L'Agriculteur de l'Aisne 21 octobre 2010 à 17h01 | Par Gaetane Trichet

Le gas-oil non routier obligatoire au 1er janvier 2011

Respecter la qualité de l’air est une des préoccupations majeures de l’Union Européenne. C’est pourquoi, la réglementation sur la qualité du gas-oil évolue, tout comme son utilisation…

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A partir du 1er janvier 2011, un nouveau carburant diesel EN 590 sera mis sur le marché français pour répondre aux exigences environnementales européennes issues du protocole de Kyoto. Il s’agit du gas-oil non routier dont la teneur en soufre est égale à celle du diesel utilisé par les routiers et les automobilistes. Les agriculteurs devront l’utiliser pour leurs tracteurs dès cette date.
A l’initiative de Pierre Coulbeaut, président de l’arrondissement de Laon et de ses présidents de canton, deux réunions sur le sujet ont eu lieu les mercredi 22 septembre à Verneuil et vendredi 24 septembre à Corbeny. Mathieu Daullé, du service machinisme de la Chambre d’agriculture, a présenté aux agriculteurs le produit, ses performances, son stockage…

Pourquoi du gas-oil non routier ?
«Il s’agit de répondre aux exigences environnementales européennes en particulier la baisse des polluants dans l’air» a annoncé Mathieu Daullé. «La teneur en soufre ne doit pas dépasser 10 ppm (partie pour mille) contre 1000 pour le fuel. L’indice de cétane, qui évalue la capacité d'un carburant à s'enflammer, est de 51 contre 49 pour du fuel premier et 40 pour du fuel ordinaire (FOD). Le gas-oil normé EN 590 (norme européenne) garantit le fonctionnement des systèmes antipollution des moteurs tels que les filtres à particules». En clair, le gas-oil non routier dégage une quantité de soufre polluante 100 fois plus faible que le fuel ordinaire utilisé actuellement et son indice en cétane améliorera la combustion des moteurs. Sa composition est donc ressemble au gas-oil routier avec en plus un colorant rouge.

Répondre aux exigences des motoristes

Ce nouveau gas-oil sortira des mêmes cuves que le gas-oil routier et sera coloré en rouge comme le FOD pour les besoins spécifiques comme l’agriculture. Pour les exploitants qui ont des tracteurs récents répondant aux nouvelles normes de pollution, ce gas-oil remplacera le FOD de qualité encore trop riche soufre, mais surtout répondra aux exigences des motoristes indiquées dans la plupart des notices d’instruction livrées avec le tracteur ou l’automoteur. «Il est généralement indiqué que le carburant utilisé doit être du carburant diesel (détaxé ou non), suivant la norme EN 590. Ceci est une avancée importante qui supprimera tout litige possible en cas de panne moteur, notamment sur les systèmes d’injection avec des interventions coûteuses en pièces et main-d’oeuvre».
Jusque maintenant, les pétroliers proposaient en France un FOD de qualité pour un meilleur fonctionnement des moteurs, mais il n’en demeure pas moins que l’agriculteur reste juridiquement responsable dans la mesure où il utilisait un produit non conforme aux exigences de qualité indiquées dans la notice d’utilisation de son tracteur.
Selon Mathieu Daullé, des essais ont été réalisés avec le gas-oil EN 590 sur des nouveaux modèles de tracteur. Les nouvelles technologies, une bonne conduite de l’engin, une liaison bien coordonnée entre tracteur et outil, un entretien général régulier du tracteur et ce nouveau carburant permettent une diminution de consommation de carburant jusque 35 % assure l’intervenant.

Le stockage de l’EN 590
«Pour le maintien de la qualité des produits par rapport au froid, le seuil concernant le point de trouble de ce gas-oil n’a pas encore été fixé». Le point de trouble est la température d’apparition des premiers cristaux de paraffines visibles à l’oeil nu, quand la température du produit baisse. L’utilisation d’additifs permet d’améliorer les conditions de tenue à froid et la norme EN 590 autorise trois niveaux de classe pour répondre à un point de trouble suffisant pour une bonne utilisation. Il peut aller de – 5°, - 10 à – 20° C selon la classe C, D ou F. A titre de comparaison, le FOD ordinaire a un seuil de + 2° C et celui du FOD de qualité de + 5° C.
«Un autre critère joue sur la tenue à froid, c’est la température limite de filtrabilité (TLF)» a expliqué Mathieu Daullé. «C’est la température à laquelle le carburant passe à travers les mailles du filtre. Plus la TLF est basse, moins il y a de risques de colmatage du filtre par grand froid». Le point de filtrabilité du gas-oil non routier selon la norme EN 590 est de – 20° C ce qui est déjà le cas pour le FOD de qualité, au lieu de 4° C pour le FOD ordinaire.
Les agriculteurs pourront continuer à s’approvisionner chez leurs distributeurs classiques. «Les exploitants qui possèdent une cuve pour le stockage du FOD de qualité, devront veiller au nettoyage de cette cuve lorsqu’elle sera vidée, et ce avant le remplissage par du non routier» a prévenu Mathieu Daullé. Et de rajouter : «le mélange d’hydrocarbures avec un pourcentage d’ester d’acide gras risque de mettre en suspension les dépôts accumulés sur les parois et dans le fond de la cuve». Certains distributeurs proposent le nettoyage des cuves.
Par ailleurs, le gas-oil non routier étant un produit plus élaboré que le FOD, sa stabilité dans le temps pourrait être plus courte aux dires des pétroliers. Les quantités de stockage seront donc à limiter et il sera nécessaire de remplir la cuve 2 ou 3 fois par an avant les périodes d’utilisation importante de carburant. La qualité du stockage ne doit pas être négligée puisque le gas-oil non routier se dégraderait très rapidement lors des changements de température et à la lumière du jour. Ce point reste néanmoins à confirmer au regard de l’expérience de nos voisins belges et allemands entre autres qui utilisent ce gas-oil EN 590 depuis plus de 10 ans.

Y aura-t-il une période de transition ?

L’utilisation du gas-oil non routier sera obligatoire au 1er janvier 2011. Toutefois, les agriculteurs ont du FOD en stock pour la plupart. C’est pourquoi, l’USAA demande un délai de report d’un an pour que chacun puisse liquider ses réserves, effectuer un bon nettoyage de ses cuves. Le syndicat attend toujours une directive à ce sujet. Par ailleurs, l’USAA pourrait proposer des nettoyages et des achats de cuves en commun pour ses adhérents qui doivent, s’ils sont intéressés, se faire connaître auprès de leur syndicat cantonal.

Des avantages… et des inconvénients

Amélioration de l’environnement, meilleure performance des moteurs de tracteurs, voilà l’essentiel des avantages. Oui mais… quelques inconvénients se profilent. Le FOD continue à servir pour le chauffage des maisons aussi les agriculteurs devront distinguer les cuves s’il s’agit d’un usage domestique ou professionnel pour les engins agricoles. Les stocks de gas-oil EN 590 seront sans doute plus difficiles à gérer car il y aura une qualité «été» et une qualité «hiver» et une stabilité plus courte. Quant au prix, la question reste posée. La couleur rouge indique qu’il bénéficiera d’une défiscalisation, certes, mais la qualité de ce carburant risque de se payer...

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