L'Agriculteur de l'Aisne 07 février 2014 à 08h00 | Par Gaetane Trichet

Coopération - Tous unanimes : «le taux de protéines, c’est l’accès aux marchés»

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En moyenne, 50 % des blés tendres français sont exportés à destination de  l’Union européenne et des pays-tiers. Mais la concurrence se renforce avec les pays de la Mer Noire notamment. Pourquoi ? Le taux de protéines des céréales Ukrainiens par exemple, sont supérieurs à ceux des blés français... et c’est ce que demandent les clients. La réunion Prospectives de Cerena a été l’occasion le 21 janvier dernier à Guise, de faire prendre conscience aux agriculteurs toute l’importance de fournir des blés de qualité pour répondre aux attentes du marché.

Le marché français divisé en 4 secteurs

«De 12,5 en 2003, la courbe du taux de protéines dans les céréales françaises n’a cessé de décroître pour arriver aujourd’hui à 11,2» s’est désolé Thibault Lecomte, trader chez Ceremis, avant de faire un point sur les différents débouchés que sont l’amidonnerie, la meunerie, le pet food (alimentation des animaux de compagnie), et la fabrication d’alimentation du bétail. «Pour nos clients meuniers, la qualité du blé est essentielle. La variété, mais aussi le taux de protéines pour de bonnes panifications et le PS pour un bon rendement d’écrasement. Pour les amidonniers, le taux de protéines est aussi nécessaire pour une bonne valorisation du gluten. Ils sont aussi attentifs aux mycotoxines tout comme les utilisateurs de blé pour les pet food ou encore pour l’alimentation animale». On voit bien que le taux de protéines est l’élément clé sachant que «dans les 10 années à venir, les amidonniers augmenteront leurs besoins de 1 à 2 % par an,  les meuniers les stabiliseront, les pet food les développeront légèrement en France alors qu’à l’étranger cela va prendre de l’importance. Enfin, les fabricants d’aliments du bétail diminuent leurs volumes de 1 %, ce depuis 10 ans» a constaté Thibault Lecomte, annonçant que ces industriels auront encore plus d’exigences qualitatives, sanitaires voire spécifiques sur les blés qu’ils achètent.Des concurrents européensLa concurrence européenne se segmente sur les marchés. La France, premier pays producteur avec 35 à 37 millions de tonnes de blé, s’oriente vers les pays du sud, l’Allemagne avec 25 millions de tonnes, se tourne vers les pays de l’Europe du Nord et la Roumanie et la Bulgarie avec 12 millions de tonnes exportent vers les pays du pourtour méditerranéen. «Cette segmentation est basée sur la qualité. Les destinations se font en fonction des utilisations des céréales». L’Allemagne exporte 4,84 millions de tonnes vers les pays tiers et 3,98 vers l’Union européenne. Son blé possède un taux de protéines de 12,5 %. La Roumanie et la Bulgarie sont devenues depuis deux ans, des exportateurs de blé meunier qui comptent, en constante progression. 3,4 millions de tonnes partent vers les pays tiers et 2,45 vers l’Union européenne. Contrairement à la  France et à l’Allemagne, la récolte a été précoce en 2013 avec une bonne qualité meunière, ce qui leur a permis de prendre des parts de  marchés sur l’Egypte et la Syrie.

- © l'agriculteur de l'aisne

Des cahiers des charges exigeants à l’export

«Sur les 50 % des blés français destinés à l’export, 95 % partent vers les pays du Maghreb, l’Egypte, l’Algérie principalement. Aujourd’hui, ils réclament des blés avec un taux de protéines plus élevé» a expliqué  Jean-Philippe Everling, directeur de Granit, négoce international du groupe Axereal. Avec un taux de  11,2 en moyenne, les blés français sont concurrencés par les blés mondiaux, en particulier ceux de la Mer Noire. «C’est pourquoi il est important aujourd’hui de retrouver des taux de protéines plus élevés pour conserver les clients actuels, voire d’en trouver d’autres». Il a expliqué les mécanismes des marchés, rappelant que les cahiers des charges des clients sont de plus en plus stricts, notamment sur le taux de protéines, le taux d’humidité, le taux d’impureté et que la concurrence est de plus en plus agressive. «Des limites ont été fixées chez nos clients. Par exemple en protéines : la norme 11 mini 10,5 pour l’Algérie. Pour l’Egypte elles sont respectivement à 11,5 et 11. Notre taux moyen en France est de 11,2 alors que l’Allemagne se situe à 12,8 cette année. On comprend vite que nos risques sont bien réels...».  D’autant que des pénalités sur les tonnes vendues sont encourues en cas de défaut de protéines, de H20 ou d’impuretés.

