L'Agriculteur de l'Aisne 17 mai 2010 à 14h41 | Par Gaëtane Trichet

Manifestation du 27 avril : 5 agriculteurs témoignent

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Maurice Lecocq, agriculteur à Dravegny, président de l’arrondissement de Château-Thierry.

Une manifestation très impressionnante

Vous êtes partis en tracteur jusqu’à Paris. Quel a été votre parcours ?

Les agriculteurs de l’arrondissement Château-Thierry-sud de l’Aisne, avaient rendez-vous au péage de Coutevroult sur l’A4 à 7 heures du matin. Les tracteurs de Fère-en-Tardenois sont partis du péage A4 de Villers Agron sans prendre l’autoroute car nous n’avions pas le droit. Donc nous sommes partis à 3 heures du matin par la Nationale accompagnés par un convoi venu de la Marne. Une partie des agriculteurs de Neuilly-Saint-Front et Château-Thierry sont venus se regreffer au péage de Montreuil-aux-Lions sans prendre l’autoroute là non plus. Une autre partie du canton de Charly-sur-Marne a rejoint le convoi arrivé de Seine-et-Marne et Marne à la Ferté-sous-Jouarre.

Des agriculteurs de Neuilly-Saint-Front sont partis sur Soissons pour rejoindre des convois à Senlis. Notre arrondissement était dispersé, mais tout s’est très bien passé. Nous étions à l’heure.

Comment avez-vous vécu cette aventure ?

Nous avons eu la chance d’être en tête de cortège pour le défilé dans Paris. Tous les agriculteurs du sud de l’Aisne venus en tracteur ont été très satisfaits et gardent un bon souvenir. C’était très impressionnant, tous ces tracteurs entrant dans la Capitale. Il fallait être présent. Il y avait une bonne communion avec les Parisiens. C’était étonnant, cette osmose entre les tracteurs, les agriculteurs représentant toutes les productions, les Parisiens et même les journalistes. Il y avait un très bon contact et beaucoup de gens comprenaient nos problèmes. Je n’ai pas entendu de remarques négatives.

La journée a été longue c’est vrai, mais c’était tellement bien : ce formidable déploiement, cette bonne ambiance, cette entente entre les gens et les agriculteurs, et la météo qui s’y prêtait. Il fallait vraiment y être pour vivre ce moment. Même sur le chemin du retour, les gens nous saluaient encore.

Dans le Tardenois, les agriculteurs étaient très motivés. Quelle est la situation de votre arrondissement aujourd’hui ?

La situation est grave et les gens sont moroses. Cette manifestation a remis pourtant du baume au coeur. Mais nous attendons des éléments concrets, une réelle aide de l’Etat en particulier sur le dossier environnement mais aussi une remontée des cours. Les agriculteurs ont besoin d’une grosse bouffée d’oxygène. On est tellement satisfait dans le sud de l’Aisne de la manifestation et des réactions des Parisiens que l’on s’attend à ce que gouvernement fasse quelque chose. Il faut des décisions rapides sinon le moral va redescendre. Et les agriculteurs sont prêts à repartir avec des tracteurs pour manifester.

Le président de la République a annoncé lors d’une interview à Agra Presse et la France Agricole, qu’il comprend les difficultés des céréaliers et qu’il va les aider notamment en mettant en place un système de déduction fiscale des cotisations MSA. Qu’en pensez-vous ?

C’est un élément positif mais cela fait quand même pratiquement un an que le Gouvernement promet des avancées et rien ne se passe. Ce sont encore des belles paroles. Nous avons besoin de plus que cela. Si l’Etat comprend vraiment nos problèmes, il doit mettre des solutions en face sinon, beaucoup ne supporteront pas une deuxième année comme celle qui vient de se passer. Il faut des décisions adaptées pour aujourd’hui et pour demain.

 

Pierre Coulbeaut, agriculteur à Bucy-les-Pierrepont, président de l’arrondissement de Laon.

Retrouver de la compétitivité et vite !

Vous êtes allés à Paris en car. Comment cela s’est-il passé ?

Les adhérents avaient rendez-vous à 6 h 30 au Rond Point de l’Europe à Laon. Nous sommes arrivés à Paris vers 10 h 30. Dans le bus, les éleveurs et les céréaliers soulignaient le courage des agriculteurs partis en tracteur, en particulier ceux des régions les plus éloignées. Nous sommes ensuite allés rejoindre nos camarades pour défiler.

Une manifestation impressionnante ?

Oui, par le nombre de tracteurs, par le nombre d’agriculteurs, par la présence des forces de l’ordre et par les encouragements des Parisiens.

