L'Agriculteur de l'Aisne 07 juin 2011 à 11h38 | Par Agrapress

La filière européenne des légumes terrassée par la bactérie E-coli

La filière européenne des légumes se trouve confrontée à une crise de confiance sans précédent suite à l’épidémie de diarrhées mortelles en Allemagne et à la mise en cause de concombres bio espagnols comme vecteurs de la bactérie E.coli enterohémorragique (Eceh). Mais le 1er juin en fin de journée, la Commission européenne a annoncé avoir levé la mise en garde lancée contre les concombres bio. «Les derniers tests menés en Espagne et en Allemagne sur des concombres produits en Espagne n’ont pas décelé la présence de la souche 0104 de la bactérie E.Coli» a-t-elle précisé dans un communiqué. «Le foyer de l’épidémie est limité à la zone de Hambourg», a indiqué le commissaire européen à la Santé John Dalli.

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Les conséquences économiques de cette contamination sont désastreuses pour les producteurs de légumes européens et leurs organisations.
Les conséquences économiques de cette contamination sont désastreuses pour les producteurs de légumes européens et leurs organisations. - © l'agriculteur de l'aisne

Les conséquences économiques de cette contamination sont désastreuses pour les producteurs de légumes européens et leurs organisations, notent les milieux professionnels. Lors du Conseil agricole informel le 31 mai à Debrecen en Hongrie, Dacina Ciolos a promis «d’essayer d’utiliser toutes les marges d’action» dont il dispose pour venir en aide aux producteurs tout en reconnaissant qu’elles étaient limitées. Le point de la situation sanitaire sera fait par la Commission européenne lors de la réunion des ministres de la santé le 6 juin à Luxembourg.
Par ailleurs, un Conseil agricole extraordinaire se tiendra probablement le 17 juin à Bruxelles pour faire face à cette crise agricole européenne sans précédent. L’offre de fruits et légumes, soulignent-ils, atteint actuellement son plein potentiel et la demande des consommateurs est quasi-nulle aussi bien pour les concombres que pour les tomates et les salades. Les organisations agricoles et coopératives européennes ( Copa et Cogeca) ont appelé les Etats membres et les pays non européens à lever les restrictions commerciales non justifiées.

Lourdes pertes
Face aux lourdes pertes subies par les producteurs, le Copa-Cogeca demande à la Commission «d’envisager la création d’une aide financière pour éviter que des agriculteurs et des coopératives agricoles ne cessent leurs activités». «Il s’agit d’une crise européenne qui réclame une réponse européenne», indique cette organisation. Lors du Conseil agricole informel de Debrecen, le 31 mai, Dacian Ciolos, le commissaire à l’agriculture, a indiqué que la Commission va essayer d’utiliser l’ensemble des moyens possibles notamment au sein de l’organisation commune de marché des fruits et légumes pour les producteurs qui font partie d’une organisation de producteurs (OP) et pour lesquels il y a des possibilités d’appui, comme par exemple le cofinancement pour le retrait de certains produits du marché. Les membres d’une OP peuvent bénéficier de fonds opérationnels qui sont basés sur la valeur de la production (4,6 % au maximum). Des retraits peuvent être effectués dans la limite de 5 % de la production annuelle. Pour les producteurs qui ne sont pas membres d’une OP, des aides d’Etat dites «de minimis» peuvent être accordées jusqu’à 7 000 euros par exploitation sur une période de trois ans. Cette option ne requiert pas le feu vert de la Commission mais l’aval de Bruxelles est nécessaire pour des montants supérieurs.
Quant au recours à la «clause de perturbation» (article 186), elle ne s’applique plus depuis la fin de l’an dernier au secteur des fruits et légumes. En revanche, à titre exceptionnel, la Commission peut déroger à certaines dispositions de l’article 191 de l’OCM unique pour arrêter des mesures qui sont à la fois nécessaires et justifiables pour résoudre dans l’urgence des problèmes pratiques spécifiques.

L’identification ne sera «pas facile», selon M. Dalli
Une espèce rare de la bactérie E.coli O104 est à l’origine de l’épidémie de diarrhées mortelles en Allemagne, mais elle n’a pas été retrouvée dans les concombres importés d’Espagne. Il s’agit d’une contamination «sans précédent» dont la source n’a pas encore été identifiée et située dans «une zone proche de la ville de Hambourg», a indiqué le 31 mai dans la soirée la Commission européenne. L’identification de la source de la contamination « est une priorité absolue », a annoncé le commissaire européen chargé de la santé, John Dalli, dans un communiqué publié le 31 mai au soir à l’issue de la réunion du comité permanent de la chaîne alimentaire de l’UE. Selon lui, l’identification ne sera «pas facile». «Ce n’est plus une question de traçabilité. Il faut demander aux gens ce qu’ils ont mangé».
La Commission a annoncé le 31 mai au soir 9 décès en Allemagne et un décès en Suède. Les autorités allemandes font, quant à elles, état de 15 décès et 373 cas. «Les chiffres que nous citons sont les cas officiellement liés à la bactérie E.Coli entero-hémorragique. Les autres cas, à ma connaissance, ne sont pas officiellement liés», a expliqué la porte-parole de la Commission. Les services de la Commission européenne ont relevé que la majorité des personnes infectées en Suède, au Danemark, en France et aux Pays-Bas avaient séjourné en Allemagne. Les autorités allemandes craignaient le 31 mai que le pic de contamination reste à venir, en raison d’une incubation qui peut durer une semaine. L’institut allemand Robert Koch, chargé de la veille sanitaire, estime de nouveaux décès «probables» en Allemagne, alors que le bilan officiel faisait état fin mai de 373 patients infectés ayant développé des troubles rénaux sévères, appelés syndrome hémolytique et urémique (SHU), potentiellement mortels.

