L'Agriculteur de l'Aisne 18 avril 2011 à 17h57 | Par Fabien Dauriac

Energies renouvelables - Produire du biogaz sur son exploitation. Bientôt rentable ?

Le développement du biogaz à la ferme est étroitement lié au tarif de rachat de l’énergie produite et à la possibilité de valoriser la chaleur sur place.

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Les rencontres du biogaz organisées par la Chambre d’agriculture le 8 avril font un point complet sur les conditions de rentabilité des projets.
Abandonné dans les années 80, le biogaz à la ferme fait doucement son retour dans le paysage énergétique français. Ce retour en grâce est lié à l’accroissement du coût de l’énergie et à la motivation de quelques agriculteurs.
L’énergie est plus que jamais un sujet d’actualité. La hausse des prix du gaz, de l’électricité, des engrais et du fioul pour les agriculteurs, montre combien notre économie est dépendante aux énergies fossiles.
A cela s’ajoutent des obligations du grenelle de l’environnement pour limiter l’impact de nos activités sur l’effet de serre. Pourtant, une solution existe pour réduire à la fois les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture et limiter notre dépendance énergétique : c’est la méthanisation.

Un procédé naturel
La méthanisation, c’est un procédé naturel qui permet de transformer en l’absence d’oxygène des déchets en énergie renouvelable, des fumiers et lisiers en chaleur et électricité verte. L’électricité est revendue à EDF avec un contrat garanti de 15 ans.
La chaleur est utilisée par l’agriculteur localement et profite au voisinage. Chauffer des logements, une école, une piscine… des solutions existent.
Actuellement en France, on compte seulement une vingtaine d’installations de méthanisation agricole  alors qu’en Allemagne plus de 6000 unités fonctionnent. Pourquoi un tel écart ? Tout simplement parce que les conditions de rentabilité « à la française » ne sont pas réunies.
Les choses vont bientôt changer puisque Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture, a annoncé son souhait de réviser de 30 % à la hausse, les tarifs du biogaz d’ici la fin du  mois d’avril 2011. Les textes sont très attendus par les acteurs du biogaz.
L’objectif des «rencontres du biogaz» organisées le 8 avril par la Chambre d’agriculture de l’Aisne est de présenter l’intérêt de la méthanisation pour les agriculteurs et les territoires à travers trois temps :
- la présentation des nouvelles dispositions réglementaires et des exemples de rentabilités des projets agricoles,
- l’organisation d’une table-ronde avec des experts qui partagent leurs expériences du biogaz, les écueils à éviter, les conditions de réussite d’un projet,
- et enfin un temps d’échange autour d’une dizaine de stands de spécialistes du biogaz.

Biogaz : comment ça marche ?
Le biogaz figure parmi les énergies renouvelables (éolien, hydraulique, solaire…) susceptibles de produire de l’électricité. C’est un mélange de gaz issu de la fermentation de la matière organique par des bactéries en l’absence d’oxygène. Ce mélange est constitué principalement de méthane, d’où le terme de méthanisation pour décrire le processus. La fermentation peut être réalisée à partir d’une large gamme de produits contenant de la matière organique (déjections animales, tontes de gazon, graisses…). Le potentiel de production de biogaz, encore appelé potentiel méthanogène, est très variable selon les déchets. Il sera plus élevé pour des tontes de gazons que pour des déjections animales. La production de biogaz varie entre 15 m3 par tonne de lisier à 50 m3 par tonne de fumier.
En pratique, une installation de méthanisation à la ferme se compose d’une préfosse, d’un digesteur et d’une fosse de stockage. Les matières organiques sont préparées et mélangées dans la préfosse dite d’alimentation. A l’aide d’une pompe, elles sont acheminées chaque jour vers une fosse bétonnée nommée digesteur. Couvert et hermétique à l’air, le digesteur est chauffé et maintenu à une température constante de 37°C. Son dimensionnement est prévu pour que la matière organique y séjourne plusieurs semaines. La fermentation qui s’effectue dans le digesteur produit du biogaz. Les effluents méthanisés ou digestat s’écoulent ensuite par trop plein dans une fosse de stockage. Les deux ouvrages sont recouverts d’une membrane étanche pour stocker le biogaz produit. Riche en méthane, il est transformé en chaleur et électricité grâce à un cogénérateur.

Une rentabilité liée aux tarifs
La France ne compte qu’une vingtaine d’installations de méthanisation agricole dont trois dans les Ardennes. On en recense plus de 100 en Suisse et plus de 6000 en Allemagne. Pourquoi une telle disparité ? La réponse est d’abord économique. En France, le prix de rachat de l’électricité produite à partir du biogaz est parmi les plus faibles d’Europe. Entre 10 et 15 centimes d’euro par kWh, ce tarif n’est pas suffisamment attractif. Il est de 15 à 26 centimes d’euro par kWh en Allemagne. Actuellement, le manque de rentabilité constitue le principal frein au développement de ce type d’énergie. L’obtention de subventions est nécessaire pour que le projet soit viable économiquement. Bonne nouvelle : une augmentation du prix de rachat de l’électricité est annoncée jusqu’à 20 c d’euro. Il restera  inférieur au tarif allemand, mais cette hausse devrait toutefois permettre la concrétisation de certains projets dans l’Aisne.
Le retard français s’explique aussi par un manque cruel de connaissance sur ce mode de production d’énergie. Le peu de compétence et la quasi-absence de références ont conduit les organismes de conseil et les agriculteurs intéressés à rechercher des données à l’étranger.
Antoine Boizet, expert du Crédit agricole du Nord Est, explique à partir d’un projet étudié dans la Marne, les conditions de réussite. Avec un tarif de 13,5 c d’euro dans les conditions actuelles, le projet n’est pas viable économiquement. Dans son exemple, il faut
3 c d’euro par kWh de plus soit 16,5 c d’euro pour atteindre l’équilibre financier.
L’espoir est donc permis avec  des tarifs annoncés jusqu’à 20,1 c d’euro.

