L'Agriculteur de l'Aisne 14 avril 2011 à 11h00 | Par Gérald Le Page

Des outils et méthodes pour améliorer les conditions de travail de l'éleveur

Organisé le 7 avril à Amiens par Agro-Transfert et les organismes d’élevage a fait le point sur les actions engagées pour aider les éleveurs à mieux gérer leur travail.

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Astreinte, pénibilité… les conditions de travail en élevage sont aujourd’hui moins bien acceptées par les jeunes générations que leurs ainés. Cela n’a rien d’étonnant dans une société qui met davantage en avant la facilité et les loisirs que l’ardeur à la tâche. A cela s’ajoute le fait que la main-d’oeuvre familiale se raréfie dans les fermes. A présent, 80 % des femmes d’exploitants travaillent en dehors de l’agriculture. L’éleveur est souvent isolé. Tout ceci ne rend guère attractif le métier.
Tel est le constat général. En Picardie, où la concurrence des cultures est forte, les conditions de travail et la qualité de vie des éleveurs prennent encore davantage de relief. Elles ont même été identifiées comme un enjeu majeur pour la pérennité de l’élevage régional. Aussi un projet a-t-il été conduit de 2007 à 2010 par Agro-Transfert sur le sujet à la demande de la profession agricole et en adéquation avec la dynamique «Vivre l’élevage en Picardie» lancée en 2007 par les organismes agricoles régionaux avec l’appui du Conseil régional.

Apporter une démarche de conseil
C’est ce qui a été rappelé le 7 avril à Amiens lors du colloque consacré aux outils et méthodes qui sont ou vont être mis à la disposition des éleveurs picards pour améliorer l’organisation de leur travail. Le but étant de répondre à leurs attentes qui sont schématiquement de 3 ordres : réduire le temps d’astreinte, alléger la pénibilité des tâches et réduire le stress provoqué par la pression réglementaire. 
Ce colloque s’adressait principalement aux conseillers et techniciens des filières d’élevage. «L’objectif est d’apporter une démarche de conseil dans le travail, un domaine qui jusqu’à présent était hors du champ d’action des conseillers sur le terrain. C’est d’autant plus délicat que le travail est étroitement lié à l’humain. Ce n’est pas qu’une affaire de techniques, il touche à la personne, sa psychologie. Le conseiller est souvent désarmé pour répondre, il n’est pas préparé», explique Claire Warcoin, chargée de projet à Agro-Transfert.
Dans le cadre de «Vivre l’élevage en Picardie», les éleveurs ont déjà été sensibilisés à cette question du travail. Une plaquette dénommée «Le travail en exploitation : Où en suis-je ? Comment faire mieux ?» a été largement diffusée. Outil de sensibilisation et d’expression des aspirations, permettant aux éleveurs de s’interroger et d’exprimer leurs attentes à la question du travail, cette plaquette intègre également un quizz qui permet de voir si l’éleveur est débordé ou pas. «Cela permet au conseiller de briser la glace, d’aborder le sujet de façon naturelle sans heurter son interlocuteur», indique Pascal Bouchart d’ELC3. Des articles ont été publiés dans la presse agricole et une «banque de solutions» sous la forme de trente fiches pratiques a été élaborée. Par exemple, avoir un chien de troupeau, simplifier l’alimentation des agneaux grâce à une vis de distribution, etc.

Un logiciel pour simuler l’impact des solutions au cas par cas
Pour aller plus loin, Agro-Transfert s’est employé à créer une démarche de conseil modulable en partenariat avec l’Inra, l’Institut de l’élevage, les chambres d’agriculture, ELC3 et les centres de gestion. «Nous voulons accompagner les éleveurs dans l’élaboration de solutions au cas par cas», précise Claire Warcoin. «Pour cela nous avons mis au point un logiciel, appelé PACT’Eleveurs qui aborde le travail à la fois sur le plan quantitatif et sur le plan qualitatif. Il établit un état des lieux et simule en terme d’organisation du travail l’impact des solutions que l’on a pu avancer. Si un éleveur a un travail d’astreinte élevé, la solution pour le réduire peut être, par exemple, l’achat d’une pailleuse ou l’embauche d’un salarié à mi-temps. L’intérêt de PACT’Eleveurs est de simuler l’impact de la pailleuse et/ou du salarié par rapport au volume de travail d’astreinte. C’est un outil d’aide à la décision pour les éleveurs».
Deux éleveurs confrontés à des départs en retraite sur leur exploitation ont apportés leur témoignage (voir encadré). Ils se retrouvent seuls. Que faire dans ce cas ? Deux scénarios sont possibles : embaucher un salarié ou trouver un associé. Le logiciel simule l’impact du changement d’organisation. A partir de là le conseiller a pu indiquer à chacun la solution la mieux adaptée à leur cas. «Grâce à PACT’Eleveurs on mesure bien l’impact du conseil que l’on va donner», commente Claire Warcoin.

Favoriser la réussite des associations
D’autres actions conduites dans le cadre de «Vivre l’élevage en Picardie» ont été présentées lors de ce colloque. Les éleveurs en particulier et les agriculteurs en général se plaignent de la difficulté qu’ils rencontrent à trouver des salariés compétents. Dans la Somme, à Montdidier, une formation de proximité a été organisée à l’initiative des responsables locaux de la Fdsea en collaboration avec le Pôle Emploi, la MSA, l’Asavpa, le Fafsea, le service de remplacement. Cette formation est dispensée en alternance et en fonction des besoins des exploitants qui peuvent ainsi embaucher en toute confiance la personne à l’issue de sa formation.
Un groupe régional (Institut de l’élevage, ELC3, chambres d’agriculture, centres de gestion) a par ailleurs été constitué pour favoriser la réussite des associations. «L’élevage se restructure, des éleveurs s’associent mais sans se préparer à cette forme de travail en commun, ce qui est source ultérieure de dysfonctionnements et de conflits, explique Emmanuel Béguin de l’Institut de l’élevage. Nous nous proposons donc de les accompagner dans cette démarche. Et nous avons pour cela mis au point des méthodes qui aident l’associé ou le futur associé à prendre en compte les aspects relationnels au sein de l’association, de telle sorte qu’il puisse s’y épanouir». Une plaquette a été éditée sur ce sujet ainsi qu’un dépliant. Là-aussi, l’objectif est de former les conseillers.

Un dispositif régional d'aides

Le Conseil régional de Picardie a prévu d’aider financièrement les éleveurs qui souhaitent améliorer leurs conditions de travail. Concrètement, il s’agit d’une aide pour l’achat de matériels de distribution d’aliments, de paillage, de contention, et pour l’aménagement de bâtiments et de bureaux. Sont pris en compte les investissements de 4 000 à 30 000 euros (15 000 euros pour les investissements relevant du PMBE). Le taux d’aide est fonction du projet et d’une grille d’évaluation du Conseil régional.
Renseignements : GIE Lait Viande Nord-Picardie (Jocelyne Machefer) Tél. 03.22.33.69.36.

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