L'Agriculteur de l'Aisne 15 janvier 2019 à 10h00 | Par Actuagri

Des pratiques agricoles réellement plus vertueuses

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- © l'agriculteur de l'aisne

Dès son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a fait de la lutte contre le glyphosate un symbole de son action pour réduire l’usage des produits phytosanitaires en agriculture, satisfaisant en ce sens une opinion publique de plus en plus inquiète sur la façon dont est produite l’alimentation. Et pourtant, l’agriculture française a énormément progressé dans la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, avec des pratiques de plus en plus respectueuses de l’environnement.

Si le glyphosate possède les mêmes défauts que toutes les molécules actives, c’est surtout en tant qu’herbicide le plus utilisé au monde, et en raison des polémiques nombreuses autour de l’entreprise Monsanto, qui l’a commercialisé en premier et accusée d’influencer la recherche, qu’il a concentré les critiques. Car au niveau scientifique, il n’existe pas de consensus pour conclure à son caractère cancérogène. Et si la profession agricole est engagée dans des démarches pour limiter son utilisation, comme elle le fait pour tous les produits phytosanitaires, le pas de temps imposé pour la suppression définitive de l’herbicide (trois ans) ne correspond pas à celui nécessaire pour trouver des alternatives. Certaines formes d’agricultures, pourtant vertueuses, ont besoin du produit, comme l’agriculture de conservation des sols, qui doit désherber avant de semer directement, évitant par ce biais les inconvénients du labour (destructeur de la biodiversité, émetteur de CO2…). Pour protéger les cultures face aux agressions extérieures (insectes, maladies…), les agriculteurs sont en effet engagés dans une dynamique depuis des dizaines d’années : l’agriculture française consomme aujourd’hui deux fois moins de produits phytosanitaires qu’à la fin des années 1990.

De plus, de nombreuses molécules - les plus dangereuses - ont été interdites d’utilisation au fil des ans, ce qui fait que celles utilisées aujourd’hui sont moins nombreuses, et surtout moins nocives. Une progression dont la société, de plus en plus urbanisée et peu au fait des problématiques agricoles, n’a pas conscience.

- © l'agriculteur de l'aisne - GT

Les agriculteurs, moteur du changement

Car quand des alternatives plus vertueuses existent, les agriculteurs s’en saisissent. Pour les lister et les diffuser au plus grand nombre, quarante organisations ont lancé en 2017 un Contrat de solutions pour progresser dans la protection des cultures. Il s’agit d’abord d’optimiser ce qui existe aujourd’hui, par exemple en matière d’outils d’aide à la décision, de sélection variétale, de combiner les solutions et de proposer aux agriculteurs des fiches pratiques pour mettre en place la technique (fiches qui prennent en compte les freins potentiels et le coût de la solution). Mais les organisations travaillent également, en lien avec la recherche, pour déterminer des innovations de rupture, des solutions nouvelles qui seront l’étape suivante pour réduire au maximum l’usage de produits phytosanitaires en agriculture. Ces solutions passeront par le biocontrôle, les agroéquipements, la robotique qui permet par exemple de désherber les parcelles de façon mécanique, sans augmentation de la pénibilité pour l’agriculteur ni recours aux produits de traitement, l’agronomie avec des combinaisons de techniques culturales différentes, plus efficaces dans la lutte contre les bioagresseurs, etc. «Il faut regarder l’ensemble des enjeux qui touchent l’agriculture. Aujourd’hui, notre rôle n’est plus seulement de produire une alimentation saine, les demandes sociétales sont croissantes, nous devons donc aussi répondre à des enjeux environnementaux. Il faut donc avoir une réflexion plus globale pour répondre à l’ensemble des enjeux sans remettre en cause l’équilibre économique des exploitations», explique Christian Durlin, vice-président de la Commission Environnement de la FNSEA. «Sur le glyphosate par exemple, je pense que nous pouvons trouver un chemin commun en répondant aux demandes sociétales, en réduisant intelligemment les doses et en même temps en promouvant des systèmes de culture comme l’agriculture de conservation des sols, qui permettent, grâce aux couverts végétaux, de lutter contre le réchauffement climatique notamment», poursuit-il. Les agriculteurs doivent apprendre à communiquer davantage auprès du grand public pour parler directement aux citoyens qui, échaudés par plusieurs scandales dans le milieu de l’alimentation et de la santé, se méfient de la parole des scientifiques et des journalistes.

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