L'Agriculteur de l'Aisne 27 septembre 2012 à 15h50 | Par Actuagri

Jean-Luc Gosselin, directeur de l’interprofession pomme de terre - «La pomme de terre n’est pas le légume du pauvre»

La consommation de pomme de terre a enregistré un rebond exceptionnel en 2011/2012. Selon Jean-Luc Gosselin, directeur du CNIPT cette évolution est davantage liée aux efforts de qualité, de diversification et de communication réalisés par la filière qu’à la baisse du pouvoir d’achat des Français.

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Récemment, les médias ont interprété l’augmentation de la consommation de pommes de terre en France, comme une conséquence de la baisse du pouvoir d’achat. Que pensez-vous de cette analyse qui semble présenter la pomme de terre comme une sorte «légume du pauvre» et quelles sont, à votre avis les raisons de la reprise de consommation ?
Jean-Luc Gosselin : C’est effectivement un amalgame un peu rapide qui repose sur une vision dépassée de la pomme de terre comme légume du pauvre. D’ailleurs, dans les pays voisins, Allemagne et Grande-Bretagne et surtout Espagne, la consommation a baissé. En réalité, il est trop pour connaître toutes les raisons de cette forte hausse de la consommation, et notamment pour savoir si elle est durable. On peut déjà dire que la progression s’est surtout vue pendant la période de très mauvais temps du printemps, qui convenait aux plats de pommes de terre et limitait les arrivées d’autres légumes. Il n’en reste pas moins que la pomme de terre est un produit très accessible, et souvent mis en avant, surtout durant la dernière campagne, que les Français apprécient beaucoup et qui a justement changé pour quitter son statut d’aliment de pauvre et devenir bien plus attractive. Le Comité national interprofessionnel de la pomme de terre a aussi beaucoup communiqué sur la diversité des variétés, ses qualités nutritionnelles et ses nombreuses préparations différentes. Nous travaillons également à rajeunir sa présentation et son image. Dans une optique de retour au fait maison que l’on constate aujourd’hui, pour des raisons à la fois économiques, gustatives et de santé, la pomme de terre occupe donc une place de choix. L’exportation qui constitue aujourd’hui le principal débouché pour la pomme de terre française, a connu une mauvaise campagne, en tonnages et plus encore en valeur.

Il y a, à ce mauvais bilan, des causes conjoncturelles, mais la baisse de nos ventes à notre principal client, l’Espagne et aussi au Portugal, n’a t-elle pas des raisons plus structurelles ?
JLG : Les exportations ont en effet reculées lors de la dernière campagne, mais nous avons tout de même expédié plus de 1,7 million de tonnes, soit plus que la moyenne d’il y a 5 ou 6 ans. Les prix, il est vrai, ont été parfois sacrifiés, et le résultat en valeur est très mauvais. Les causes sont surtout conjoncturelles, avec un approvisionnement abondant dans tous les pays, et, s’y ajoutant, une crise économique grave en Espagne et au Portugal, qui rend les ventes plus difficiles et plus risquées. L’Espagne est aussi un pays où la consommation de pommes de terre diminuait. Cela ne semble pas avoir changé avec la crise, mais elle restera un débouché majeur pour nous. Il n’en reste pas moins que l’ouverture d’autres destinations en Europe centrale permet certains arbitrages au détriment des clients plus à risque. En fait, la plus grande diversification des débouchés permet de vendre les différentes catégories de la production française, avec des produits haut de gamme en Grande-Bretagne et en Allemagne, voire en Italie et en Europe centrale, et des produits plus basiques vers certaines zones d’Europe du sud. On remarque toutefois que les clients s’habituent à la qualité française et deviennent plus exigeants. Ce sera le défi de la filière dans les années à venir de monter d’un cran la qualité de son offre et de mieux se structurer sur le plan commercial. En effet, une trop grande dispersion de l’offre contribuerait à voir se reproduire des années difficiles.Bilan pommes de terre 2011/2012 : redressement significatif de la consommation Le bilan de la campagne de pommes de terre de conservation 2011/2012 paraîtra d’autant plus médiocre qu’il succède à une campagne exceptionnelle marquée par une hausse importante des prix, et des exportations élevées, en volume et surtout en prix. Le seul point positif a été la reprise sensible de la consommation qui a progressé de 7, 5 %. A ce stade, il est difficile de conclure s’il s’agit d’un mouvement de fond ou d’un rebond conjoncturel. Les ventes extérieures se sont affichées en forte baisse par rapport aux deux précédentes campagnes, avec 1,7 Mt contre quelque 2 Mt. Nos ventes à notre principal client, l’Espagne, ont représenté 533 300 t, soit 30 000 t de moins qu’en 2010/2011, mais en recul de 120 000 t sur 2009/2010. Le Portugal présente une tendance lourde semblable, notre second client, l’Italie, résistant mieux. Les livraisons vers le Nord de l’UE ont fléchi également, sauf à destination de l’Angleterre, seul partenaire ayant enregistré une progression. En revanche, les Pays de l’Est, débouché prometteur et en développement ces dernières années, sont tombés de 221300 t à 106 400 t. En valeur, les faibles prix s’ajoutant à la baisse des tonnages, c’est une chute de plus de 50 % que l’on déplore, avec un chiffre d’affaires de 238,8 M€. La campagne 2012/2013 a débuté dans des conditions opposées, en raison d’une baisse sensible des surfaces et des récoltes chez les cinq grands producteurs du Nord-Ouest de l’Union européenne. Avec 23 Mt, le recul de production dans ces pays, atteindrait 14,5 %, provoquant une très forte demande et une non moins forte hausse des cours.

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