L'Agriculteur de l'Aisne 16 juin 2011 à 14h14 | Par Actuagri

. Crise de la bactérie Eceh – Interview d’Angélique Delahaye, présidente de Légumes de France - «C’est un véritable tsunami pour les producteurs !»

Le plan de soutien européen aux producteurs de légumes impactés injustement par la crise sanitaire liée à la bactérie Eceh, est «bien loin du compte», nous explique une Angélique Delahaye bouleversée, en colère et très inquiète pour le moral de certains producteurs…

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- Quel est l’état des ventes des légumes directement touchés par la crise sanitaire partie d’Allemagne ?
Angélique Delahaye : Sans parler de la salade, les ventes de tomates et de concombres de France perdent par semaine 6 millions d’euros depuis deux semaines, soit environ 1 million d’euros par jour sur six jours puisque nous ne comptons pas le dimanche. C’est un véritable tsunami pour les producteurs français de légumes et c’est totalement inédit pour nous. Ce qui nous arrive n’a d’ailleurs aucun sens sur le plan de la sécurité alimentaire qu’offre nos produits. Laver les légumes avant de les consommer suffit à ne rien risquer pour le consommateur.
Dans quatre semaines, c’est-à-dire début juillet, les producteurs de pourront plus faire face à leurs échéances. Comment vais-je payer mes salariés en juillet, régler ma facture énergétique pour mes serres ? Comment vais-je payer mes engrais et la lutte intégrée sur mon exploitation ? Je ne le sais pas aujourd’hui. Je crains que la tension aille en s’aggravant dans les entreprises légumières car nos salariés ont peur pour leur boulot !
Cette crise arrive au milieu de la saison de production pour le concombre, qui débute fin février pour s’achever en octobre. Pour ce produit, les ventes sont quasi nulles. Les régions Pays de la Loire et Centre sont terriblement touchées par la baisse de consommation nationale et européenne. En salade, les ventes nationales ont chuté de 30 %. Je broie pour ma part mes premiers champs de salades car je ne pourrai pas les vendre. Même le chou fleur est touché. Quant à l’Alsace, région frontalière de l’Allemagne d’où est partie la crise sanitaire, elle voit tous ses légumes impactés.

- Comment avez-vous choisi de réagir face à cette situation critique ?
Angélique Delahaye : Nos interlocuteurs et en particulier le commerce n’ont pas encore perçu le niveau de défiance alimentaire qui s’est installé chez les consommateurs français et européens vis-à-vis des productions légumières.
Le plus scandaleux est de voir des camions entiers arrivés à Rungis en PAV (en prix après vente, ndlr) alors que cette pratique a été interdite par la loi de modernisation de l’agriculture (LMA), adoptée l’été dernier. Le concombre est vendu ainsi 18 centimes alors qu’on le produit à 35 centimes. Ici l’Etat ne fait pas son travail !
Nous demandons que tout soit fait pour que la consommation de légumes redémarre ! Nous avons besoin d’aides économiques en urgence et je sais que Bruno Le Maire bataille pour obtenir des compensations à l’euro près de la part de Bruxelles. Pour l’instant, le plan de soutien annoncé est bien loin du compte. Mais les aides économiques ne résoudront jamais la reprise de la consommation des ménages et de la restauration hors foyer.
Il existe pour cela des décideurs, des donneurs d’ordre qui sont les collectivités territoriales : les régions pour les lycées, les départements pour les collèges, les communes pour les écoles primaires et maternelles. C’est pourquoi nous avons appelé les députés et les sénateurs, le 8 juin, à faire preuve de solidarité dans leur circonscription et de courage politique ! Nous n’avons entendu qu’un seul ministre depuis le début de la crise, celui de l’Agriculture. Mais que fait Frédéric Lefebvre (le secrétaire d’Etat à la Consommation, ndlr) ? Je le rencontre le 14 juin et je vous garantis qu’il va m’entendre, lui ! Beaucoup de producteurs sont dans des situations de désespérance ; je m’attends malheureusement à des actes désespérés chez les producteurs…

- Depuis l’erreur de communication magistrale des autorités allemandes, que vous inspire le déroulé de ce feuilleton noir ?
Angélique Delahaye : Je suis furieuse contre l’irresponsabilité des propos tenus par les autorités allemandes il y a deux semaines. Mais porter plainte contre elles ne donnerait rien. Nous pouvons comprendre que la situation sanitaire en Allemagne demandait beaucoup de précaution, mais la réaction allemande a été pour nous l’équivalent d’un assassinat économique.
Je suis furieuse aussi contre Bruxelles. L’AOP Tomates et Concombres de France vient de lancer une campagne de communication radio pour regagner la confiance des consommateurs français (voir encadré). La seule réassurance pour le consommateur aujourd’hui est d’exiger l’origine France. Mais il est scandaleux de voir que le financement de cette communication se fait sur les seuls deniers des organisations professionnelles. La puissance publique refuse toute participation financière à ces opérations de promotion en raison des règles communautaires de la concurrence ; nous en avons ras le bol de ces règles communautaires ! Nous devons obtenir de Bruxelles que des fonds nationaux puissent servir à ce type d’opérations.

Mobilisation des producteurs auprès des consommateurs
L’AOP Tomates et Concombres de France, l’organisation économique des producteurs français de concombres et de tomates, lance une opération de communication en deux temps. Elle est destinée à donner de la visibilité aux producteurs, dire à leurs clients distributeurs que «mettre de l’origine France en rayons va faire repartir les ventes», et informer les consommateurs qu’ils doivent «exiger» l’origine France, «garantie par une charte de qualité sanitaire». La première étape consiste en une vague de spots radio durant tout le week-end de la Pentecôte sur les grandes stations de la bande FM, pour un budget de 100 000 euros financé en totalité par les producteurs. Puis les producteurs distribueront gratuitement des concombres en région parisienne la semaine du 13-19 juin.

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