L'Agriculteur de l'Aisne 28 février 2013 à 11h25 | Par Actuagri

Exportations agroalimentaires - Le modèle allemand à l’épreuve des réalités

La réunification de l’Allemagne, l’élargissement de l’Union européenne à l’Est, le soutien délibéré aux entreprises et une politique sociale à minima ont dopé l’économie allemande et l’industrie alimentaire en particulier. Mais il n’est pas sur que notre puissant voisin puisse, à l’avenir, tirer son épingle du jeu comme il l’a fait dans le passé, selon Michel Ferret de FranceAgriMer.

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64 milliards d’euros d’exportations agroalimentaires en 2012, contre 28 milliards en 2000, l’industrie agroalimentaire allemande a bénéficié d’une formidable expansion au cours des dix dernières années. L’Allemagne a largement dépassé la France dont le chiffre d’affaires à l’exportation à atteint 58 milliards d’euros en 2012. Cette performance exceptionnelle dans l’agroalimentaire comme dans tous les secteurs, l’Allemagne la doit à sa position centrale en Europe. C’est en effet avec les pays d’Europe centrale et orientale que l’Allemagne a dégagé le plus d’excédents. «L’Europe de l’Est est devenue son arrière cour» observe Michel Ferret de FranceAgriMer qui a décortiqué les échanges agroalimentaires entre la France et l’Allemagne au Salon de l’Agriculture. La réunification de l’Allemagne qui a récupéré «des managers qui parlent russe» et l’élargissement de l’Union européenne aux pays d’Europe centrale et orientale ont favorisé la pénétration commerciale de notre grand voisin. Si on y ajoute des modes de vie comparables –le bloc Allemagne et Peco consomme 45 à 55 kg de porc par habitant et par an, la France 33 kg seulement– les Allemands ont profité d’un environnement favorable à leur expansion. Les chiffres sont éloquents. Entre 2002 et 2011, la production porcine a progressé de 33 % outre-Rhin, alors qu’elle a diminué de 7 % en France, celle de volaille a augmenté de 60 %, en chute de 14 % chez nous. En production laitière, notre voisin nous dame le pion sur les produits d’entrée de gamme : lait liquide et beurre. Et si nos échanges restent largement excédentaires en la matière en notre faveur, on le doit aux fromages. Michel Ferret cible d’autres raisons à l’éclatante réussite du modèle allemand dans l’agroalimentaire. D’abord, la libéralisation du marché des quotas entre landers qui a permis à l’Allemagne du Nord de renforcer ses positions. Mais aussi la production d’énergie renouvelable dans les exploitations agricoles et notamment la production de biogaz et d’électricité par la méthanisation qui a démarré dès 2002. L’Allemagne compterait plus de 7500 installations de méthanisation contre une centaine en France, note l’expert. Qui aime à citer le cas d’une exploitation de 250 vaches laitières dont la vente d’électricité procure un chiffre d’affaires de 280 000 euros. Si bien que «la production laitière est devenue un co-produit». Si on y ajoute une TVA agricole plus favorable pour les agriculteurs, des procédures administratives légères contrairement à la France pour créer des élevage, un standardisations des gammes dans l’agroalimentaire, la volaille notamment, et un coût de la main d’œuvre extrêmement bas notamment dans les abattoirs et le ateliers de découpe, l’Allemagne bénéficie d’avantages comparatifs indiscutables.

Vers un salaire minimum
Est-ce que ça va durer ? S’il salue la performance de notre voisin, Michel Ferret pointe quelques ombres au tableau. D’abord la démographie déclinante de l’Allemagne n’est pas un facteur de dynamisme : la France qui compte actuellement 65 millions d’habitants pourrait rejoindre l’Allemagne dont la population atteint 82 millions d’ici une trentaine d’années. Conséquence de la rigueur budgétaire imposée dans les années 2000, «les infrastructures collectives sont de plus en plus négligées», comme les services publics, observe l’expert. Chose inimaginable en France, «les projets de loi sont préparés par des cabinets d’avocats», observe-t-il. Côté énergie, la transition énergétique imposée par Angela Merkel et la fermeture du huit centrales nucléaires sur dix-sept, renchérissent considérablement le coût de l’énergie. Et le développement de l’énergie éolienne en Mer baltique bute sur la construction de lignes de haute tension et l’acheminement de l’électricité vers le Sud. S’y ajoute une certaine vulnérabilité agricole : le coût du foncier par exemple nettement plus élevé qu’en France : 21 000 €/ha en Allemagne de l’Ouest, 13000 €/ en Allemagne de l’Est contre 5500 €/ha en France. Et surtout la perspective d’un alignement du droit social sur des standards dans le land de Basse-Saxe, la grande zone de production et de transformation des productions animales en Allemagne. La nouvelle coalition SPD/Verts qui vient d’arriver au pouvoir s’est engagée à introduire un salaire minimum dans l’agroalimentaire. Les promesses électorales outre-Rhin n’engagent pas seulement ceux qui les écoutent…

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