L'Agriculteur de l'Aisne 02 novembre 2012 à 15h29 | Par Gaetane Trichet

Conjoncture - Les charges alimentaires plombent les résultats du secteur laitier

Les responsables de CER France Nord Est Ile de France se sont retrouvés pour la réunion annuelle conjoncture le 26 octobre à Samoussy.

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Jean-François Capelle suggère qu’il est temps de quitter «l’économie de la rente» pour réinvestir dans les entreprises...
Jean-François Capelle suggère qu’il est temps de quitter «l’économie de la rente» pour réinvestir dans les entreprises... - © l'agriculteur de l'Aisne

L’habitude est prise par Eric Verjot, directeur de CERFRANCE Nord Est Ile de France, d’introduire la réunion en résumant la campagne par trois mots. Cette année, hétérogénéité a été le premier mot cité. Hétérogénéité dans la climatologie et ses conséquences sur les résultats techniques, hétérogénéité des rendements avec des variations entre les minima et les maxima de 10 à 15 % par rapport à la référence moyenne. Mais plus encore, une hétérogénéité dans les prix de vente. «Nous avons noté une hétérogénéité dans le prix de commercialisation avec des écarts importants entre les entreprises agricoles, avec cette année, une tendance à la hausse des résultats économiques pour les exploitations de culture et inversement à la baisse pour les exploitations d’élevage». Prudence. C’est le deuxième qualificatif qu’a utilisé Eric Verjot comme en 2011 d’ailleurs. La prudence est nécessaire pour les décisions privilégiant exclusivement les choix fiscaux face à des situations exceptionnelles. En effet, certains investissements trop hâtifs pourraient alourdir les prix de revient des années à venir. Cela reste vrai encore cette année, mais au-delà des charges de mécanisation, la forte augmentation des charges proportionnelles rappellent que les produits d’une année ne doivent pas faire oublier les charges de l’année suivante. Enfin, le directeur a employé le verbe gérer, car selon lui, bien gérer c’est piloter son entreprise dans un contexte économique instable avec ambition mais avec prudence.



Les charges toujours en hausse

Après une présentation de l’économie mondiale qui reste plutôt tendue, François-Xavier Thirard a détaillé les résultats 2012 en productions végétales. Pour leurs estimations, les conseillers ont prévu les charges proportionnelles à la hausse avec + 4 % pour les semences, + 16 % pour les engrais et amendements, + 2  % pour les travaux et + 6 % pour les phytosanitaires. Les charges de structure augmentent également en particulier celles des carburants et lubrifiants et les amortissements du matériel à + 7 %. Les charges de main-d’œuvre, les frais généraux, de mécanisation augmentent entre 2 et 3 %, tout comme l’inflation. «En intégrant tous ces éléments, l’augmentation de charges de 110 euros/ha impacte directement l’EBE prévisionnel. L’EBE s’établit néanmoins à 1056 euros contre 1018 euros l’an passé soit 38 euros de plus pour une exploitation type du Saint-Quentinois. Quant à lui, le résultat courant 2012 se réduit de 3 % et atteint environ 760 euros de l’hectare contre 786 euros en 2011. Cette réduction provient d’une baisse importante des produits financiers qui correspondaient principalement aux dividendes versés par les organismes sucriers sur la récolte 2011 et que l’on ne devrait pas retrouver sur cette récolte». François Xavier Thirard a ensuite souligné qu’il existe un écart de 240 euros entre l’hypothèse la plus basse et la plus haute et rappelle que les niveaux de résultats 2012 restent excellents puisque le résultat moyen quinquennal se chiffre à 425 euros/ha. Dans le Tardenois, le produit brut atteint 1864 euros/ha, l’EBE 740 euros/ha en hausse de 13 % et le résultat courant 461 euros/ha avec + 14 %. Selon les hypothèses de CERFRANCE NEIDF, la meilleure position du résultat courant affiche 535 euros contre 331 pour la moins bonne soit 200 euros d’écart. Avec la présentation de ces deux systèmes : le Saint Quentinois avec une part conséquente de betteraves sucrières dans l’assolement et le Tardenois avec une très forte dominance des céréales, chacun peut se faire une idée des résultats des systèmes cultures du département, qui se situent tous à l’intérieur de cette fourchette. «En 2012, les résultats en polyculture sont excellents en toute région. Toutefois, les charges continuent d’augmenter et cela depuis plusieurs années. Cette croissance des charges est masquée cette année par la hausse du prix des produits céréaliers. Il faut rester vigilant car si les cours devaient replonger, les charges n’en feraient pas autant, en tout cas pas au même rythme» a ajouté Jean-François Capelle, président de CERFRANCE NEIDF.Les exploitations de viticulture ont cette année, étaient touchées par une météo peu favorable entraînant un retard dans les vendanges. La récolte n’a pas dépassée les 8000 kg. Cette très importante perte de production entraîne une baisse du résultat courant de 80 % pour atteindre 10 552 euros/ha. Les viticulteurs bénéficient d’un système de déblocage de vins, ce qui permet d’amortir les aléas de trésorerie d’une année sur l’autre sans pour autant amener du résultat supplémentaire. «Attention au décalage des trésoreries dans la mesure où les paiements s’échelonnent sur l’année et que le déblocage ne pourra permettre de générer un apport de trésorerie qu’en mars 2013» a prévenu François-Xavier Thirard, avant de céder la parole à Alice Petit pour la partie élevage.Les charges alimentaires plombent les résultats en lait2012 contraste avec 2011 pour les productions laitières avec l’érosion des cours d’environ moins 20 euros/tonne. De plus, l’augmentation des charges alimentaires a été très pénalisante : + 20 % en système lait et + 10 % en système viande. «L’envolée du marché des aliments fait craindre une hausse du coût alimentaire importante et éventuellement une limitation plus forte qu’habituellement du volume de production». Aussi, sur une exploitation type système laitier, l’EBE baisse à 725 euros soit – 17,5 %, et le résultat courant à 272 euros soit – 39 %. «Les élevages mixtes viande type Tardenois tirent cependant leur épingle du jeu grâce à une bonne conjoncture en culture et en viande» a annoncé Alice Petit. Globalement, le produit brut augmente de 5 à 10 % en système polyculture et de 3 à 10 % en système mixte et spécialisé. «En ce qui concerne les élevages laitiers, les résultats sont très insuffisants, dus une fois encore, à cette augmentation des charges en particulier des coûts alimentaires. C’est un vrai souci et il y a beaucoup de questions dans ce secteur. Certains se regroupent et d’autres s’interrogent sur leur avenir, en particulier les  jeunes, car l’élevage est un métier avec des contraintes importantes. Si le résultat n’est pas en face, il est légitime que les éleveurs s’interrogent. Espérons que cette situation soit provisoire» a conclu Jean-François Capelle.

