L'Agriculteur de l'Aisne 11 mars 2011 à 10h30 | Par Pauline Garaude

Le Maroc fait pousser des dattes

Doubler la production de dattes d’ici à 2020, étendre les surfaces et planter 3 millions de nouveaux plants. Tel est le Plan vert lancé par le Maroc pour relancer sa production de dattes.

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Au Sud Est du Maroc, sur la route entre Ouarzazate et Hamid, aux portes du désert, nous surplombons la verdoyante vallée du Drâa - l’une des trois principales vallées productrices de dattes avec les vallées du Zig et de Tata (les palmeraies se situent essentiellement dans les zones de Meknès Tafilalet, Souss-Massa Draâ, Guelmim-Smara et l’Oriental, à Figuig pour une superficie de 48 000 ha et 4,8 millions de pieds).
À perte de vue, s’étendent les forêts de palmiers dattiers. En bord de route, tous les 500 mètres, des jeunes garçons arrêtent presque les voitures pour vendre leurs dattes qui viennent directement du producteur. Pour la même boîte et variété, le prix oscille du simple au quadruple ! Car au Maroc, même si la profession « fixe » les prix, celui-ci est avant tout affaire de négociations ! Comme à Zagora, par exemple, où son marché est réputé pour ses dattes. Là, les stands se succèdent les uns aux autres. Ismael est un vendeur parmi d’autres. «Il y a une trentaine de variétés et le prix peut aller de 30 dirhams pour les moins bonnes à 180 dirhams le kilo pour les qualités supérieures comme la Maghool. Tout dépend de la qualité du palmier et de la qualité et du temps de séchage» explique-t-il, tout sourire dans sa djellaba d’un bleu flamboyant. «Le prix ? Le charme au Maroc, c’est de discuter. La seule règle est de ne pas descendre en deçà de 20 % de bénéfice pour nous». À côté, Muhammed, la cinquantaine et le visage fatigué vend directement sa production. «Je ne peux me permettre un intermédiaire car j’ai beaucoup pâti de la sécheresse. Un dirham est un dirham. Ma production a chuté de plus de 20 % cette année car depuis qu’il y a ce barrage près de Ouarzate, cela a asséché nos vallées et nos palmiers en souffrent». D’ailleurs pour compenser ses pertes, il vend maintenant du lait de chamelle et fait visiter sa ferme aux touristes.

Le Plan Vert
À première vue, les dattes semblent à profusion au Maroc. Mais à y regarder de plus près, c’est tout l’inverse. Ce pourquoi l’Etat et l’interprofession du palmier-dattier ont adopté l’an dernier le Plan Vert : un contrat-programme qui vise à multiplier par 6 la production oléicole d’ici 2020. La production des dattes est elle, espérée à 53 000 tonnes contre 26 000 actuellement. Ce programme va s’étaler sur 10 ans. Il est doté d’une enveloppe de 7,5 milliards de dirhams (665 millions d’euros), comportera des aménagements hydro-agricoles (l’amélioration des niveaux de productivité des cultures irriguées et la reconversion des systèmes d’irrigation actuels en irrigation localisée) ainsi que la plantation de 3 millions de dattiers. Il s’agit, par ailleurs, d’étendre et d’intensifier la culture des dattes sur des terrains collectifs et de créer des unités de production de vitro-plants. A l’occasion de la première édition du Salon international des dattes du Maroc, le département de l’agriculture a précisé ses mesures de relance de la filière phoeniciole : la modernisation des plantations à venir pour résoudre les problèmes de rendements, l’utilisation de plants sélectionnés résistant à certaines maladies ou encore des programmes de sensibilisation à l’économie d’eau et l’optimisation de cette ressource.
L’interprofession investira dans des unités modernes de conditionnement, de stockage et de conservation. Elle devra améliorer le marketing et la logistique, pour contribuer à étendre le marché au niveau international. Car avec 26 000 tonnes produites actuellement, le Maroc représente 4,5 % de la production mondiale et arrive au 8e rang des pays producteurs. Loin derrière l’Egypte (15,6 %), l’Arabie Saoudite (14,5 %) et l’Iraq (13,4 %). A la fin du 19è siècle, il occupait le 3è rang mondial parmi les pays producteurs.

Importance socio-économique
Le palmier dattier constitue le pivot de l’écosystème oasien des régions sahariennes et pré-sahariennes du Maroc. Il contribue, à hauteur de 40 à 60 %, à la formation des revenus agricoles pour 1 million d’habitants. Il fournit divers matériaux destinés à l’artisanat, à la construction ou à la production d’énergie. Et joue un rôle d’écran en protégeant les oasis contre les influences désertiques - en créant un microclimat favorisant le développement des cultures sous-jacentes.
Sur le plan de la valeur produite, la moyenne annuelle est de 500 millions de dirhams. Enfin, les dattes constituent le support d’une activité commerciale importante entre le sud et le nord du pays en contribuant à la création d’emplois et à la stabilisation des populations dans les zones à écologie fragile.

Des crédits au secours des oasis

Le palmier-dattier vit « la tête dans le feu du soleil et les pieds plongés dans l’eau » comme disent les agronomes. Cependant, le patrimoine phoenicicole national s’est fortement érodé en raison du bayoud (champignon microscopique contagieux connu depuis le xIxe siècle, contre lequel il n’existe aucun traitement), de la raréfaction des sources hydriques et de l’avancée du désert. Le ministre de l’agriculture du Maroc, Aziz Akhannouch a promulgué en 2007 une loi visant à protéger le palmier dattier. Avec Tariq Sijilmassi, président du directoire du groupe Crédit Agricole, il a signé une convention qui vise l’accompagnement de 35 000 petits exploitants, soit une surface totale de 45 000 hectares en zone oasienne qui produisent 100 000 tonnes de dattes par an. Au total, une enveloppe de 735 millions de dirhams, accordée à des taux entre 8 et 8,5 %, vient compléter l’apport de l’Etat de 3,5 milliards de dirhams. Par ailleurs, deux contrats ont été signés avec la société Qualiagro et le laboratoire Issemghy Biotechnologie. D’une enveloppe budgétaire de 64 de dirhams, ils portent sur la fourniture de près de 250 000 plants de palmiers dattiers destinés aux agriculteurs des zones oasiennes avec le soutien de l’Agence du Partenariat pour le Progrès.

Sidattes 2010

Le salon SIDATTES, premier salon international des dattes au Maroc, s’est tenu à Erfoud du 30 septembre au 3 octobre dernier. L’occasion de disposer d’un rendez-vous international (Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Irak, Jordanie, Emirats-Arabes-Unis et Arabie Saoudite) et d’offrir aux producteurs marocains de nouvelles perspectives. Avec plus de 60 000 visiteurs dont des investisseurs, formateurs et chercheurs, ce salon visait la promotion de l’agriculture oasienne à travers l’exposition de produits agricoles et le partenariat entre les différents acteurs concernés, ainsi que la création, autour de cette manifestation, d’une dynamique économique dans la région. Le directeur de l’Agence de Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier, M. Saoud, a rappelé à cette occasion la plantation de 3 millions de plants, la réhabilitation totale des 48 000 ha de palmeraies traditionnelles et l’extension sur 17 000 ha hors palmeraies.

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