L'Agriculteur de l'Aisne 02 avril 2010 à 10h43 | Par Gaëtane Trichet

La Chambre d’agriculture demande une concertation départementale sur le schéma régional de cohérence écologique

Chambre d’agriculture ‹ Les membres de la Chambre d’agriculture de l’Aisne se sont retrouvés en session le 26 mars à Laon. L’occasion pour le président Philippe Pinta, d’aborder différents sujets d’actualités.

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Les élus de la Chambre demandent à Pierre Bayle, préfet, d’organiser une concertation départementale sur le schéma régional de cohérence écologique avant que les choix régionaux ne soient arrêtés
Les élus de la Chambre demandent à Pierre Bayle, préfet, d’organiser une concertation départementale sur le schéma régional de cohérence écologique avant que les choix régionaux ne soient arrêtés - © Agriculteur de l'Aisne

«Le contexte économique ne s’arrange pas et les perspectives pour la campagne actuelle ne sont pas meilleures» a constaté Olivier Dauger, président de l’USAA, qui est revenu sur les problèmes agricoles. «Rien sur les prix, rien sur l’organisation, et des trésoreries qui continuent leur dégradation et qui sont parfois inexistantes dans certaines exploitations. L’année va être longue et difficile sachant que les charges n’ont pas vraiment baissé et dont certaines comme les engrais ou l’alimentation animale ont même tendance à remonter». Olivier Dauger a dénoncé les contraintes environnementales, soulignant que des mesures européennes suffisaient et que la France n’avait pas à les amplifier. Malgré la demande de la profession et le discours de Nicolas Sarkozy, président de la République, un gel de l’application des réglementations n’a pas encore été établi. «Arrêtons les distorsions de concurrence entre pays européens fragilisant les exploitations françaises» appuyait-il, prenant en exemple les pommes de terre OGM autorisées dans certains pays et pas dans l’Hexagone…

Olivier Dauger s’est dit inquiet sur plusieurs sujets comme la PAC 2013, l’artificialisation du foncier, la directive nitrates, les 100 % de couverts végétaux, des mesures «techniquement, économiquement et environnementalement inutiles et impossibles à réaliser. Nous devons nous baser sur les autres pays qui couvrent à 75-80 %, etc.». Il est revenu aussi sur les bassins d’alimentation de captage et selon lui, un PDRH (programme de développement rural hexagonal) inadapté, ne répondant ni aux demandes des agences de l’eau ni aux besoins des agriculteurs.

 

 

Signature de deux contrats globaux sur Château-Thierry et Charly-sur-Marne

Dans le cadre de la directive sur l’eau, plusieurs organismes (Chambres interconsulaires, comité interprofessionnel du vin de Champagne, agence de l’eau Seine Normandie, Conseils général et régional, Entente interdépartementale pour l’aménagement de la rivière Marne et de ses affluents) vont signer 2 contrats globaux de gestion de l’eau sur la communauté de communes de Château-Thierry et Charly-sur-Marne, sachant qu’un troisième est déjà en cours sur Condé-en-Brie. Couvrant la totalité du territoire du sud, ces contrats, qui remplacent les contrats territoriaux, ont pour objectif de connaître et gérer les milieux aquatiques et humides, de réduire les sources de pollution qui affectent les masses d’eau superficielles et souterraines. Leur but est d’assurer la sécurité d’approvisionnement en eau potable et de promouvoir une gestion globale et durable de l’eau.

La Chambre d’agriculture animera les actions agricoles inscrites au programme de ces contrats avec par exemple la protection des cours d’eau, les bandes enherbées, la limitation de l’érosion, l’amélioration de la biodiversité par un entretien adapté, la mise en oeuvre d’aménagements hydrauliques sur les coteaux viticoles,…

«Le Conseil Général sera partie prenante des contrats globaux pour l’eau potable et sera signataire. C’est de notre engagement de participer à une meilleure qualité d’approvisionnement et à la sécurisation au point de vue quantité de l’alimentation en eau potable dans les années à venir» a assuré Yves Daudigny, président du Conseil général de l’Aisne.

