L'Agriculteur de l'Aisne 10 novembre 2016 à 08h00 | Par Actuagri

Des agriculteurs livrés à eux-mêmes

A l’APCA, des élus et des experts soulignent le décalage entre les objectifs affichés du programme Ecophyto 2 et les solutions alternatives disponibles pour les atteindre.

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Le 8 novembre dernier, l’Apca a organisé un séminaire intitulé «Ecophyto 2 : de l’expérimentation à la pratique» axé sur la mise en œuvre du second programme de baisse de 50 % de l’emploi de produits phytosanitaires d’ici 2025, lancé cette année. Introduit par Dominique Potier, député de Meurthe et Moselle et agriculteur, cet après-midi d’échanges et d’analyses entre agriculteurs et représentants de l’Inra, de la FNE et de la coopération agricole, a été animé par Didier Marteau, président de la commission agronomie-environnement de l’Apca. «Malgré ses résultats décevants, Ecophyto 1 a engagé irréversiblement la profession agricole vers la réduction de la consommation de produits phytosanitaires. Et avec Ecophyto 2 (un programme issu du travail législatif conduit par Dominique Potier - ndlr), on est passé à la vitesse supérieure», a déclaré Guy Vasseur, président de l’Apca. Pour réduire l’emploi de produits phytosanitaires, il n’existe pas de solution miracle qui concilie performance économique et performance environnementale. Les résultats présentés et connus sont souvent l’œuvre d’initiatives personnelles ou de recherches appliquées très discrètes. Des témoignages entendus durant le séminaire, il ressort que les agriculteurs qui, se sont lancés, comme Emmanuel Drique de l’Eure, dans la réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires, se sentent marginalisés par leurs collègues. Et lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, ils sont seuls à en assumer la responsabilité. Par ailleurs, les programmes de réduction de l’emploi de produits phytosanitaires modifient la conduite des exploitations et par conséquent, le travail quotidien des agriculteurs. Ils imposent une augmentation du temps de travail et du nombre de passages dans les parcelles, ce à quoi les exploitants agricoles ne sont pas toujours préparés. Mais surtout, l’absence de références et de résultats fiables et transposables, rebute de nombreux agriculteurs. «C’est pourquoi il faut trouver des indicateurs pertinents pour apprécier les impacts d’une réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires, a expliqué Christian Durlin, administrateur de la Fnsea. LIFT n’est pas un critère satisfaisant, pas plus que ne l’est le volume de produit épandu puisque ce dernier n’est pas en lien avec la dangerosité des substances employées».

Multiplier les expérimentations

La mise en œuvre du programme Ecophyto 2 exige la mobilisation des services des chambres d’Agriculture et, des organismes de recherche appliquée et fondamentale. L’APCA et les chambres d’Agriculture comptent sur le transfert des connaissances acquises dans les 3 000 fermes laboratoires et dans les 30 000 exploitations pilotes, pour vulgariser les nouvelles pratiques agricoles qui ont apporté satisfaction. Mais les agriculteurs doivent rester maîtres et acteurs de cette transition et, avoir la possibilité de faire part de leurs expériences. Aucune piste de recherche et de solution ne peut être exclue : l’agronomie, la connaissance du vivant, le biocontrôle etc. «Ecophyto 2 appliqué en agriculture conventionnelle empruntera des techniques utilisées en agriculture biologique, ce qui conduira à réduire l’écart entre les deux modes de production», a ajouté Christian Durlin. «Le recours aux biotechnologies accélère la recherche variétale. C’est un facteur de réussite prometteur du programme Ecophyto 2 en sélectionnant des variétés résistantes au stress hydrique et aux maladies par exemple», défend de son côté Sébastien Windsor, président de la chambre d’Agriculture de l’Eure. En fait, la réussite de d’Ecophyto 2 reposera aussi sur des solutions aujourd’hui insoupçonnables, qui font appel aux datas numériques, au GPS etc. «C’est pourquoi, il faut donner à la recherche les moyens de répondre à la demande publique», souligne Guy Vasseur. «En revanche, légiférer et taxer des produits phytosanitaires ne remédiera pas à l’absence d’alternatives à leur emploi. Le législateur doit donner du temps aux agriculteurs», ajoute le président de la chambre d’Agriculture de l’Eure. «Il faut une génération pour changer les pratiques culturales», précise Didier Marteau. Le préalable au succès d’Ecophyto 2 est le partage des objectifs de ce programme par tous les agriculteurs en invoquant, par exemple, des enjeux de santé. Mais ce programme exige aussi l’adhésion des consommateurs et de l’ensemble des acteurs aval et amont du secteur agricole. Les critères de transformation et de commercialisation des produits agricoles doivent être revus comme, à titre d’exemple la vente de fruits et légumes tachetés;

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