L'Agriculteur de l'Aisne 07 avril 2011 à 17h57 | Par Gaetane Trichet

Le ministre de l’agriculture réaffirme ses engagements politiques dans l’Aisne

Lors de sa visite à Remontvoisin près de Neuilly-Saint-Front chez Sophie et Alexandre Cresp, Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture, s’est montré ferme sur les engagements à tenir pour retrouver une agriculture française forte.

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Une conférence de presse avant l'arrivée du minitre. De gauche à droite : Alexandre Cresp, Olivier Dauger, Philippe Meurs et Philippe Pinta Olivier Dauger, président de l'USAA, a détaillé les propositions de l'Aisne pour une agriculture compétitive Les élus étaient présents Bruno Le Maire, ministre de l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation Alexandre Cresp, agriculteur à Remontvoisin Philippe Meurs, membre de la Fédération nationale bovine Le ministre a reçu un livre des Fables de la Fontaine Un ministre attaché au monde agricole Visite de l'exploitation L'exploitation d'Alexandre Cresp est un exemple de diversification

Il ne laissera pas tomber l’agriculture. C’est avec conviction que Bruno Le Maire a détaillé les axes de son programme agricole. Il semblerait d’ailleurs, que ce dernier réponde en grande partie aux attentes des représentants syndicaux. Cependant, pour Bruno Le Maire, l’Etat ne pourra pas tout faire seul pour remettre l’agriculture au premier rang des priorités politiques et économiques nationales. Les agriculteurs devront aussi s’y atteler.


Dialoguer et trouver des accords
A l’échelle nationale, Bruno Le Maire a confirmé la mise en place de contrats interfilières entre les productions végétales et animales pour le 1er juillet comme prévu. «C’est la seule façon de stabiliser les prix sur plusieurs années et faire en sorte que l’on réduise les coûts de production en élevage». S’adressant aux éleveurs de viande, «je souhaite que d’ici la fin du mois d’avril, nous arrivions à un accord de répercussion de l’augmentation des coûts de production sur le prix de vente des produits non transformés, viande bovine, porcine et volailles».

Etre plus pragmatique
«Le cap à suivre est celui de l’agriculture durable qui répond à une attente sociétale» a rappelé le ministre. «Mais derrière l’agriculture durable, il  y a des agriculteurs. Par conséquent, il faut faire en sorte que les décisions que nous prenions obéissent à un certain nombre de règles simples comme par exemple, tenir compte de la situation économique des producteurs. On ne peut pas demander en pleine crise, la même rigueur et les mêmes règles exactes que ce qui est demandé quand le secteur va bien. Toutes ces règles environnementales ont un coût économique qui se chiffre en milliers d’euros pour les exploitants. Il faut savoir donner du temps pour que les choses soient supportables financièrement».
Une attente forte de l’USAA-JA02 concernait les 100 % de couverts végétaux. Le ministre a avoué qu’en France, il n’était pas interdit de faire preuve d’un peu de pragmatisme. «Sur les 100 % de couverts hivernaux, on peut regarder et adapter cette mesure à un certain nombre de réalités concrètes sur le terrain", déléguant ce pouvoir à Pierre Bayle, préfet de l’Aisne.


A marché unique, règles uniques
Bruno Le Maire estime que les règles environnementales doivent être harmonisées à l’échelle européenne. «Il est légitime et juste qu’on vous demande de faire des efforts en matière environnementale. En revanche, il est injuste et illégitime de vous demander plus que vos voisins espagnols, italiens ou allemands qui sont vos  principaux compétiteurs. Vous devez être placés sur une situation d’égalité. Là-dessus, je sais que les combats sont difficiles, les oppositions sont farouches, mais à marché unique, règles uniques».