Intérêts environnemental et agronomique
Outre la production d’électricité et de chaleur, la méthanisation présente de nombreux avantages environnementaux. Elle permet tout d’abord de traiter et de valoriser les lisiers et fumiers de l’exploitation. Il est possible d’y ajouter des déchets de collectivités (tontes de gazon…) ou de la restauration collective (fraction fermentescible des ordures ménagères, huiles de friture…). Cette technique consistant à placer en fermentation anaérobie des produits d’origine diverse s’appelle la codigestion. Elle est intéressante à double titre pour l’agriculteur. D’une part, elle permet d’améliorer la production de biogaz. D’autre part, la reprise de ces déchets peut constituer une source de revenus. Au-delà, la méthanisation constitue une véritable solution locale de traitement des déchets fermentescibles.
La méthanisation présente un autre intérêt : le digestat, nom donné à la matière organique fermentée dans le digesteur, a une valeur agronomique intéressante. L’azote est plus facilement assimilé par les plantes. C’est de plus un produit désodorisé et hygiénisé.

Un gisement important mais…
Fabrice Fiers, conseiller déchet, dresse le gisement potentiel en matières organiques dans l’Aisne. Les effluents des différents élevages (bovin, ovin, équin, porcin, avicole) représentent aujourd’hui près de 1,4 million de tonnes, pour majorité des fumiers et lisiers de bovins épandus directement sur les surfaces cultivées et les prairies.
Les déchets urbains représentent une moindre quantité (0,2 million de tonnes). On retrouve principalement les  déchets verts et la fraction fermentescible des ordures ménagères. Ils sont très peu collectés et souvent compostés individuellement. Les principaux déchets urbains valorisés en agriculture sont les boues d’épuration et les matières de vidange.
Les déchets industriels sont estimés à environ 0,2 million de tonnes également. On connaît surtout les vinasses de sucrerie et les boues d’épuration valorisées en agriculture. Les déchets agro-industriels sont souvent méconnus et utilisés en compostage ou méthanisation par ailleurs.
Beaucoup de déchets organiques sont déjà valorisés dans l’Aisne notamment en épandage direct. Il est important que l’étape de méthanisation n’impacte pas la filière en place, et surtout la qualité agronomique des produits épandus. Tous les déchets ne sont pas forcément collectés et il existe une forte concurrence pour les déchets entre les projets mais aussi entre les pays compte tenu d’avantages réglementaires.

La méthanisation enfin reconnue comme une activité agricole
Dans le code rural, un décret du 16 février 2011 acte la méthanisation comme une activité agricole, ce qui simplifie les démarches dans la gestion quotidienne de l’exploitation.
Véronique Petit, conseillère réglementation, explique que dans le code de l’environnement, les installations de méthanisation sont des installations classées pour la protection de l’environnement ; les unités à la ferme bénéficient d’un régime de déclaration simple (rubrique 2781-1) depuis un peu plus d’un an, alors que toute autre activité de traitement de déchet doit passer par une autorisation.
Pour une unité de méthanisation à la ferme :
- les matières premières entrantes sont les fumiers, lisiers, produits végétaux, éventuellement déchets d’ateliers à la ferme (lactosérum, …), déchets végétaux d’industries agro alimentaires ;
- la digestion se fait sur un rythme de matières entrantes de moins de 30 tonnes par jour ;
- le digestat est épandu sur les terres de l’exploitation en remplacement des fumiers et lisiers qui entrent dans le méthaniseur,
- la valorisation du biogaz se fait par un moteur de cogénération (production de chaleur et d’électricité) calibré en fonction de l’installation de méthanisation de l’exploitation agricole.
Bien sûr, un projet biogaz peut être porté plus largement sur un territoire en fonction des opportunités d’utilisation de la chaleur et des besoins de traitement de déchets ; dans ce cas, il peut dépasser le cadre de la déclaration, en fonction des matières premières entrant dans le digesteur.
Dans tous les cas, la Chambre d’agriculture de l’Aisne peut vous renseigner et vous accompagner.

Le biogaz, c’est «vachement» bien !

1 vache produit chaque année 20 m3 de lisier qui permet la production de 500 m3 de biogaz. Ce biogaz représente 1000 kWh d’électricité et 1650 kWh de chaleur.
6 vaches couvrent les besoins en électricité d’un foyer et substitue 1000 litres de fioul pour le chauffage. Dans l’Aisne, les seuls bovins couvriraient les besoins de 35 000 foyers !

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