Non seulement le marché du concombre s’est effondré en quelques jours, entre le lundi 31 mai et le mercredi 1er juin, mais celui des autres légumes, comme les tomates, est encombré, parce que le marché allemand s’est brutalement fermé.
Non seulement le marché du concombre s’est effondré en quelques jours, entre le lundi 31 mai et le mercredi 1er juin, mais celui des autres légumes, comme les tomates, est encombré, parce que le marché allemand s’est brutalement fermé. - © l'agriculteur de l'aisne

La colère de l’Espagne
La Commission s’est défendue d’avoir mis en cause l’Espagne dans l’alerte diffusée le 27 mai.
«Personne n’a incriminé un pays ou une région», a souligné la porte-parole. Les autorités allemandes ont informé la Commission qu’elles avaient identifié l’un des vecteurs de transmission de la bactérie, des concombres bio «importés de deux provinces d’Espagne, Alméria et Malaga», précisait le texte de l’alerte de la Commission. Un autre lot provenait des Pays-Bas, ajoutait l’alerte.
Certains observateurs se sont étonnés que la première notification du système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) date du 27 mai alors que des informations ont déjà été communiquées dans une émission télévisée en Allemagne dès le 16 mai.
L’Espagne et les Pays-Bas ont protesté le 31 mai contre ces mises en cause et ont réclamé des compensations de l’Union européenne pour l’effondrement de leurs ventes de légumes suite à cette alerte. La ministre espagnole de l’agriculture Rosa Aguilar a reproché aux autorités allemandes «des déclarations très malvenues en pointant les concombres espagnols, l’Espagne, comme étant l’origine de la contamination sans avoir des données fiables pour le dire ». L’Espagne et les Pays-Bas ont réclamé des compensations de l’Union européenne pour l’effondrement de leurs ventes de légumes. Le gouvernement espagnol envisage une action légale contre les autorités allemandes pour avoir désigné les concombres espagnols comme la source possible de l’épidémie. «Les pertes atteignent plus de 200 millions d’euros par semaine », a estimé le 31 mai à Debrecen, Mme Aguilar qui a parlé de dégâts « irréparables ». Les Pays-Bas ont vu aussi leurs exportations de légumes vers l’Allemagne, de l’ordre de 10 millions d’euros par semaine, pratiquement cesser du jour au lendemain.

Les filières légumières françaises prises dans la tourmente
Les filières légumières françaises sont prises dans la crise de commercialisation, bien qu’aucune intoxication n’ait été détectée sur le territoire, au 1er juin du moins. Non seulement le marché du concombre s’est effondré en quelques jours, entre le lundi 31 mai et le mercredi 1er juin, mais celui des autres légumes, comme les tomates, est encombré, parce que le marché allemand s’est brutalement fermé.
«Les ventes de concombres ont plongé de 80%. Le concombre néerlandais, qui valait encore le vendredi 27 mai 40 à 50 centimes le kilo au stade expédition, est tombé à 5 centimes le 1er juin», a rapporté Pierre Diot, président de l’AOP (association d’organisations de producteurs) tomates concombres. Celui-ci estime à 300 000 le nombre de colis invendus pendant la semaine du 30 mai. Du fait de la fermeture du marché allemand, les tomates néerlandaises refluent sur les marchés voisins. Du coup les prix de la tomate en grappe sont passés de 1,10 euro le kilo le 27 mai à 80-90 centimes le 1er juin.
Les dégâts sont «d’autant plus importants que nous sommes dans les plus grosses semaines de production», précise Pierre Diot. «Il faudra du temps pour rétablir la confiance des consommateurs, comme lors des crises de la grippe aviaire et de l’ESB», pronostique-t-il.

Les producteurs français reçus par Bruno Le Maire

Les responsables de Légumes de France – fédération des maraîchers français de la FNSEA – ainsi que de ceux de l’AOP tomates-concombres ont été reçus le 1er juin par le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire, pour faire le point de la situation et préparer des mesures. Le ministre a indiqué qu’il «portera à Bruxelles une demande de prise en charge des pertes». Il devrait formuler cette demande le 7 juin lors de la réunion du comité de gestion à Bruxelles.
Angélique Delahaye, présidente de Légumes de France, a estimé à 1,5 million d’euros les pertes pour les producteurs français de concombres, du fait des invendus.
Dès le 30 mai, Légumes de France et l’AOP tomates-concombres ont voulu tirer la leçon de cette crise en soulignant dans un communiqué que « la sécurité sanitaire, les respects des règles sociales et des normes environnementales ne sont pas compatibles avec la recherche du prix toujours plus bas». «Les producteurs de concombres de France réaffirment qu’ils travaillent dans des conditions de production sanitaires, environnementales et sociales exigeantes qui n’ont rien à voir avec celles pratiquées en Espagne», ajoutent-ils.
Le lendemain, l’interprofession Interfel a rappelé dans un communiqué que «les produits mis sur le marché font l’objet d’une traçabilité leur permettant à tout moment d’identifier avec précision la provenance du produit». Les professionnels « mettent en oeuvre plusieurs procédures de contrôle et d’autocontrôle» et «de nombreux signes de qualité offrent des repères aux consommateurs» et, notamment, leur «apportent des garanties sur les cahiers des charges appliqués par les producteurs». (AC, MN)

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