L'Agriculteur de l'Aisne 08 mars 2013 à 11h22 | Par Gaetane Trichet

Conjoncture - La France n’est plus à l’heure des comptes, elle est à l’heure des choix !

Le colloque de CERFRANCE Nord Est - Ile de France a eu lieu le 29 janvier à Reims sous la présidence de Jean-François Capelle. L’occasion pour plus de 500 clients-adhérents de faire le point de situation de la structure comptable et d’écouter François de Closets, journaliste.

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De gauche à droite : François de Closets et Jean-François Capelle
De gauche à droite : François de Closets et Jean-François Capelle - © l'agriculteur de l'aisne
La France à l’heure des comptes... Peut-elle éviter la faillite, comment peut-elle sortir de la crise ? François de Closets n’a pas mâché ses mots lors de son intervention pour répondre à ces questions. A la fois, critique, ironique, provoquant, il a lancé un cri d’alarme envers une politique française en décalage constant avec les réalités économiques du pays et le manque de rigueur qui en découle. 

Retrouver la notion comptable
Dérives bancaires, crise financière, la France est-elle aujourd’hui au bord de la faillite ? Et pourtant... «Dans les années 70, c’était le pays le plus solide du monde. Nous avions une économie la plus dynamique et la plus forte du monde»... «Oui, la France est un pays doué, mais qui accumule des déficits depuis près de 40 ans, augmentant la dette publique qui frôle désormais les 100 % du PIB». «La France a été ruinée à plusieurs reprises, en 1871, en 1918, en 1945, suite à des guerres. Et là, en 30 ans de paix, on a réussi à ruiner le pays !». Comment en est-on arrivé là ? «Nous avons perdu la notion de comptabilité, autrement dit, l’équilibre financier. La France a donné congé à la comptabilité depuis 30 ans. Nos déficits sont des déficits de fonctionnement et l’on sait qu’une gestion qui ignore la comptabilité va dans le fossé» a insisté François de Closets, soulignant que depuis 1 ou 2 ans, on se rend compte qu’il faut revenir à la réalité.Pourquoi la France a-t-elle décroché ? «C’est difficile de gouverner la France et en particulier les Français, qui, suite au scepticisme envers la politique les a conduit au fatalisme.Ils attendent tout du gouvernement. Autrefois, le rôle de l’Etat était d’assurer à chacun le droit de... (se nourrir, de travailler, de s’habiller, etc). Aujourd’hui, il est passé au droit à... (l’école, au logement, aux aides), le tout avec de l’argent public». L’argent distribué étant plus important que celui dans les caisses. «La tentation a été grande pour la France d’emprunter dans le milieu des années 70. C’est ce qu’elle a fait et c’est à ce moment que le pays s’est installé dans les crédits». Peu après, le choc pétrolier a considérablement ralenti la croissance et le Président de l’époque, face aux premiers déficits, a augmenté les impôts des Français mais aussi a emprunté plus pour la France. Les années passant, le déficit s’est accru. Pour le rendre moins visible aux yeux des Français, les politiques ont trouvé une solution plutôt astucieuse : ne plus exprimer le déficit en pourcentage du budget mais en pourcentage du Produit Intérieur Brut (PIB).«Un déficit de 3 % (du PIB), que nous n’arriverons même pas à obtenir en 2013, représente en réalité un déficit budgétaire supérieur à 15 % !». Dit autrement, ce déficit de 3 % du PIB, ça parait peu, mais ça veut dire qu’à partir de la fin octobre 2013, la France aura consommé toutes ses recettes budgétaires et devra emprunter pour payer ses dépenses courantes de novembre et décembre 2013 !
Présenter les choses de cette façon, c’est une escroquerie comptable qui vise à masquer la réalité aux yeux des Français. Aucun président de la République ne s’est préoccupé de rétablir la vérité, ni de tout faire pour réduire ce déficit. «Aujourd’hui, nous vivons une double crise : une crise des finances publiques et une crise de l’économie. Le déficit impacte sur la compétitivité des entreprises. Les finances de l’Etat sont tellement dégradées que même si la dette était effacée, le budget serait encore en déficit. Le déficit est une drogue en France et la cure de désintoxication sera difficile. Les Français ne sont pas prêts à payer plus d’impôts et à réduire leurs allocations diverses, en clair baisser leur niveau de vie». François de Closets a dénoncé un manque évident de courage des politiques depuis les années 75. Les programmes des candidats sont basés sur des promesses intenables. Ils ne parlent jamais de rigueur et d’austérité. «Ils n’osent pas demander aux Français de faire les efforts nécessaires». Le plan de rigueur actuel ne comblera pas le gouffre déficitaire. La France doit trouver 70 milliards d’euros. Pour François de Closets, il faut jouer avant tout sur les dépenses.
