L'Agriculteur de l'Aisne 28 janvier 2011 à 09h21 | Par Gaetane Trichet

Etre pragmatique et se positionner pour être encore agriculteur demain

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Olivier Dauger, président de l'Union des Syndicats Agricoles de l'Aisne
Olivier Dauger, président de l'Union des Syndicats Agricoles de l'Aisne - © l'agriculteur de l'aisne

Quel bilan tirez-vous après votre première année à la présidence de l’USAA ?
Cette première année a confirmé que l'agriculture, ne disposant plus des outils européens de régulation, était devenue particulièrement instable et imprévisible. Qui aurait prédit la situation actuelle il y a un an ?
L'environnement de l'agriculture a beaucoup changé et nous devons nous y adapter. Dans le même temps, nous voyons que les perspectives sont là, les besoins sont réels dans beaucoup de filières. L'agriculture de l'Aisne dispose de nombreux atouts (les hommes, le territoire, le climat, les infrastructures). Les chantiers sont nombreux et le deuxième point du bilan que je tire, c'est la force des organisations agricoles de l'Aisne et la valeur des hommes. Le syndicalisme doit être le défenseur de l'agriculture mais aussi l'animateur du développement avec l'ensemble des forces du département dans l'intérêt de tous.
Le troisième point que je mets en avant, c’est la qualité des équipes de l’USAA. Je remercie les professionnels engagés car le syndicalisme c'est d'abord un travail d'équipe, et les collaborateurs  aussi car la tâche n'est pas facile tous les jours.

Quelles sont les orientations que l’USAA va prendre en 2011 ?
En dehors des nombreux dossiers courants prévisibles et imprévisibles gérés par l'USAA, je vois trois enjeux pour cette nouvelle année : la PAC, la politique française et nous.
Nous nous battons tous les jours pour une PAC ambitieuse, avec un vrai budget, des aides directes, des outils de régulation de marchés et des moyens pour améliorer la compétitivité de nos exploitations. Depuis un an, l'agriculture est redevenue un enjeu stratégique.
La volonté de produire pour participer aux besoins mondiaux est inscrite dans le document de Dacian Ciolos, commissaire européen à l’agriculture. Il est évoqué un budget conséquent, mais nous savons bien que rien n’est acté d'où l'enjeu pour cette année, de continuer notre travail auprès du Parlement et du commissaire européens.
Nous nous battons aussi en France pour qu'enfin la réalité de la politique agricole soit à la hauteur des beaux discours présidentiels et ministériels et nous savons tous que sur un certain nombre de points ce n'est pas le cas (fiscalité, contraintes, distorsions de concurrence, transparence des marges…).
Enfin et l'enjeu est très important pour moi, la profession agricole a aussi un gros travail d'adaptation à faire. Nous devons renforcer nos filières, regrouper l'offre pour peser dans les négociations, travailler sur des contractualisations inter-filières notamment entre élevage et productions végétales pour trouver des solutions à la volatilité des prix et à la flambée des produits liés au pétrole. Nous devons aussi réfléchir à nos systèmes de productions... Ces dossiers paraissent difficiles mais nous devons toujours avoir en tête que les perspectives sont là et que nous avons tout pour en profiter si nous savons nous adapter aux nouvelles données.

Les atouts incroyables de l’agriculture pour répondre aux défis de la société. C’est le thème de l’assemblée générale de l’USAA le 10 février prochain. Pourquoi ce sujet ? Les agriculteurs perdent-ils confiance en l’avenir ?
Je ne sais pas s'il y a une perte de confiance. Je crois plutôt que nous ne nous sommes pas préparés à l'abandon de la PAC que nous connaissons depuis 50 ans. La volatilité, le manque de vision et de perspectives nous placent dans une situation de doute et de peur par rapport à l'avenir. La volatilité est une réalité sur tous les marchés mondiaux depuis très longtemps mais le système européen nous en protégeait jusqu’à présent. Nous devons vivre avec et nous devons créer au sein de la profession des outils ou des aménagements pour amortir ces mécanismes. Bien sûr, nous devons aussi exiger de nos élus une adaptation des politiques fiscales, sociales, réglementaires pour ne pas être placés en distorsion de concurrence comme c'est le cas actuellement.
Mais encore une fois, quand on dispose du climat, du sol, des hommes, des infrastructures, des bassins de consommation... on ne doit pas noircir le tableau de l'avenir mais être pragmatique et se positionner pour être encore agriculteurs demain. Il faut aussi oser se poser les questions de fond que sont le financement des outils et du foncier, les relations propriétaires, preneurs, les systèmes d'exploitation, le travail en commun et ou l'investissement en commun...
Ce qui me parait de plus en plus plausible, c'est que l'agriculture va devenir encore plus plurielle avec de vraies opportunités. Nous devons tout mettre en oeuvre pour en profiter.

Le syndicalisme a-t-il encore un rôle à jouer et quels sont ses atouts ?
Bien sûr que le syndicalisme a un rôle à jouer. Son rôle sera d'autant plus grand que la diversité de l'agriculture se renforcera et que nous aurons la nécessité de liens entre les filières. Lors de mon élection à la présidence de l’USAA, j'ai dit que je voyais mon rôle comme chef d'orchestre ou animateur d'une équipe. Cette équipe, c'est bien sûr le syndicalisme et  c'est aussi l'agriculture. Je suis persuadé que même les meilleurs éléments individuels ne sont que meilleurs lorsqu’ils jouent collectifs.
Et je suis convaincu que nous ne devons pas nous arrêter au court terme mais avoir aussi une vision à plus long terme et plus globale, pas uniquement filières par filières.
Le syndicalisme doit jouer son rôle de défense collective au bénéfice de la profession et de chacun des agriculteurs. Il doit aussi être le lien, au nom des agriculteurs, de l'ensemble des organismes qui travaillent pour les agriculteurs (OPA, filières...). Tout cela dans un but d'optimisation et de développement pour renforcer les perspectives données aux agriculteurs.

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