L'Agriculteur de l'Aisne 04 février 2011 à 15h37 | Par Gaetane Trichet

Didier Nédélec : «il faut repenser une politique agricole mondiale»

Les adhérents de la coopérative céréalière Céréna se sont retrouvés le 13 janvier à Origny-Sainte-Benoite pour la réunion prospective afin de faire le point sur l’avenir de l’agriculture européenne et les marchés mondiaux.

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Didier Nédélec, directeur Marchés des Céréales - In Vivo
Didier Nédélec, directeur Marchés des Céréales - In Vivo - © l'agriculteur de l'aisne

L’agriculture européenne a-t-elle encore une place sur le marché mondial ? C’est par cette question que Marc Braidy, vice-président de Céréna, a lancé le débat expliquant que les marchés instables laissent le monde agricole dans l’inconnu et par conséquent dans le doute.
Dans un premier temps, Didier Nédélec, directeur Marchés des grains chez In Vivo, a fait une rétrospective des différents événements sur la campagne 2010. «La crise grecque a affaibli la monnaie européenne face au dollar, ce qui nous a permis d’exporter davantage. Au Canada, les mauvaises conditions de semis ont fait baisser les perspectives de production. En France, les prévisions de rendements faibles ont été réajustées à la moisson. En Russie, la vague de chaleur historique a détruit une bonne partie de la production d’orge et de blé, suivi de l’embargo russe et la fin des exportations vers le Moyen Orient et l’Afrique du Nord. Enfin, en Europe de l’Est et du  Nord, les conditions humides ont dégradé les rendements et la qualité des céréales». Tous ces facteurs ont bouleversé les marchés. «De plus, depuis 30 ans, on a totalement désinvesti dans l’agriculture mondiale et dans la nôtre, la production n’a de façon constante et régulière pas réussi à compenser l’augmentation de la population».  Par ailleurs, les stocks mondiaux existants ne sont pas mobilisables. Sur 50 millions de tonnes de blé stockés, seuls 20 millions pourraient être disponibles. Certains pays préfèrent conserver ces céréales pour leur propre compte. «Au niveau des stocks, nous sommes dans une situation sans doute pire que 2007 et personne ne s’en rend compte. C’est cela qui explique les mouvements que l’on a pu avoir sur les marchés du blé».

La volatilité est un indicateur de tension sur les marchés
Selon l’intervenant, les variations de prix sont différentes de la volatilité. «Un mouvement de prix s’étend sur une pente douce, sur un marché qui va chercher une valeur et va vous permettre de produire selon les besoins. La volatilité, elle, est un indicateur de tension. Quand les différents opérateurs ont du mal à ajuster l’offre à la demande, il y a des tensions et c’est très volatil. Dans ce cas, il faut que la production réagisse rapidement au niveau mondial pour s’adapter à la demande. La création de la volatilité, c’est d’abord des facteurs économiques structuraux. Par contre, quand les financiers se rendent compte de cela, ils saisissent l’opportunité d’achat. Donc quand vous avez une tension, vous créez de la volatilité et là vous attirez les financiers. Et non l’inverse».
Aujourd’hui, tout le monde parle de ces fameux financiers. Mais comment font-ils pour augmenter la volatilité ? Pour Didier Nédélec, il existe deux types de financiers. D’un côté il y a les fonds de pension ou Index Funds qui veulent faire des placements en particulier dans les matières premières et achètent de grosses quantités sur le long terme. La présence des Index Funds reste importante et constante.
D’un autre côté, se trouvent les spéculateurs qui augmentent la volatilité du marché en faisant monter les prix à la revente. Ces derniers apportent cependant de la liquidité. «Ils vendent… puis ils achètent… à la chasse du bonus. On les paie pour gagner de l’argent. Ils sont impitoyables et très agressifs sur les marchés».
Tout cela crée une déconnexion entre les marchés à terme et les marchés physiques au travers de la professionnalisation du risque du prix. «Il ne faut pas être contre les spéculateurs qui investissent sur le long terme».

Aller vers une politique agricole mondiale
Quelle est la place de l’agriculture dans ce contexte ? «Les besoins alimentaires vont continuer à augmenter dans des zones au potentiel pédoclimatique limité. A priori, les évolutions climatiques en cours accentuent la position privilégiée de l’Europe. Les régions favorisées vont donc devoir subvenir aux besoins des zones structurellement déficitaires».
La PAC protégeait l’agriculture des grandes fluctuations. Avec le démantèlement de certains outils, la volatilité est plus forte. «Fallait-il conserver un prix minimum garanti ? Je ne peux y répondre. En revanche, une chose est sûre, le monde a besoin de produire pour nourrir la population croissante». De plus, selon Didier Nédélec, les paysans sont formés, ils possèdent des outils coopératifs puissants pour figurer en bonne place sur les marchés. Oui, mais… des marchés désormais volatils. L’intervenant estime qu’il est nécessaire d’avoir une politique structurelle de l’agriculture. Il va plus loin. «La politique agricole de l’Union européenne ne suffit pas. Il faudrait une politique mondiale, car on ne pourra pas se passer d’une agriculture mondiale». D’où l’importance de développer l’agriculture dans certaines régions pour contribuer à la sécurité alimentaire mondiale. «Les pays en développement vont avoir besoin d’une politique au même titre que nous en avons eu une après la guerre».

Le  Maghreb, un client à conserver
La demande annuelle par personne en blé, en maïs et en soja ne cesse d’augmenter sur la planète. Elle est passée de 155 kg par personne en 1964 à quasiment 260 en 2010. Certains pays ont besoin d’importer des céréales pour nourrir leurs populations. «Ce qui inquiète l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, ce n’est pas le prix, a avoué Didier Nédélec, c’est avoir les quantités demandées». Et la France a des atouts sur ces marchés : la proximité, la qualité des céréales. «Je crois au devoir d'exporter vers des pays proches de nous et qui en ont besoin pour leur approvisionnement».

Quel avenir pour l’élevage ?
L’élevage vit un drame aujourd’hui. «La politique européenne a cassé toute la filière d’exportation et cela a engendré une situation aberrante». Didier Nédélec s’est voulu rassurant cependant. Pour lui, il s’agit d’une phase transitoire aujourd’hui qui devrait se régler dans les années à venir. Là aussi, la consommation mondiale augmente, alors qu’a contrario la production est en baisse. Cela étant, l’intervenant estime que lorsque l’homme a atteint les calories grâce aux produits végétaux, il veut des nutriments et ces nutriments se trouvent dans les produits carnés.
Le directeur Marchés des grains est optimiste. La demande alimentaire continue de croître et ce sont les régions favorisées qui devront subvenir aux besoins de ces populations. De plus, les évolutions climatiques accentuent la position privilégiée de l’Europe a-t-il renchéri. «La productivité dans le monde a du mal aujourd’hui à compenser les besoins. Il va falloir investir dans ce domaine et trouver de nouveaux hectares pour nourrir la planète».

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