Calquer le modèle allemand... finalement
Retrouver une compétitivité face aux voisins européens est le souhait des agriculteurs et aussi du ministre qui se dit prêt à doter l’agriculture d’instruments économiques modernes. «En matière de réduction des coûts de l’énergie, il y a quelques semaines et à ma demande, on a mis en place un tarif de rachat du biogaz calqué sur celui pratiqué en Allemagne pour que l’on puisse développer des installations de méthanisation dans notre pays. Je vous rappelle les chiffres : 4000 installations en Allemagne, à peine une vingtaine en France. Cela fait partie des choses que l’on peut faire pour vous aider à réduire les coûts de production en ayant des dépenses énergétiques plus faibles».
Autres moyens : la réduction du coût du travail. «J’ai obtenu que l’on réduise le coût du travail occasionnel en agriculture de manière très significative. J’ai dit au président de la République l’importance de cette mesure en matière d’emplois dans l’agriculture française. Et maintenant, je veux qu’on fasse la même chose pour le travail permanent. Il faut qu’au 1er janvier 2012, il y ait une réduction supplémentaire sur le coût du travail mais cette fois permanent. On peut le faire, on doit le faire !».


Profiter des atouts français
Pallier la concurrence avec les voisins européens, un leitmotiv de Bruno Le Maire. «Je sais, pour y être allé, avoir vu des exploitations, que nous sommes meilleurs qu’eux, fondamentalement. Nous avons plus d’atouts, plus de compétences, plus de savoir-faire, un territoire beaucoup plus diversifié, une qualité de production qui est exceptionnelle, nous avons cette multiplicité de produits. Nous avons les moyens de réussir et les atouts agricoles français seront gâchés si on ne prend pas un certain nombre de décisions rapidement». Et de poursuivre : «l’agriculture française a connu une hémorragie depuis des années. Certains politiques ont considéré qu’apporter des subventions était la seule réponse. Je ne crois pas. Je crois qu’il faut être beaucoup plus offensif, ne pas perdre de temps, continuer à gagner en compétitivité, valoriser nos produits, les exporter et c’est comme cela que l’on gagnera la bataille agricole. Et je préfère ce discours de vérité là à un discours de compassion ou de complaisance».
Quant au budget de la PAC, le ministre bataille pour le maintien du budget de la PAC «à l’euro prêt». Les gens ont du mal à comprendre que les subventions de la PAC c’est tout simplement le prix de l’agriculture de qualité. Sans aide, «on aurait une agriculture moins-disante au point de vue environnemental, sanitaire et  sécurité alimentaire. Il ya deux ans, la Commission européenne proposait de réduire le budget de 30 à 40 %. Aujourd’hui, cela évolue. Je crois que l’on est en passe de gagner cette bataille du maintien du budget de la PAC».
Il a abordé la régulation des marchés, un sujet là encore qu’il ne laissera pas filer selon ses propos. «L’UE s’était engagée depuis 15 ans dans une voie sans issue qui était la libéralisation totale des marchés agricoles». Une mauvaise idée selon le ministre. «Nous devons garder des moyens d’intervention sur ce marché et obtenir des informations sur les volumes produits. C’est absolument indispensable» a-t’il insisté rappelant que l’agriculture devait respecter des rythmes avant de produire. «On a apporté la preuve en 2009 que l’intervention sur le lait était indispensable, je veux que l’on en tire des conclusions et qu’on maintienne dans tous les secteurs, une régulation des marchés. La libération ne conduira qu’à valoriser des produits qui seront sans qualité, sans respect des normes environnementales et sans garantie sanitaire. La politique du prix toujours le plus bas possible est en agriculture une impasse».
«La volatilité extrême pèse évidemment sur vos épaules, celles de tous les paysans à travers la planète mais aussi sur celles du consommateur en particulier ceux des pays les moins développés. Ce n’est de l’intérêt de personne».
Dans la région de Jean de la Fontaine et à l’instar d’un des vers de la fable Le renard et le corbeau «si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois» Bruno Le Maire a lancé en boutade : «en tant que ministre de l’agriculture, j’ai intérêt à ce que mon ramage se rapporte à mon plumage, autrement dit, que j’obtienne des résultats à la hauteur des discours que je tiens». En tout cas, l’USAA et JA02 y veillent…

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