L'Agriculteur de l'Aisne 10 juin 2010 à 13h48 | Par Pauline Garaude

La Nano Ganesh aide les paysans

Arrêter ou mettre en marche à distance sa pompe d’irrigation avec un téléphone portable est désormais possible. Une révolution pour un pays où les coupures d’électricité sont fréquentes et où l’eau est gaspillée.

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Les terres sont arides mais les progrès dans l’irrigation les ont rendues fertiles. Et il y a fort à parier que la Nano Ganesh (Nano signifiant « petit » et Ganesh étant le dieu éléphant, l’un des plus populaires en Inde), pensée et mise au point par Santosh Ostwal - fils de paysan, ingénieur électricien de formation et spécialisé sur les applications technologiques dans l’agriculture et la gestion de l’eau - va être une révolution pour les paysans. Ce système de marche/arrêt de la pompe à eau, à partir d’un simple coup de téléphone passé depuis n’importe où, est la première innovation technologique au monde de ce type. Elle va permettre aux paysans une économie et une gestion efficiente de l’eau, une économie de temps, une réduction des factures d’électricité, une économie d’essence… En témoigne Vinod, 28 ans, producteur de mangues, concombres et tomates. Il vient de s’équiper de la Nano Ganesh, le modèle «C» pour moins de 3 000 roupies (50 euros). «Avant, à chaque coupure d’électricité, je devais faire le trajet presque dix fois par jour de ma maison à la pompe, soit plus d’un kilomètre à chaque fois ! De jour comme de nuit. Vous imaginez ce temps perdu et tous ces kilomètres ! Depuis que j’ai acheté la Nano Ganesh il y a trois mois, j’ai économisé plus de 1 000 litres d’eau par jour soit 25 % de ma consommation. J’ai réduit mes factures d’électricité de 20 %. L’investissement du matériel a été amorti en même pas dix jours». Et Vinod peut désormais passer un repas normal en famille ou une nuit normale sans avoir à se déplacer. «Quand on appelle, selon la tonalité que l’on a, on sait s’il y a ou non de l’électricité et si l’eau coule ou non. Je gère ainsi l’eau et c’est bien mieux pour la terre car l’excès d’eau abîmait les sols».

 

 

Économies

 

Vishnu lui, est propriétaire foncier et emploie dix ouvriers agricoles sur des exploitations de cannes à sucre et d’horticulture. Sa maison est située à plus de 20 km de ses terres. Il a acquis la Nano Ganesh en janvier dernier, et depuis, sa vie a changé. « Je n’ai plus à faire autant de trajets la nuit en voiture ou en scooter pour me rendre à la pompe et en un mois, j’économise déjà la moitié du prix d’une Nano Ganesh. Les ouvriers que je payais pour actionner la pompe se concentrent désormais sur les cultures. Et je fournis ce service d’alimentation d’eau à 42 entreprises voisines dont les activités sont diverses. Mes revenus ont plus que quadruplé et ma production est bien meilleure». De bouche à oreille, ce «téléphone vert» commence à se vendre comme de petits pains. «Quand on voit qu’il n’a plus à traverser les champs dix fois par jour et qu’il économise à tous les niveaux, c’est sûr qu’on a aussi envie de s’équiper d’une Nano Ganesh» lance Suraj qui compte acheter cet outil très prochainement. Comme la fourchette de prix varie selon le modèle de 560 à 3 500 roupies, ce bijou technologique est abordable. C’était la condition sine qua non pour que cette innovation se vende et Santosh en était parfaitement conscient, surtout dans un pays comme l’Inde.

 

«Au début, il m’a pourtant fallu convaincre les paysans. Ils avaient peur que ce soit compliqué d’usage. Or c’est très simple à installer comme à utiliser» raconte Santosh, qui a déjà formé 2 000 électriciens locaux à l’installation de cet outil et doit en former 50 000 autres d’ici la fin de l’année. «Ils étaient aussi sceptiques sur l’efficacité. Les questions qu’ils me posaient le plus étaient : pourra-t-on actionner la pompe depuis n’importe où ? Comment sait-on s’il y a de l’électricité pour actionner la pompe ? Comment sait-on si la pompe est en position marche ou arrêt ? Est ce que la Nano Ganesh peut s’adapter à la pompe déjà installée ? Est-ce facile d’installation pour un électricien local ou pour nous ? Est-ce que ça marche dans toutes conditions climatiques ?» La Nano Ganesh a suscité beaucoup d’interrogations, d’incertitudes… Mais a vite convaincu ses premiers utilisateurs. «Les 5 000 personnes qui l’ont acheté sur les sept premiers mois de sa commercialisation ont couvert leurs frais en 11 jours juste en économisant l’eau et l’électricité, sans compter tous les trajets à travers les champs !» est fier de rappeler Santosh.

 

Et quand on voit le nombre d’agriculteurs dans les pays en voie de développement qui doivent affronter ces mêmes problèmes de coupures d’électricité, de trajets… la Nano Ganesh pourrait très bien être une solution. C’est peut être une révolution pour l’agriculture, les agriculteurs et les techniques d’irrigation que Santosh est en train de réaliser.

 

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