Ce qui nous a marqués aussi, ce sont les voies d’accès désertes, des bretelles d’autoroutes dégagées pour l’arrivée des tracteurs. L’autoroute parisienne sans voiture… impressionnant ! Cette manifestation a été fortement suivie. Quel est votre sentiment ? Cette imposante manifestation est bien le signe d’un malaise et du grand désarroi de beaucoup d’entre nous. Cette forte mobilisation doit faire prendre conscience au grand public de la situation de crise de l’agriculture, toutes productions confondues. Un déplacement épuisant, certes, mais les enjeux sont si importants que cela valait bien une journée à Paris.

Quelles sont vos conclusions ?

Le Gouvernement doit revenir à des mesures de bon sens et au pragmatisme. On le sent déjà dans les discours politiques. Nous avons quelques amorces de réponses à nos demandes mais cela ne suffit pas. Au-delà des paroles, il faut des actes.

Ce qui est important pour les agriculteurs, c’est de retrouver de la compétitivité sur les exploitations. Ce doit être le maître mot de demain, c’est pourquoi nous voulons la baisse des charges sociales et fiscales pour éviter toute distorsion de concurrence avec les pays qu’ils soient européens ou non. Les biotechnologies font aussi partie des enjeux de demain. Alors, aux politiques de nous soutenir pour maintenir une agriculture française forte. Nous restons mobilisés, prêts à retourner manifester si nous n’obtenons pas d’avancées.

Jean-François Langlet, jeune agriculteur à Vauxbuin

Nous voulons une vraie ambition pour l’agriculture de demain

Les jeunes agriculteurs ont participé à la manifestation du 27 avril à Paris. Quelle était l’ambiance ?

L’ambiance était bon enfant malgré les difficultés de trésorerie. Les JA qui ont pu se déplacer en tracteur auront des souvenirs inoubliables ; rouler sur les autoroutes en convoi et entrer dans Paris en tracteur, du jamais vu. J’ai été très étonné de l’accueil des Parisiens qui ne nous en n’ont pas voulu de les avoir bloqués pendant une journée. Ils comprenaient notre désarroi et nous soutenaient.

Quels étaient les messages des jeunes agriculteurs ?

Nos messages étaient assez explicites, «Le blé et le lait sont les deux mamelles de la France», «Pas de pays sans paysan, Fauchés comme les blés…» .

On en a marre que l’on nous prenne pour des chasseurs de prime qui gagne de l’argent à ne rien faire. Travailler et vivre de son métier est plus intéressant que d’être sous perfusion et d’attendre que l’on vienne vous changer la poche de morphine quand ça ne va plus. On veut une vraie ambition pour l’agriculture de demain, des actes forts au lieu des paroles.

Aujourd’hui, la crise agricole est profonde. Comment voyez-vous l’avenir des jeunes ?

S’installer dans une mauvaise conjoncture n’est pas évident du fait du manque de visibilité. La bonne récolte de 2009 plus la crise économique ont fait baisser nos produits sous les coûts de production. Il ne faut pas que cela dure trop longtemps car certains auront du mal à refaire une campagne à des prix bas. Pour essayer de maintenir les prix, il faut que nos outils de collecte s’associent pour peser sur le marché. Tant que l’offre ne sera pas structurée face à nos acheteurs, nous serons en situation de faiblesse. Notre force est d’avoir des outils de collecte et de transformation gérés par des agriculteurs. Alors faisons entendre nos voix pour que l’agriculture avance et crée de la valeur ajoutée.

Quelles sont les raisons de croire encore au métier d’agriculteur en France ?

Le premier métier de l’agriculteur, c’est de produire de la nourriture en qualité et en quantité suffisante pour lui et sa famille. Aujourd’hui, il doit nourrir beaucoup plus d’habitants qu’auparavant tout en développent les agrofournitures de demain. C’est l’un des seuls métiers où l’on aura toujours besoin de paysans pour nourrir le monde. Même si il y a des crises, les gens devront continuer à manger.

 

Henri-Noël Lampaert, agriculteur-éleveur à Prémont, président du syndicat départemental des producteurs de lait.

Fier d’avoir participé à cette démonstration de force et d’unité syndicale

La manifestation du 27 avril était annoncée comme celle des céréaliers dans les médias. Beaucoup d’éleveurs laitiers s’y sont rendus. Quel est votre sentiment ?

