurs, - 5 % pour les aides couplées). C’est inquiétant d’autant que l’enveloppe française pourrait passer de 8,410 milliards d’euros à 7,732 en 2014 et continuerait à s’effriter doucement jusqu’en 2020 pour atteindre semble-t-il, 7,620 milliards d’euros. «Dans l’Aisne, le DPU moyen atteint 386,83 euros (contre 295 euros moyenne nationale). Avec la nouvelle version PAC, le DPU serait de 140 euros/ha et pourrait être complété par les 90 euros/ha issus du verdissement. Soit un total de 230 euros/ha dans le meilleur des cas», a avancé Thierry Lemaître. Selon l’intervenant, les baisses des aides seront importantes mais doivent être relativisées. En effet, le facteur clé sera l’impact des marchés et des prix de vente. Concernant le plafonnement des aides, Thierry Lemaître se veut optimiste : «seules 80 exploitations pourraient être potentiellement touchées, sans tenir compte des aides au verdissement». En attendant, les Etats-membres ont jusqu’au 1er août 2013 pour se positionner sur les propositions de la future PAC. D’âpres discussions sont en prévision.

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