François de Closets
François de Closets - © l'agriculteur de l'aisne
La clé ?La réduction des dépenses publiques
Alors comment sortir d’un tel marasme ? «Il faut changer la façon de faire de la politique qu’elle soit de gauche plutôt affiliée au social et à l’argent public ou de droite synonyme de grands patrons et du  capitalisme. Il faut mener une politique de guerre qui oublie les clivages. Il est urgent de ramener les Français à la réalité. François Hollande a décidé de réduire de 10 milliards d’euros les dépenses de l’Etat, de récupérer 10 milliards sur les entreprises françaises et 10 milliards sur les ménages. A côté de cela, le rapport de la Banque de France montre que l’économie du pays est à l’arrêt. Les signaux envoyés aux entrepreneurs sont si incompréhensibles que plus personne ne bouge, n’innove, n’investit. C’est catastrophique !» s’est emporté François de Closets, assignant l’Etat à freiner ses dépenses. «La clé de tout c’est la réduction des dépenses publiques». D’autant que les Français n’ont, selon l’intervenant, pas compris qu’il faudra trouver 12 milliards chaque année, pendant 5 ans.François de Closets a brossé un tableau des plus inquiétants pour l’avenir du pays et de ses habitants. Pour couler des jours plus heureux... dans quelques années, il faut dès aujourd’hui imposer une politique de redressement cohérente avec la situation actuelle. «Il va nous falloir prendre des décisions radicales, révolutionnaires parfois. Aller vers une politique de régime financier en interdisant les déficits, en économisant l’argent public et en augmentant l'investissement, ou encore en surtaxant les hauts revenus et en contrôlant les prestations sociales. Il faut imposer une réglementation plus stricte pour les systèmes bancaires tout comme au droit de grève, favoriser les entrepreneurs... En résumé, mener une politique de crise qui échappe au clivage droite-gauche, mais qui allie les idées des uns et des autres au niveau social et économique». Toute une révolution, toute une mutation.
Remettre l’entreprise au coeur de l’économie
«La France aura-t-elle la capacité et la volonté de rembourser sa dette ?» a interrogé Jean-François Capelle. «Aura-t-elle la volonté de revenir à une réalité comptable ?». Pour le Président de CERFRANCE Nord Est – Ile de France, «la France doit d’abord avoir la volonté de réduire la dépense publique, avec, il ne faut pas se le cacher, les conséquences inévitables sur notre pouvoir d’achat, avec l’inévitable allongement de la durée du travail, avec le renoncement à certains acquis sociaux jusque là intouchables. C’est l’heure des choix. Choisir le courage pour assurer l’avenir ou choisir la facilité qui nous mènera au déclin, ou ne pas choisir ce qui reste tout de même un choix : celui ne de plus être  maître de son destin et de laisser les autres décider à notre place». Et de poursuivre : «La France est à un tournant. Il est plus que temps pour elle d’arrêter de privilégier le consommateur au détriment des producteurs, de réduire ses dépenses et de développer les investissements. Il est plus que temps de réintroduire le principe de responsabilité individuelle partout où c’est possible. De faire évoluer des politiques sociales qui importent la misère et de réviser une politique fiscale qui exporte la richesse. Enfin, il est plus que temps pour elle de remettre l’entreprise privée au cœur de l’économie. Arrêter de sacrifier l’avenir au présent et ne pas reporter la charge de notre incurie sur les générations futures. La France doit passer de la défense à l’attaque, ne plus être en réaction mais en actions. Des décisions qui seront prises dépendront non seulement notre avenir de citoyens mais aussi celui de nos entreprises. La France n’est plus à l’heure des comptes, elle est à l’heure des choix !».

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