L'Agriculteur de l'Aisne 16 février 2018 à 09h00 | Par Agrapresse - FXS

Le Brésil bombe sanitaire à retardement, avertit Jean-Pierre Fleury

Compte tenu de la situation sanitaire et de la «corruption» au Brésil,les négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur sont une grave menace pour l’Europe et ses consommateurs, affirme,dans un entretien avec Agra, Jean-Pierre Fleury, le président du groupe de travail viande bovine du Copa-Cogeca (organisationset coopératives agricoles de l’UE). La Commission de Bruxelles se montre dangereusement complaisante, estime-t-il, appelant les chefs d’État et de gouvernement de l’Union à redresser la barre car ils «ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas».

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Les risques sanitaires supposés au Brésil ne sont-ils pas l’argument de dernier ressort employé par les éleveurs européens pour éviter l’octroi de concessions de l’UE au Mercosur dans le secteur de la viande bovine ?

Jean-Pierre Fleury : Le risque est réel. Le système de contrôle sanitaire au Brésil n’est que de l’affichage, ce pays est incapable de le faire fonctionner. La traçabilité des animaux y est inexistante, 98 % ne sont pas identifiés, le reste très partiellement. Et le plus grave, c’est que la Commission européenne accepte une dérogation insupportable contraire aux règles européennes, avec sur la même exploitation des animaux tracés et non tracés. Le principe de réciprocité mis en avant par la Commission est un mensonge absolu au détriment des consommateurs et producteurs européens. Et, si on parle de volumes, il faut rappeler que l’UE importe déjà du Mercosur 240 000 tonnes de boeuf dit de qualité qui viennent déstabiliser le marché européen où la production de pièces nobles est de l’ordre de 700 000 tonnes, sur une production totale de viande de 7 Mt. Avec le Ceta, l’accord avec le Canada, soit un contingent d’importationde 60 000 t, on arrive déjà à 300 000 t. Ajoutez-y l’offre informelle de 99 000 t faite au Mercosur, on arrive à 400 000 t de pièces nobles, et si on ajoute encore les accords envisagés avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les importations représenteront les deux tiers de la production européenne de pièces nobles, c’est-à-dire la fin de notre modèle d’élevage, des prairies, de la ruralité. La situation est, de plus, aggravée par le Brexit, et c’est une lourde erreur de négocier avec le Mercosur avant de trouver un accord avec Londres.

Pourtant, les inspecteurs européens, qui ont conclu au début du mois un nouvel audit sur place, n’ont pas lancé de véritable cri d’alarme en ce qui concerne la situation sanitaire au Brésil…

La DG Santé de la Commission européenne va prendre un énorme risque avec la publication du rapport sur son dernier audit au Brésil qui s’est terminé le 5 février. Elle s’est déjà fait enfumer sur le secteur bovin, ce pays affichant un système de contrôle sans traçabilité qui n’est pas fiable. Les recommandations qu’elle a formulées précédemment en 2016 n’ont pas été suivies d’effets. Et puis il y a eu le scandale de la viande avariée en mars 2017. La totalité des inspecteurs sanitaires brésiliens est corrompue, et ce n’est pas réglé. La DG Santé a abandonné le principe de réciprocité, le respect des mêmes normes entre l’UE et le Brésil. Une partie de la liste des antibiotiques utilisés dans ce pays comme activateurs de croissance est interdite en Europe mais pas par le Codex alimentaire, ce qui oblige l’UE à se taire. De même, la liste européenne des matériaux à risque d’ESB est plus fournie que celle du Brésil.

La viande importée du Brésil soulève-t-elle véritablement un risque sanitaire dans l’UE ?

Une réforme de la législation sur la santé animale est en discussion à Bruxelles. Notamment pour réduire le recours aux antibiotiques dans l’élevage, point sur lequel, par exemple, la France est très en avance. Les éleveurs européens sont fous furieux qu’on leur impose ainsi qu’aux consommateurs ces négociations de libre-échange avec le Mercosur, c’est une véritable tromperie, un grand mensonge, avec un tel fossé dans le domaine sanitaire. La Commission européenne prend une très lourde responsabilité. Et les chefs d’État et de gouvernement ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. D’autant que, dans ces négociations, le chapitre sanitaire sera en fait discuté après l’accord politique. À cela s’ajoute l’incohérence insupportable entre ces négociations et l’accord de Paris sur le climat qui plaide pour un changement de mode de la production de la planète. En fait, le mandat de négociation de la Commission est le type même de mandat d’une autre époque, qui ne répond absolument pas aux attentes de la société d’aujourd’hui. Nous demandons aux chefs d’État et de gouvernement, et en premier au président français, de clarifier leur position sur ce vieux mandat, d’écrire une nouvelle feuille de route, pour éviter une catastrophe sanitaire dont le Brésil sera le symbole. Quant à la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, elle ne sera plus à ce poste quand se feront sentir les graves répercussions d’un accord avec le Mercosur.

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