L'Agriculteur de l'Aisne 31 janvier 2017 à 08h00 | Par Actuagri

Les ventes de phytosanitaires en recul de 2,7 % en 2015

Pour la première fois depuis 2008, les ventes de produits phytosanitaires ont baissé de 2,7 % entre 2014 et 2015. Pour le ministre de l’Agriculture, cette tendance témoigne d’une dynamique que la mise en place, même contrariée, des CEPP devrait confirmer.

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«Pour la première fois depuis longtemps, nous avons constaté une baisse du NoDU (1) de 2,7 % entre 2014 et 2015 pour les usages agricoles», a salué le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll à la suite du comité d’orientation stratégique du plan Ecophyto II, le 30 janvier. Si en moyenne triennale, les chiffres sont moins flatteurs (+ 4,2 %), le ministre l’explique par «des achats importants de phytosanitaires juste avant la mise en place de la contribution pour pollution diffuse» qui a pris effet le 1er janvier 2015. A noter qu’en usage non agricole, la baisse du NoDU atteint - 14 %. Pour Stéphane Le Foll, l’inversion de la courbe est «petite, mais elle est là» et l’incite en tout cas à poursuivre le travail engagé depuis quatre ans, convaincu que la dynamique enclenchée «va porter ses fruits», et «donnera des résultats plus tard». Même si l’année 2016 s’est avérée très humide, le ministre exclut l’idée d’une augmentation de la courbe liée à un recours accru aux fongicides, car les résultats sont pondérés en fonction des conditions climatiques. Le ministre et le député Dominique Potier (PS), coprésident du comité d’orientation Ecophyto, se félicitent donc de ces signes encourageants et misent sur une démultiplication des bonnes pratiques à l’œuvre notamment dans les 2000 fermes Dephy (exploitations qui ont mis en place une démarche volontaire de réduction de l’usage des phytosanitaires) qui font état d’une réduction de l’IFT (indice de fréquence de traitements) nettement plus significative, de - 18 % en moyenne sur la période 2013/2015.

Attachement aux CEPP

Pour consolider cette tendance, le ministre compte fortement sur la mise en place des Certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP), dont l’expérimentation a commencé l’été dernier mais dont la validité juridique a été annulée en décembre par le Conseil d’Etat pour des raisons de forme. Une décision qui a provoqué la «mauvaise humeur» de Stéphane Le Foll et la réintroduction du dispositif via la proposition de loi de Dominique Potier sur le foncier. Adopté par l’Assemblée nationale le 18 janvier, le texte doit encore être validé par le Sénat, et devrait être définitivement adopté avant la fin de la mandature puisque le Premier ministre l’a inscrit en procédure accélérée. «Je ne partirai pas tant que ce ne sera pas définitivement acté !», a clamé le ministre pour réaffirmer son attachement à ce dispositif «innovant», «qui responsabilise tout le monde, en particulier les vendeurs». Pour atteindre l’objectif de réduction de 20 % des phytosanitaires d’ici 2020, les distributeurs devront obtenir un nombre donné de CEPP (fixé par rapport à la moyenne de leurs ventes entre 2011 et 2015), CEPP qui s’obtiennent en échange d’actions plus économes en produits mises en œuvre par les agriculteurs. Des fiches actions doivent ainsi être validées – une vingtaine l’est déjà – par l’Inra. En 2021, chaque CEPP manquant donnera lieu, pour le distributeur, à une amende de 5 €. Cette expérimentation menée en France pour cinq ans intéresse la Commission européenne, s’est par ailleurs félicité le ministre. Dominique Potier en reste le premier défenseur : «dès aujourd’hui, les entreprises de diffusion vont chercher à dépasser les 20 % (ndlr : de réduction) parce que l’opinion publique est devenue sensible à ce sujet ; il y aura des clauses de compétition au mieux disant environnemental», estime ainsi le député.

Ecophyto 2 : il faut «de vraies alternatives» demande la FNSEA

Dans un communiqué diffusé le jour du comité d’orientation stratégique Ecophyto II, la FNSEA a rappelé son investissement «dans le cadre de la réduction des usages et des impacts des produits phytosanitaires agricoles». Pour amplifier le mouvement, l’organisation insiste sur la nécessité d’investir, dans le cadre d’Ecophyto 2, «une partie conséquente des moyens (…) dans la recherche et l’innovation. L’idée est bien d’avoir des solutions alternatives, applicables et prêtes à l’emploi pour les agriculteurs qui sont concernés», indique-t-elle. Le ministre a de son côté précisé que si le mouvement d’autorisation de mise en marché des produits de biocontrôle s’accélère, grâce à la priorité qui leur est donnée, des assouplissements vont être faits. «Nous allons revoir par arrêté l’encadrement des critères pour que cela aille plus vite, plus simplement», a-t-il précisé.

 

(1) ndlr : Nombre de doses unité, qui correspond à un nombre de traitements moyens appliqués annuellement sur l'ensemble des cultures

Néonicotinoïdes: l'Anses publiera les premiers résultats sur les alternatives en 2017

L'Anses est en train de travailler sur «la comparaison des néonicotinoïdes et de chacune de leurs alternatives (chimiques et autres), usage par usage (pour chaque culture et nuisible)», a-t-on appris lors d'une conférence de presse à Paris, le 30 janvier. Les premiers résultats seront disponibles en 2017. « A partir des cinq substances néonicotinoïdes autorisées en France (en tant que produits phytos), ces travaux mèneront à comparer plus de 3500 usages de préparations phytopharmaceutiques», a expliqué Roger Genet, directeur général de l'autorité sanitaire. Pour rappel, la loi biodiversité interdit l'usage des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018 avec des dérogations possibles jusqu'en 2020. Ces dernières seront accordées par arrêté. Ces travaux de l'Anses doivent venir en appui à l'application de la loi. Par ailleurs, l'autorité a « étendu l'expertise à l'ensemble des produits contenant des néonicotinoïdes: produits phytopharmaceutiques, biocides et médicaments vétérinaires, soit sept substances actives». Les premiers résultats sont aussi attendus en 2017.

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