 

 

Rédaction d’une charte départementale d’aménagement foncier
Face à la consommation croissante et l'artificialisation des terres agricoles, le ministre de l’agriculture avait demandé en 2008, la constitution d’un groupe de travail régional sur l’agriculture et l’urbanisme. Le Conseil régional de Picardie avait alors lancé un débat suivi par la Chambre régionale d’agriculture autour du SRADT (Schéma Régional d'Aménagement et de Développement du Territoire de Picardie). L’Etat décline maintenant sa propre charte d'aménagement foncier. Ces chartes prennent en compte les consommations d'espace agricole mais aussi les éléments tels que les corridors écologiques et bandes végétalisées pour protéger les espaces et les espèces naturels (faune, flore, etc.) que l'on retrouve par ailleurs dans le Grenelle 1 avec les trames verte et bleue. «Trois textes d'entrée vont donc donner lieu à une stratégie de gestion du territoire et du patrimoine naturel régionale puis départementale pour finir au niveau communal» expliquait Philippe Pinta. Les conséquences de ces textes auront une incidence directe demain en matière d'urbanisme. Ils impacteront les S.C.O.T., les P.L.U. et les communes rurales… et donc directement le zonage des terres agricoles. «En France, l’artificialisation des sols concernent entre 50 et 60 000 ha par an, 80 % sont des espaces agricoles et 20 % des surfaces forestières. On voit bien que les exploitations sont touchées, voire fragilisées» constatait Oriane Guyot, du pôle aménagement rural de la Chambre d’agriculture. 14 départements ont déjà signé une charte et 11 dont l’Aisne, sont en cours de rédaction. «Les agriculteurs et notamment la Chambre d’agriculture, ne sont évidemment pas opposés au développement économique du département, mais il faut que l’utilisation des terres soit raisonnée. La tendance est à l’emballement sur l’emprise des terres. Cela représente une perte de 200 ha par jour au niveau national. C’est grave. Il faut infléchir cette tendance. C’est pourquoi la rédaction d’une charte est très importante pour mieux protéger le foncier agricole» commentait Robert Boitelle, président du pôle aménagement rural.
Dans l’Aisne, un travail de réflexion prospective sur une gestion durable de l’espace agricole a été engagé pour aboutir à une rédaction partagée entre les représentants de l’Etat, de l’agriculture, et des collectivités locales. L’objectif de cette charte qui s’appuie sur documents d’urbanismes départementaux, est de trouver des moyens d’économiser le foncier, de prendre en compte les activités agricoles pour les protéger, de respecter l’évolution et la diversification des activités agricoles. Le projet de charte sera présenté très prochainement aux collectivités locales. Elles se référeront aux objectifs de cette charte lors de l’élaboration de leurs documents d’urbanisme pour mieux protéger le foncier agricole.
Les élus de la Chambre demandent à Pierre Bayle, préfet, d’organiser une concertation départementale sur le schéma régional de cohérence écologique avant que les choix régionaux ne soient arrêtés.

 

Les élus soutiennent l’agriculture

«Votre activité agricole constitue un socle indispensable et déterminant dans la vie économique et sociale du département. L’Aisne ne pourra pas aborder l’avenir de façon favorable sans une activité agricole maintenue, performante et concurrentielle» a insisté Yves Daudigny. «Nous continuerons de nous battre dans le cadre réglementaire et législatif qui est le nôtre pour que sur le territoire rural où vous êtes des acteurs essentiels, nous puissions continuer à le développer, en maintenant ses équipements et en donnant à son secteur économique, les moyens qui lui permette d’être toujours en compétition avec les autres entreprises en France et dans le monde».

Pierre Bayle, préfet de l’Aisne a également apporté son soutien à l’agriculture et aux membres de la Chambre. «Il faut que nous fassions remonter à Paris les situations réelles du département de l’Aisne pour que l’Etat, malgré le contexte budgétaire difficile, trouve les moyens pour permettre des interventions complémentaires pour les agriculteurs en difficulté».

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a annoncé une nouvelle méthode dans la préparation des réglementations environnementales en trois axes : une analyse comparée avec ce qui se fait en Europe, une analyse d’impact économique et social et enfin un chiffrage du bénéfice attendu de la mesure et de son coût. «La première décision a été la suppression de la taxe carbone et sa reprise dans un cadre européen pour éviter de nouvelles distorsions de concurrence entre pays membres». Le chef de l’Etat a également annoncé un passage en revue complet des normes environnementales et ses adaptations possibles. Un groupe de travail national va se pencher sur un certain nombre de sujets comme la mise en oeuvre des éléments topographiques, le plan Ecophyto 2008, les couverts hivernaux, les ICPE et les seuils… D’autres groupes se mettent en place en particulier le comité Demain l’Agriculture, dont Bertrand Magnien, agriculteur dans l’Aisne, fait partie. Ce groupe doit réfléchir à trois questions : le sens de la politique agricole, son adaptation aux exigences de notre temps et ses moyens financiers.

Pierre Bayle est revenu sur les enjeux européens et le débat sur l’avenir de l’agriculture. «Il y a aujourd’hui une volonté politique très forte pour que l’Europe continue à assurer l’avenir de son agriculture pour ses agriculteurs et pour la sécurité alimentaire de notre continent».

Gaetane Trichet

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