L'Agriculteur de l'Aisne 24 mai 2018 à 10h00 | Par Collectif Science-Technologies-Actions

Glyphosate : le nouveau scoop bidon de Générations Futures

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Un communiqué de presse de l’ONG anti-pesticides Générations Futures  en date du 16 mai 2018 annonce la publication de 3 études indépendantes sur le glyphosate, qui démontreraient des troubles de santé graves chez les rats, et justifieraient donc son interdiction d’urgence. En fait, il s’agit de 3 articles non encore publiés, qui portent tous sur la même étude, et ne montrent au contraire aucun effet sur la santé.

Le Collectif Science-Technologies-Actions dénonce la vacuité scientifique de ces travaux qui trompe les contributeurs de ce projet via un financement participatif.

Dans un communiqué de presse paru le 16 mai, Générations Futures relance pour la nième fois le feuilleton du glyphosate, avec un ordre clair lancé au gouvernement : « Glyphosate: de nouvelles études qui doivent inciter le gouvernement à inscrire l’interdiction de cet herbicide dans la loi! ». L’ONG précise  : « C’est le prestigieux Institut Ramazzini  qui annonce aujourd’hui la publication de 3 études scientifiques  qu’il a conduit dans le cadre de la phase pilote d’une grande Etude Globale sur le Glyphosate…Les résultats révèlent que les herbicides à base de glyphosate ont modifié de nombreux paramètres biologiques importants chez les rats exposés, la plupart étant liés au développement sexuel, à la génotoxicité et à l’altération du microbiome intestinal !... Ces résultats confirment la dangerosité du glyphosate mise en évidence par la monographie du CIRC de 2015 !... Il est donc plus urgent que jamais d’inscrire l’interdiction de cet herbicide dans la loi sur l’alimentation actuellement débattue au Parlement. Ce serait une concrétisation indispensable de la promesse faite par le Président Macron  qui a été soutenue par le Ministre de l’Ecologie Nicolas Hulot ce matin ! ».

Au temps de la défunte Union des Républiques Socialistes Soviétiques, les persifleurs s’émerveillaient de ce nom, qui réussissait à concentrer 4 mensonges en 5 mots. Générations Futures n’en est pas encore au même niveau de concision dans la désinformation, mais la concentration d’approximations dans son communiqué est tout de même impressionnante.

En effet, quand on suit le lien fourni par Générations Futures[1], on constate que :

-          Les 3 articles mis en ligne sont des documents de travail, soumis à une revue scientifique qui ne les a pas encore publiés à ce jour

-          Il s’agit en fait de 3 articles à propos de la même étude, et non de 3 études comme le prétend Générations Futures

-          Le 1er article[2] expose simplement les motivations et le programme de travail de l’Institut Ramazzini sur le glyphosate

-          Le 2ème article[3] présente les premier résultats de cette étude, dans laquelle des rats ont été exposés pendant leur période prénatale et les premières semaines de leur vie à du glyphosate pur, ou au produit commercial Roundup à la Dose Journalière Acceptable, c’est à-dire la limite légale définie comme sans effet par les agences sanitaires. Le seul effet qu’ont noté les auteurs, fort logiquement, est la présence de glyphosate et de son métabolite AMPA dans l’urine des rats exposés. Par contre, ils reconnaissent eux-mêmes qu’ils n’ont observé aucun effet sur la croissance ou la santé des animaux, mâles ou femelles, ce qui confirme le bien-fondé de cette DJA.

-          Le 3ème article[4] porte sur l’analyse de la flore intestinale des rats étudiés. Cette fois, les auteurs trouvent quelques différences significatives entre les rats exposés au glyphosate et les témoins, ainsi qu’entre les rats exposés au glyphosate pur et ceux exposés au Roundup. Toutefois, comme le montre l’article 2, ces faibles différences n’ont aucun impact sur la santé.

On ne voit donc absolument pas en quoi ces résultats « confirment la dangerosité du glyphosate », comme le prétend Générations Futures, et encore moins à quel titre ils justifieraient son interdiction.

Les résultats suivants de l’étude montreraient-ils enfin des effets inattendus ? Même si c’est le cas, la déontologie exigerait d’attendre leur publication pour les brandir dans le débat public.

Il est par ailleurs utile de rappeler que la Fondation Ramazzini, qualifiée de « prestigieuse » par Générations Futures, s’est déjà distinguée en 2005 par un rapport sur la cancerogénicité de l’aspartame, démenti à l’époque par l’EFSA (European Food Safety Agency).

Enfin, le plus choquant est de constater que cette étude, coûteuse et sans aucun intérêt scientifique, a été réalisée grâce à un financement participatif (auquel Générations Futures recommande d’adhérer), qui aurait recueilli à ce jour 71 000 dollars sur le million visé[5]. Certes, il est probable qu’une partie de cette somme a été versée en toute connaissance de cause  par des militants anti-pesticides, qui savent parfaitement qu’ils participent à une opération de désinformation pseudoscientifique. Mais il est à craindre que beaucoup des donateurs soient persuadés en toute bonne foi de verser leur argent à une juste cause…et que le communiqué de Générations Futures attire de nouvelles victimes.



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