L'Agriculteur de l'Aisne 18 mai 2010 à 14h23 | Par Marianne Boutry

Les producteurs pour Mac Cain prêts à refuser les contrats sous payés

Les contrats glissants ne sont pas assez rémunérateurs pour couvrir les charges des agriculteurs.

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Eric Delacour
Eric Delacour - © l'agriculteur de l'aisne

Le conseil d’administration du Gappi a tenu 8 réunions dans les 4 départements pour discuter en urgence avec les producteurs du groupement des conséquences de la signature des contrats glissants et pluriannuels de Mc Cain.

L’industriel propose depuis l’année dernière des contrats qui engagent les producteurs sur plusieurs années. Ainsi en 2009, 15 % des volumes du Gappi ont été signés pour deux campagnes (2009 et 2010) et 35 % pour trois campagnes (soit jusque 2011). Pour les agriculteurs, ce type de contrat offre de la sécurité (prix et volume) dans un contexte de crise et de peur de l’avenir. Même s’ils sont conscients que les contrats pluriannuels ne sont pas les plus rémunérateurs, «c’est la solution la moins pire».

Cette année, Mc Cain va plus loin en «offrant» la possibilité aux producteurs de s’engager sur 3 ans, reconductibles tacitement chaque année (les agriculteurs pourront arrêter, mais resteront engagés pour les 3 années suivantes). En d’autres termes, les contrats pluriannuels déjà signés se transformeraient en contrats pluriannuels glissants si les agriculteurs ne manifestent pas leur opposition. Pour avoir la signature des producteurs, l’industriel n’a pas hésité «à baisser les prix de contrat à 80 euros/t afin de donner un intérêt à ses contrats glissants qui seront à 89 euros en 2012». «Le problème est que ce prix ne couvre pas nos charges», s’inquiète vivement le président du Gappi, Éric Delacour. Certes, on ne connaît pas la tendance du marché dans les années à venir, mais il semble indécent pour les producteurs qui ont participé aux réunions de signer des contrats qui ne sont pas en phase avec la réalité des charges de l’exploitation. Augmentation du prix des produits phytosanitaires, augmentation du prix des locations de terres, de l’énergie, du fuel, des engrais, conséquences de la chute de l’euro, interdiction d’irriguer, mesures agri-environnementales... «Quels seront les coûts de production d’ici 3 ans ?». «Nous courons à la perte de nos exploitations», s’exclame un jeune agriculteur présent à la réunion d’Arras. Éric Delacour met en garde : «Ce n’est pas en réduisant les apports d’engrais que l’on fera des économies.

La réduction des apports de potasse entraîne des problèmes de qualité et de refus en usine». Luc Chatelain, président de la section pomme de terre de la FDSEA 62, pose la question des conditions d’acceptation de la marchandise : «Font-elles partie intégrante du contrat ? Si elles changent, cela sera-t-il considéré comme un avenant au contrat, ou les producteurs seront-ils pieds et mains liés pour 3 ans et devront-ils s’y soumettre ?»

 

Seuil de rentabilité

Dans les négociations, le conseil d’administration du Gappi avait souhaité que l’industriel prenne en compte l’indice Ipampa, qui est élaboré par l’Insee. Cet indice révèle une augmentation des coûts de production de

2,7 % par an. Mais Mc Cain a refusé. Il n’accepte de prendre que la moitié de la hausse. «Mais ce sera à son bon vouloir et la moitié de zéro fait toujours zéro», dénonce le président du Gappi.

Les producteurs font déjà face à une relative stabilité des prix de contrat malgré l’explosion des charges. Chaque année, il faut augmenter les rendements pour maintenir le chiffre d’affaires. Aujourd’hui, il faut 50 tonnes, demain, il faudra produire 55 tonnes pour assurer un minimum de rentabilité sur l’atelier pomme de terre.

Signer un contrat glissant revient à accepter une perspective de baisse à perpétuité avec toutes les inconnues relatives à l’évolution des charges.

Le contrat glissant contagieux pour les autres productions

Suite aux réunions (dont 5 ont eu lieu dans la région), les producteurs du Gappi se disent prêts à faire front pour refuser ses contrats qui mèneront à la précarité. Ils sont conscients aussi que cela plomberait l’ensemble du marché de la pomme de terre en tirant les prix vers le bas en frais. Par ailleurs, on peut craindre un transfert des contrats pluriannuels et glissants vers d’autres filières (industrie légumes, lait…).

Les producteurs de pommes de terre veulent continuer à travailler avec Mc Cain. Mais pas dans ces conditions. Après tout, l’originalité de Mc Cain réside dans un cahier des charges plus compliqué, accessible aux producteurs pointus, qui étaient donc payés plus cher. «Mc Cain est une marque, gage d’une qualité de frite supérieure, pas une MDD». Alors oui pour assurer des volumes et même s’engager à long terme pour assurer le développement et les besoins de visibilité de l’industriel, mais sans oublier que la sécurité d’approvisionnement a un prix.

 

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