Réinvestir dans les entreprises

Après avoir fait un tour d’horizon de la conjoncture économique des pays européens et l’ampleur des dettes, Jean-François Capelle s’est recentré sur la situation française. Le président a une vision très durable de l’agriculture et a tenu à le souligner. De quoi sera fait l’avenir ? «L’agriculture ne peut pas s’exonérer du contexte macro-économique qui l’entoure. Ce contexte n’est pas brillant et pour que l’état rembourse la dette, il est probable que nous connaissions une période de fiscalité durablement élevée. Nous sommes entrés  aussi dans une période de croissance molle et ce pour une dizaine d’années. Cela va entraîner une compétition accrue entre les acteurs économiques». Quels vont être les effets de cette compétition sur nos métiers s’est interrogé Jean-François Capelle. «Aujourd’hui, l’objectif de certains acteurs est d’engranger rapidement un bénéfice, un résultat, une plus-value, sans se préoccuper du long terme. Et donc ce «court-termisme» veut dire une spéculation accrue sur les marchés, donc une volatilité élevée. Une volatilité caractérisée dans l’avenir par son amplitude, sa violence et sa rapidité. Une volatilité renforcée en agriculture par la faiblesse des stocks mondiaux tous produits confondus. Dans ce contexte, la solution c’est la compétitivité» a affirmé le président. «Avoir un prix de revient suffisamment réduit pour que les années où les prix sont bas, on puisse limiter les pertes». Mais attention, cette compétitivité doit être une notion transversale en France, autrement dit, que chacun s’y engage. «Nous ne sommes qu’une partie de la chaîne économique de production du pays. Tous les acteurs économiques et aussi politiques se doivent d’être compétitifs : l’Etat, les collectivités territoriales, les transports, l’éducation, la justice...» a-t-il estimé.Alors quelle opportunité en période de crise ? «Je suis quand même résolument optimiste. Pourquoi ? Parce que l’épargne se trouve dans un contexte où elle aura de plus en plus intérêt à se réinvestir dans l’entreprise». En effet des taux de rémunération financière réduits à 2 ou 3 %, joints à une augmentation des prélèvements fiscaux, ont pour conséquence que le détenteur de capital, s’il reste sur des circuits classiques, verra son épargne fondre progressivement d’années en années. De plus, les prix de l’immobilier paraissent être en haut de cycle. Les prix risquent de baisser et la rentabilité locative jointe à l’augmentation de la fiscalité décourage l’investissement. Au vu de ces différents éléments, Jean-François Capelle suggère qu’il est temps de quitter «l’économie de la rente» pour réinvestir dans les entreprises...et en premier lieu dans son entreprise. Pas en achetant du matériel dernier cri, mais bien en créant de la valeur ajoutée, «car seule l’entreprise génère les emplois productifs,  la richesse et tout cela est favorable à terme pour notre économie».

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