L'Agriculteur de l'Aisne 10 juin 2010 à 13h52 | Par Alice Martinet

La production d’oeufs alternatifs : un débouché qui retient l’attention

Si les perspectives de marché comme la rentabilité sont encourageantes pour la production d’oeufs alternatifs, il ne faut sous-estimer ni l’investissement, ni la charge de travail.

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- © l'agriculteur de l'aisne

Ces derniers mois, de façon récurrente, productions d’oeufs de plein air ou biologiques reviennent dans les conversations d’agriculteurs cherchant à diversifier leurs activités. Aujourd’hui, diversifier ses activités en poules pondeuses peut paraître risqué aux vues des crises traversées récemment par plusieurs productions hors-sol. Néanmoins, il semble y avoir une réelle opportunité à se lancer dans la production d’oeufs alternatifs. Voici quelques éléments de réflexion.

 

 

Les oeufs alternatifs sont tirés par le marché

La France demeure le premier producteur de l'Union Européenne avec une production estimée autour de 15 milliards d'oeufs de consommation produits en 2008. Depuis la fin des années 80, afin de répondre à la demande des consommateurs français pour des oeufs produits dans de nouveaux systèmes de production (accès des poules à des parcours extérieurs, production sous label rouge et production biologique), une part croissante des poules est élevée sous des modes d'élevages alternatifs soit, en 2008, 8,3 millions de pondeuses (18,7 % de l'effectif national).

 

La France est, depuis une dizaine d’années, importatrice nette d’oeufs en coquille et exportatrice nette d’ovoproduits.

 

Avec 248 oeufs consommés en 2007, selon les estimations de l'ITAVI, le français demeure l'un des plus gros consommateurs d'oeufs de l'Union Européenne. Un tiers de la consommation d'oeufs est constitué d'ovoproduits (pour les industries agroalimentaires, la restauration hors foyer…). Les deux tiers restants sont consommés en oeufs coquilles dont la moitié sous forme d’oeufs alternatifs.

 

Certains pays comme l’Allemagne, la Belgique, la Hollande et le Luxembourg ont d’ores et déjà interdit la vente d’oeufs produits par des poules en cage.

 

Notre région se positionne sur la production d’oeufs alternatifs

 

L’appel d’air que connaît actuellement notre région pour les filières d’oeufs alternatifs s’explique en partie par une réglementation sur le bien-être des poules en cage. En effet, la densité dans les cages ayant baissé et les cages devant être aménagées, la rentabilité de ce type d’élevage s’est amoindrie…à moins de concentrer davantage encore ces élevages. La Bretagne s’est fortement positionnée sur ce marché, et c’est dans cette région qu’on trouve les organisations et les compétences pour l’élevage de poules en cage. En revanche, la production d’oeufs alternatifs peut se faire dans des régions à moindre densité, telle que la nôtre. Il n’en reste pas moins que la concurrence existe notamment au sein de pays européens aux coûts de production inférieurs aux nôtres.

 

 

Les investissements varient entre 36 euros et 45 euros par poule

 

En fonction du type de bâtiment, l’amortissement sera plus ou moins lourd. Des possibilités, selon les groupes, existent pour réaménager un bâtiment existant. Dans le cas d’une construction, deux types de bâtiments existent. Le bâtiment à structure légère offre un compromis entre l’aménagement et le bâtiment à structure en dur. Le bâtiment à structure dure reste néanmoins le plus recherché. Il faut alors prévoir un investissement moyen de 36 euros par poule en plein air et 45 euros par poule en élevage biologique. L’écart entre ces montants s’explique selon le niveau d’automatisation recherché : ramassage des oeufs, conditionnement mécanisé. On prévoit couramment un retour sur investissement de 12 ans.

 

Attenant au bâtiment, un parcours (4 m2/poule) est nécessaire. La densité des animaux dans le bâtiment variera de 18 poules/m2 en plein air à 6 poules/m2 pour la filière biologique. L’épandage des fientes se fera sur 55 ha pour un élevage de 20 000 poules plein air et sur 7,4 ha pour un élevage de 3 000 poules bio (sur des terres destinées à l’agriculture biologique exclusivement).

 

 

La rentabilité semble intéressante mais les besoins de trésorerie non négligeables

Selon que les oeufs produits sont biologiques ou plein air, la marge ramenée à la poule est différente. Elle s’élève à 5 euros 30/poule en plein air et 9 euros/poule en bio. Mais attention, en production biologique on ne peut pas dépasser 3 000 poules par bâtiment. La marge précédemment citée prend en compte l’achat de la poulette, l’aliment consommé, les frais d’élevage (EDF, eau, vétérinaire, désinfection…). Il s’agit donc d’une marge brute à laquelle il convient de retrancher l’annuité liée à l’investissement pour obtenir une marge avant MSA et impôts. Cette marge ne prend pas en compte la vente possible de poules de réforme ou d’oeufs au détail. Cette valorisation améliore sensiblement le revenu, encore faut-il avoir un bassin de consommation assez proche et une fibre commerciale.

 

Quant à la trésorerie, il ne faudra pas perdre de vue que les paiements des oeufs se font à J+60 à partir du ramassage. En début de production, l’éleveur devra faire l’avance des poulettes et de l’aliment sur 60 jours avant d’enregistrer les premières rentrées d’argent. Il faudra compter un besoin de trésorerie minimum de 5 euros par poule qui pourra aller jusqu’à 9 euros en fonction du prix de l’aliment et de la poulette.

 

A noter que les filières qui assurent un prix de reprise indexé sur celui de l’aliment, font gage d’une certaine sécurité.

 

Le travail est quotidien et régulier dans les horaires

Le degré d’automatisation détermine le besoin en main-d’oeuvre. 1 h à 1h 1/4 par millier de poules sont nécessaires lorsque ramassage et conditionnement sont manuels, 3 h / 20 000 poules lorsque le ramassage est mécanisé. Ce travail est quotidien, exige de la régularité dans les horaires et une surveillance constante. Il faut prévoir également un pic d’activité lors du nettoyage et de la désinfection du bâtiment.

 

Le choix de devenir éleveur de volailles repose certes en partie sur la perspective des marchés, mais il est fondamental de raisonner sur l’exploitation plutôt que sur l’atelier : complémentarité entre ateliers, entre élevage et culture, autonomie énergétique de l’exploitation, etc…

 

 

La production d’oeufs alternatifs a le vent en poupe !

Les techniciens battent la campagne pour une diversification en oeufs alternatifs. Si cette diversification mérite qu’on s’y arrête, les éleveurs devront s’attacher dans leur choix à la fiabilité de leurs débouchés. La Chambre d’Agriculture entretient des contacts avec certaines filières : la Société CDPO à Esternay (Marne), la Société ONE à Boffles (Somme), la Société Sodine à Saint Souplet (Marne) et la Société Cocorette à Arras (Pas-de-Calais).

Ces filières proposent régulièrement des voyages d’étude ou des portes ouvertes. La prochaine manifestation prévue est un voyage aux Pays-Bas le 15 juin prochain, avec au programme visite de bâtiment, dans ce pays en pointe.

Si vous êtes intéressés par l’un ou l’autre de ces rendez-vous, contactez la Chambre d’Agriculture au 03 23 22 50 03 qui vous mettra en relation.

 

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