Cette manifestation agricole reflète la crise que traverse l’ensemble des productions agricoles. Et même si les producteurs de lait dénoncent des baisses de revenu très importantes, les autres productions animales et végétales nous suivent dans cette baisse. Par ailleurs, les revendications sont communes, que ce soit de l’intervention pour réguler les marchés, l’allègement des charges et des contraintes environnementales, le versement des aides PAC au 16 octobre, etc. Je vois le succès de cette manifestation dans cette unité syndicale entre producteurs.

Vous êtes partis de Saint-Quentin en autocar. Pouvez-vous nous décrire en quelques mots l’ambiance qui régnait tout au long du trajet ?

Après avoir pris connaissance du contexte et des revendications, les agriculteurs étaient déterminés et pensaient surtout à leurs collègues partis très tôt en tracteur. En arrivant vers Senlis, l’admiration pour tous ces agriculteurs en tracteurs venus du Nord, du Pas-de-Calais, de la Marne, de la Somme, de l’Oise et bien sûr de l’Aisne était bien réelle. La vue de ce cortège de plusieurs kilomètres créait un enthousiasme dans le bus et laissait imaginer l’ampleur de cette action.

Au retour, quel est le sentiment des éleveurs au sujet de la manifestation et au sujet de leurs attentes ?

Ils étaient fiers d’avoir participé à une démonstration de force bien organisée pour montrer que l’avenir de l’agriculture et des éleveurs dépend de l’indispensable volonté des pouvoirs publics. A eux d’agir sur la politique agricole européenne et française par des actes rapides pour la régulation des marchés, mais aussi infléchir la réglementation française, excessive sur certains domaines.

 

Arnaud Ternynck, agriculteur à Viry-Noureuil, président de l’arrondissement de Chauny

Les tracteurs dans Paris : un symbole fort

Vous avez été élu président de l’arrondissement de Chauny le 26 février dernier. Deux mois plus tard, vous venez d’organiser une manifestation. Comment cela s’est-il passé ?

De mon point de vue, c’est une manifestation que je ne suis pas prêt d’oublier. En effet, depuis plusieurs mois, on évoquait ce mouvement et rien ne venait. Aujourd’hui c’est chose faite et j’en suis très heureux. Mais j’ai un pincement au coeur car nos conseillers qui nous accompagnent au quotidien n’ont pu y participer en raison des déclarations PAC. J’ai bien conscience que pour des raisons d’organisation et de délai, il n’était guère possible de lever le pied, mais toutefois, je le regrette vivement…

Vous vous êtes rendu à Paris en tracteur ? Pourquoi ce choix ?

Tout d’abord, en tant que responsable, j’ai considéré qu’il était important de montrer l’exemple. Je trouve que l’idée des tracteurs dans Paris est un symbole très fort car ce sont nos outils de travail et en termes d’ima-ge, c’est toujours impressionnant de voir de tels engins. On remarque que les médias ont titré souvent sur l’invasion des tracteurs dans Paris, c’est donc que notre choix stratégique n’était pas mauvais.

La route de Chauny à Paris en tracteur... difficile ? La mécanique a-t-elle souffert ? Pouvez-vous dire quelques mots sur les conditions de ce périple ?

En ce qui concerne le périple, c’est vrai que nous nous y sommes préparés tant sur les aspects mécaniques que ravitaillements sans oublier tous les aspects de sécurité. Pour les organisateurs, je pense qu’il y a eu quelques moments de sueurs froides surtout au moment où nous nous sommes retrouvés à plus de 360 tracteurs à Senlis et qu’il fallait nous mettre en convoi. Ce que j’ai trouvé gigantesque c’est qu’au fil des kilomètres qui nous rapprochaient de Paris, on retrouvait des collègues d’autres régions, ce qui faisait montrer notre adrénaline. Concernant notre condition physique, c’est plutôt le dos qui a pris, mais pas plus qu’une grosse journée dans les champs. J’ai trouvé que les participants, les forces de l’ordre ont été exemplaires dans l’organisation aussi bien à l’aller qu’au retour. Pour moi, tant qu’il n’y a pas eu d’accident humain, c’est le principal.

Aujourd’hui, quel est votre sentiment sur cette manifestation ? Et quelles ont été les remontées des participants de l’arrondissement de Chauny ?

Ceux que j’ai pu «débusquer en tracteur» le jour de la manifestation, ont été ravis de leur périple, les autres admiratifs avec un peu de regret de ne pas y être aller en tracteur. Les délais ont été très courts pour mobiliser les uns et les autres. Des obligations étaient déjà prises pour certains. Du côté des résultats, j’espère que la pression que l’on a mise sur le Gouvernement va peser sur les discussions à venir.

 

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