L'Agriculteur de l'Aisne 20 août 2010 à 10h05 | Par G. Leborgne - S. Juliac

La luzerne une idée à faire germer

La luzerne dispose de nombreux atouts pour les exploitations de polyculture élevage. Riche en protéine, peu sensible aux aléas climatiques, elle constitue de surcroît une excellente tête de rotation.

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L’ensilage de luzerne peut être distribué jusqu’à hauteur de 40 % de la ration des vaches laitières
L’ensilage de luzerne peut être distribué jusqu’à hauteur de 40 % de la ration des vaches laitières - © Agriculteur de l'Aisne

Le tandem maïs ensilage tourteaux de soja aurait-il du plomb dans l’aile ? Des rendements qui progressent régulièrement au détriment de la matière azotée pour l’un et des cours culminent à plus de 300 euros/t depuis trois ans pour l’autre. Face à ce constat, la recherche d’une moindre dépendance protéique apparaît plus que jamais comme une priorité. A ce titre, la luzerne est une plante particulièrement intéressante en élevage laitier. Parfois introduite dans la ration des vaches laitières pour ses vertus anti-acidogènes, elle est avant tout le fourrage de prédilection à associer à l’ensilage de maïs pour tous ceux qui souhaitent réduire leur facture de correcteur azoté. En effet, la luzerne est la culture qui produit la plus grande quantité de protéine par hectare. De plus elle bénéficie depuis l’instauration du bilan de santé de la PAC, d’une aide directe à l’implantation.

Privilégier un semis de fin d’été
En Picardie, la luzerne doit être semée pour le 20 août, afin que les jeunes plantules atteignent le stade 3 feuilles avant les premières gelées. Si la fenêtre météorologique s’avère trop courte pour réaliser une implantation dans de bonnes conditions, un semis de printemps sous couvert de 60 à 80 kg de céréales sera à privilégier. Pour une luzerne pure, la densité de semis se situe entre 20 et
25 kg/ha. Elle peut également être cultivée en association avec une graminée, à raison de 15 kg de luzerne pour 10 à 12 kg de dactyle ou de fétuque.
La pérennité de la luzernière dépend en grande partie des caractéristiques du sol dans lequel elle est implantée. Elle ne supporte pas les conditions d’hydromorphie et exprime pleinement son potentiel dans les sols possédant un pH supérieur à 6,5 avec une bonne réserve calcique (cranette, craie de champagne, argilo-calcaire,…). En sol sain pour des pH inférieurs, la culture reste envisageable à condition de faire un chaulage de 600 à 800 kg/ha de CAO et d’inoculer. Cette inoculation également indispensable dans les sols qui n’ont pas connu de luzerne depuis de nombreuses années, permettra à la plante de trouver les éléments indispensables à la formation de ses nodosités.

Une excellente tête de rotation
Une fois développées les nodosités assureront la fixation de l’azote de l’air. La fertilisation minérale azotée est donc inutile. En revanche, les besoins de la plante en phosphore et en potasse sont respectivement de 6 et 30 unités par tonne de matière sèche. L’Aisne étant classé en zone vulnérable, ses apports ne peuvent être couverts uniquement par des engrais de ferme. Par conséquent, une fertilisation minérale phospho-potassique doit être apportée en tenant compte du précédent cultural et des épandages d’engrais de ferme antérieurs.
D’un point de vue agronomique, cette légumineuse présente de nombreux atouts. En effet, grâce à son développement racinaire conséquent, elle joue un rôle positif sur la structure du sol. De part sa durée de pérennité et ses fauches successives, elle rompt le cycle des maladies dans les rotations céréalières et elle réduit les problèmes de désherbage pour les cultures suivantes, à condition toutefois de bien maîtriser les vivaces. Enfin lors de son retournement, la luzerne libère 30 à 50 unités pour la culture à venir.

 

S’adapter avec le bilan de santé de la PAC
Face aux baisses conséquentes d’aides induites par la mise en place du bilan de santé de la PAC dans les exploitations laitières de polyculture, l’introduction de luzerne dans le système fourrager semble de loin la solution d’adaptation la plus intéressante.
Une étude menée par le réseau lait Nord-Pas-de-Calais Picardie a démontré que pour une exploitation laitière de 360 000 litres disposant de 100 ha en zone culture à bon potentiel, cette voie d’adaptation permet de compenser la perte d’aides à hauteur de 2550 euros. Ce gain s’explique essentiellement par les économies réalisées au niveau du coût alimentaire. L’introduction de 3,5 kg de foin de luzerne dans la ration des vaches laitières et des génisses, en substitution d’une partie du maïs ensilage implique une légère modification de l’assolement. La sole en maïs ensilage et en blé est réduite respectivement de 3,5 ha et de 2 ha au profit de 4,6 ha de luzerne et de 90 ares d’escourgeon. Ce bouleversement de l’assolement implique une baisse de la marge de l’atelier culture de 965 euros (pour un prix de vente des céréales de 130 euros/t). En revanche, les économies réalisées au niveau de l’atelier bovin sont de 4000 euros. Celles-ci s’expliquent par un coût de production des fourrages moindre et des concentrés moins onéreux. Les aides progressent de 140 euros et les charges de structure augmentent de 625 euros suite au recalcul de la MSA.

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