L'Agriculteur de l'Aisne 22 février 2011 à 14h06 | Par G. Trichet

La France a besoin d’une agriculture forte, diversifiée et compétitive

Les adhérents de l'Union des syndicats agricoles de l'Aisne (USAA) des cantons de Sissonne-Craonne se sont retrouvés le 31 janvier à Corbeny autour de leurs présidents respectifs Dominique Chovet et Emmanuel Bontemps.

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- © l'agriculteur de l'aisne

«L’année 2010 est encore une fois atypique. La volatilité des cours de nos productions et celles de nos approvisionnements reflètent bien la mondialisation des échanges. Comment gérer nos exploitations avec des fluctuations  aussi importantes ? Je pense que les outils de régulation doivent être encore d’actualité. Nous ressentons aussi tous la pression environnementale européenne mais aussi française. Certes, nous devons y répondre mais de façon intelligente. N’affaiblissons pas notre compétitivité par des contraintes supplémentaires» a annoncé Emmanuel Bontemps, après le point sur la conjoncture 2010.
L’USAA s’est mobilisée sur beaucoup de sujets. «Nous avons obtenu le remboursement partiel de la TIC (taxe intérieure de la consommation), le maintien de la TIPP, une hausse moyenne du prix du lait, une mutualisation de la perte du lait par rapport au non ramassage durant l’épisode neigeux, la levée des barrières de dégel qui a permis un approvisionnement des sucreries, l’attribution des DPU légumes...» a-t-il expliqué. «Nous devons rester mobilisés et vigilants. Nous ne pourrons peser sur l’échiquier que si nous restons unis et cohérents. Il faut être force de propositions et pas seulement outil de contestation».
Bien entendu, un point sur l’épisode neigeux a été réalisé et les deux présidents ont remercié les agriculteurs pour leur intervention de déneigement. Et de souligner : «Nous avons un capital sympathie par rapport au grand public qui s’est vérifié le jour de notre manifestation à Paris mais aussi pendant l’épisode neigeux de décembre. A nous de le maintenir et de démontrer que notre pays a besoin d’une agriculture forte, diversifiée et compétitive».

Réussir le travail en commun
Pour Michel François, directeur d’AS Aisne Comptagri, réussir le travail en commun passe par un respect de l’autre. Plusieurs étapes sont indispensables avant de se lancer dans un projet. «La première démarche à avoir est une démarche individuelle. Il faut se poser certaines questions comme est-ce possible sur mon exploitation, quel projet en commun, quelle sera ma place dans le projet de travail en commun, sous quelle forme juridique,…». C’est un premier palier qui permet de savoir si oui ou non l’agriculteur peut s’engager dans un travail en commun. Chacun doit avoir une mission bien précise et la respecter. Ensuite, la répartition des tâches doit être réalisée ensemble et précise. Il faut tout inclure, comme par exemple les responsabilités extérieures et leur répercussion sur l’organisation du travail...
Michel François a insisté sur la relation à l’autre. «Il faut entériner, reconnaître la différence de l’autre. En cas de conflit, chercher d’abord sa propre responsabilité, prendre de la distance avec les réactions épidermiques et ne pas forcément vouloir tout mélanger (le travail, la famille, les amis…)». Il conseille également de se réunir régulièrement dans un bureau (et non chez l’un des associés) afin de faire le point sur les objectifs fixés. Des objectifs qui auront été écrits au préalable. La communication est très importante dans un groupe. AS Aisne Comptagri propose d’ailleurs des formations sur la communication en groupe (en GAEC ou EARL…).
«Il faut aussi apprendre à négocier, respecter les décisions des autres,… Faire partie d’un groupe c’est être acteur avant tout et pas seulement utiliser le matériel sans être impliqué dans le fonctionnement de la structure». En conclusion, Michel François a rappelé qu’il n’existait «pas de vaccin contre les conflits, mais le respect de certaines règles peuvent permettre de s’en préserver».

Les enjeux et l’année 2011 pour le syndicalisme
D’un côté, l’agriculture est malmenée par une politique restrictive, un manque de visibilité, des marchés volatils. De l’autre, l’augmentation de la population mondiale nécessite une augmentation des matières premières. Pour Olivier Dauger, président de l’USAA, pas de doute, il faut une politique agricole forte et ambitieuse avec un vrai budget, des aides directe s, des outils de régulation des marchés et des moyens pour améliorer la compétitivité des exploitations françaises. Dans son rapport, Dacian Ciolos, commissaire européen à l’agriculture, a replacé l’agriculture comme un enjeu stratégique. Mais rien n’est acté d'où l'enjeu pour le syndicalisme, de continuer son travail auprès du Parlement et du commissaire européens. D’autant que certains points restent flous comme l’environnement, l’investissement dans la recherche…
Produire oui, être compétitif oui. Mais comment faire face aux distorsions de concurrence au sein même de l’Union européenne ? Revenant d’un voyage en Allemagne dans le cadre de l’agence de l’eau, Olivier Dauger est effaré. Effaré par la politique menée en faveur de l’agriculture alors que la France freine l’essor de ce secteur. Effaré par les coûts très bas de leur main-d’oeuvre, par l’interdiction en France de molécules alors qu’elles sont utilisées ailleurs. «En France, à part les beaux discours sur les distorsions de concurrence, il y a encore un gros travail à réaliser au niveau social, environnemental, administratif. Les études pour les futurs élevages sont beaucoup plus lourdes chez nous que dans les autres pays : 12 mois-18 mois en France, 6-8 mois en Allemagne». L’Allemagne qui est passé devant la France au niveau agro-alimentaire.  «Nous étions toujours le pays numéro 1 au monde dans ce domaine. On vient d’être inscrit à l’Unesco et en même temps on passe à la troisième place derrière l’Allemagne et les Pays-Bas. Ce qui est frappant c’est que l’Allemagne sort plus de fromages que la France aujourd’hui». Cette réussite outre Rhin est bien le fruit d’une politique plus souple et plus adaptée à l’agriculture.  «Notre défi au niveau syndical est de faire comprendre que nous possédons tous les atouts en France pour avoir une agriculture et une agro-industrie puissantes et qu’il faut assouplir certaines règles si l’on veut réussir à nourrir toutes les populations demain. Nous devons retrouver toute notre compétitivité».
La profession agricole a donc un gros travail d'adaptation à faire, selon le président de l’USAA. «Nous devons renforcer nos filières, regrouper l'offre pour peser dans les négociations, travailler sur des contractualisations inter-filières notamment entre élevage et productions végétales pour trouver des solutions à la volatilité des prix et à la flambée des produits liés au pétrole. Nous devons aussi réfléchir à nos systèmes de productions... Ces dossiers paraissent difficiles mais nous devons toujours avoir en tête que les perspectives sont là et que nous avons tout pour en profiter si nous savons nous adapter aux nouvelles donnes».

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