Les atouts de la France

La course aux parts de marché est donc difficile et basée sur des produits de qualité en particulier face aux concurrents hors Europe. Mais la France a des atouts. «Quelle que soit la météo, les céréales françaises sont toujours présentes sur le marché export. Nous n’avons pas de risque politique ou économique. Nous exportons du blé de type «medium hard» pour fabriquer de la farine pour la boulangerie type «baguette» adaptée à nombre de pays voisins. Et la France s’appuie sur une logistique relativement efficace, même s’il reste des améliorations à apporter notamment au niveau du transport fluvial». Enfin, la France bénéficie d’une proximité avec les grandes zones de production,  de sites portuaires importants et elle est proche de ses principaux clients. «Nous devons cependant poursuivre les efforts sur la qualité de nos blés, et bien être conscients que c’est un enjeu face à la concurrence. Nous devons nous battre aussi auprès de nos politiques pour qu’ils nous permettent de produire. Rappelons-leur que la place de l’export des céréales dans la balance commerciale française représente 100 airbus A320 !».

Faire évoluer le taux de protéines dans les blés

A l’aide d’un graphique, Marc Braidy, vice-président de Cerena, a montré à la salle, l’évolution du taux de protéines depuis quelques années chez les adhérents de la coopérative. «En 2013, les blés affichaient un taux de 11,6 mais ils n’étaient que de  10,9 en 2009. Notre objectif est de se situer entre 11,5 et 12» a-t-il annoncé.  «Il est indispensable d’atteindre cet objectif et de continuer à améliorer la qualité des céréales pour ne perdre aucune part de marché, voire en gagner». Aussi, le vice-président a assuré que Cerena mettait en œuvre tous les moyens pour accompagner ses associés-coopérateurs en les conseillant sur le choix variétal, sur un pilotage de l’azote précis et mesuré... Chaque agriculteur recevra prochainement le taux de protéines moyen de ses livraisons et pourra le comparer avec la moyenne de son silo, le tout  étant «de se situer personnellement dans un contexte local. Votre conseiller productions végétales pourra vous aider à mettre en place des outils d’aides à la décision pour obtenir des taux de protéines entre 11,5 et 12 au moindre coût économique et environnemental». En conclusion, Marc Braidy a invité tous les adhérents à participer aux réunions de secteur qui auront lieu les 18 et 19 juin prochain à Dunkerque avec visite des installations portuaires de la SICA Nord Céréales.Une autre approche des besoins du marché...

L’Ukraine, un concurrent sérieux

Olivier Bouillet, directeur exécutif international en place à Kiev a fait le tour du monde des producteurs de céréales et par conséquent des concurrents directs pour la France. Quoique... La France bénéficie d’une régularité de production contrairement à beaucoup de pays souvent touchés par de violents aléas climatiques. «La qualité sanitaire de nos blés est reconnue. En revanche, nous avons un travail à faire sur le prix proposé et la protéine».«Pour notre pays, le débouché européen est sécurisé et stable. Notre priorité est de développer les  parts de marché sur les pays-tiers. Toutefois, nos concurrents sont plus compétitifs pour diverses raisons. Le producteur français doit principalement baisser son coût de production pour augmenter sa productivité. Il existe de nombreux leviers comme la hausse du rendement, une qualité améliorée, une réduction du coût de mécanisation, le travail à façon, la simplification du travail du sol... Certaines de ces mesures ont également un impact significatif sur les charges de main-d’œuvre».

Diversifier la destination des céréales françaises et valoriser l’image du blé français

L’Ukraine, la Russie et le Kazkhstan sont des concurrents avérés. Plus de 40 000 fermes sont familiales avec une surface allant jusque 500 ha, pratiquement 5150 sont intermédiaires avec des surfaces comprises entre 501 et 2000 ha et plus de 2960 exploitations sont professionnelles avec plus de 2001 ha. «La restructuration est relativement difficile. Cependant  ils exportent beaucoup... quand les conditions climatiques n’ont pas ruiné leurs espoirs ! Des phénomènes qui entraînent d’ailleurs des fluctuations sur les cours mondiaux». Quelles perspectives à 10 ans ? On note dans ces pays, une forte concentration et une entente des opérateurs très dynamiques qui ont d’ailleurs des capacités de stockage permettant de répondre aux besoins. Leur offre peut être abondante à l’export, et ils bénéficient aussi d’une proximité avec leurs clients. Sans oublier qu’ils profitent de leviers de compétitivité forts (faibles coûts de production, pas de réglementations environnementales...). La France devra alors se positionner sur des zones à demande croissante, mais aussi travailler sur ses prix et sur la qualité de ses blés. «Il ne faut pas se reposer sur les acquis car la concurrence est forte et croissante. Nous devons aussi diversifier la destination de nos céréales et valoriser l’image du blé français».Sachant que d’ici à 2020, les marchés auront besoin de 85 millions de tonnes de céréales en plus, d’où l’intérêt d’avoir de bons arguments de négociation et de vente...



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