L'Agriculteur de l'Aisne 14 juin 2011 à 16h00 | Par Actuagri

Décryptage - Erreur sur le concombre...

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C’était il y a deux semaines. Une bactérie nommée E. Coli (Eceh) commençait à semer la mort en Allemagne, qui compte aujourd’hui 30 des 31 décès imputés à Eceh et recensés en Europe au moment d’écrire ces lignes. Panique à Berlin. Jour après jour de nouveaux malades arrivent aux urgences des hôpitaux et deux décès surviennent. On diagnostique des hémorragies digestives, des diarrhées ainsi que des insuffisances rénales et des troubles sévères neurologiques dans les cas les plus graves. Tous provoqués par l’ingestion de cette bactérie. Il fallait vite découvrir l’origine de l’épidémie mortelle, affirmer qu’il était possible de la contenir pour éviter toute panique collective ; il fallait aussi user du principe de précaution. C’est alors que les autorités sanitaires allemandes affirment avoir trouvé la cause de cette crise sanitaire sans précédent en Europe : des lots de concombres bio importés d’Espagne et produits par deux entreprises rapidement identifiées. Nous sommes le 25 mai.
On soupçonne aussi des salades et des tomates de la même provenance d’être porteuses de la bactérie mortelle. Les précisions tombent une à une : la contamination des aliments incriminés pourrait être due à un contact avec des déjections d'animaux domestiques ou sauvages. On entend même à la radio et sur certains plateaux de télévision que les producteurs bio espagnols répandraient du lisier sur leurs parcelles, violant l’orthodoxie des règles du mode de production biologique ! La machine médiatique s’est emballée.
Le 1er juin, coup de théâtre, les autorités allemandes se rétractent ; les premières analyses réalisées sur les malheureux concombres – comment ça les premières ? – les disculpent tout comme leurs consoeurs les tomates et les salades. Mais il est trop tard pour rattraper instantanément cette ahurissante erreur de l’Allemagne dans sa communication de crise. D’autant que des malades sont progressivement signalés en Suède qui compte un mort, au Danemark, en Grande-Bretagne, en Autriche, aux Pays-Bas, en France… Il n’en fallait pas plus aux consommateurs européens pour rayer quasi définitivement ces légumes et bien d’autres de leurs listes de courses. Et la Russie a fermé un temps ses frontières.
Les ingrédients anxiogènes d’une panique collective étaient réunis et elle s’est installée, synonyme d'une terrible injustice pour les producteurs de légumes de l’Union qui ont vu leurs ventes dramatiquement chuter. Dramatiquement, oui, car cette panique survient au beau milieu de la saison de production légumière, qui s’étale de fin février à octobre. « Un véritable tsunami pour les producteurs », déplore Angélique Delahaye, à la tête des producteurs français (Légumes de France). Leurs homologues espagnols, furieux et abattus, perdent aujourd’hui 225 millions d’euros par semaine ; les producteurs français de concombres et de tomates 1 million d’euros par jour. Un comble quand la performance du système français d’épidémio-surveillance est reconnue dans toute l’Europe.
Le 10 juin, il semblait acquis pour la Commission européenne que cette crise tragique ait été causée par des graines germées de haricot rouge, de tournesol et de soja élevées dans une exploitation bio de Basse-Saxe. Des graines germées que l’on retrouve dans les salades ou les sandwichs. En 15 jours, les ventes de légumes se sont effondrées dans les principaux pays producteurs de l’UE. Regagner la confiance des consommateurs sera une tâche bien plus longue.

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