L'Agriculteur de l'Aisne 03 juin 2011 à 10h55 | Par Gaetane Trichet

Michel Dantin, député européen, dans l’Aisne

Sur l’invitation de Pascale Gruny, députée de l’Aisne, Michel Dantin, député européen, s’est rendu à Roupy sur l’exploitation de M. et Mme Philippe Legrand.

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Philippe Legrand (à gauche) a expliqué la conjoncture agricole et les conséquences sur son exploitation
Philippe Legrand (à gauche) a expliqué la conjoncture agricole et les conséquences sur son exploitation - © l'agriculteur de l'aisne

Olivier Dauger, président de l’USAA et Laurent Cardon, président de l’arrondissement de Saint-Quentin, Philippe Pinta, président de la Chambre d’agriculture, entourés des présidents de cantons saint-quentinois et de sections spécialisées ont tour à tour, présenté leurs doléances dans divers domaines agricoles.

Renforcer l’autonomie des exploitations
Dans le contexte actuel (PAC, environnement, libéralisme, disparition de l’énergie fossile…), les exploitations se spécialisent de plus en plus. Pour Laurent Cardon, de nouvelles orientations sont à envisager pour renforcer l’autonomie et les performances des exploitations quelles que soient les régions. «La diversification des productions sur une même exploitation peut permettre de préserver un secteur agricole fort autant pour répondre aux demandes des secteurs alimentaire et non alimentaire, qu’à l’envolée des coûts énergétiques et aux défis environnementaux sans oublier la création de valeur ajoutée donc d’emplois» a-t-il rappelé à Michel Dantin en lui signifiant qu’il fallait pour cela, aider les exploitants à s’ouvrir vers ce nouveau schéma. «Il nous semble opportun de préserver un grand nombre de productions tant végétales qu’animales. Le maintien de la diversité ne peut que favoriser le développement durable sur l’ensemble du territoire». Certaines filières indispensables à cette logique sont menacées (luzerne, légumes, chanvre, lin, fécule, élevages…). «Le renforcement de ces filières est impératif par une politique d’aide au développement comme l’appréhendent nos homologues allemands».

Reprendre la main sur les exploitations
D’autres sujets ont été abordés ou dénoncés comme les 100 % CIPAN par exemple. En plus d’un surcoût de travail et financier, cette activité ne répond pas aux attentes agronomiques et environnementales qui lui sont fixées.  Pire, cela nuit gravement à la compétitivité des exploitations selon Charlotte Vassant, présidente du syndicat agricole du canton de Vermand. Elle a donc à nouveau, appuyé la demande de l’USAA pour un taux de couverture maximum de 80 % «qui laisse aux agriculteurs une variable d’ajustement du point de vue agronomique. Nous demandons aussi à la Commission européenne de nous autoriser à multiplier nous-mêmes nos semences fermières comme la moutarde. Nous demandons la révision du règlement CE n° 2100/94 du conseil du 27 juillet 1994 instituant un régime de protection communautaire des obtentions végétales». Le but : «reprendre  la main sur nos exploitations afin de raisonner efficacement les problématiques posées».

Du côté de l’élevage
Henri-Noël Lampaert, président des producteurs de lait de l’USAA, est revenu sur les problèmes rencontrés par les éleveurs, notamment par rapport à la directive nitrates. «Encore une fois, l’élevage risque de payer un lourd tribut. Les mises aux normes des bâtiments d’élevage se terminent tout juste que l’on revoit déjà les prescriptions, annonciatrices de lourds investissements».
Par ailleurs, et selon le président, les prairies ne sont pas reconnues à leur juste valeur alors qu’elles jouent un véritable rôle environnemental. «Elles assurent une couverture permanente et par cette fonction, elles luttent contre l’érosion et sont capables de valoriser des effluents organiques à hauteur de 250 unités d’azote (des dérogations sont en usage dans d’autres pays du nord de l’Europe pour des apports à cette hauteur). L’utilisation de produits phytosanitaires est limitée. Une revalorisation devrait permettre de limiter le retournement des prairies plutôt que d’imposer des règles contraires à la liberté d’entreprendre» a expliqué Henri-Noël Lampaert avant de dénoncer le manque de cohérence entre la mise en place de la contractualisation et les décisions du Mini paquet lait européen. Selon Michel Dantin, il semblerait que le principe des interprofessions à la française commence à faire son chemin au niveau européen. Autre consensus : les AOP devraient continuer à gérer elles-mêmes leurs volumes.
Concernant les contrats, «je dois montrer tout l’intérêt de les encadrer. Il faut aussi se poser les bonnes questions : doivent-il être obligatoires ou non, sur quelle durée, quelles clauses de renégociation…» a assuré Michel Dantin.

Stop aux distorsions de concurrence
«A quand une harmonisation européenne sur l’emploi des produits phytosanitaires ?» a interrogé Philippe Ricour, président du syndicat agricole du canton du Catelet. Il a cité de nombreuses divergences entre les pays européens au niveau de la mise en marché des molécules, leur interdiction ou non, les délais de récolte,… «Ne pourrait-on pas avoir une législation identique pour tous les agriculteurs européens ? Il est dommage de constater que dans les domaines de la protection des cultures, la France veuille souvent laver plus blanc que blanc. Coluche disait : «plus blanc que blanc, ce doit être transparent». Et elle est où la transparence ?».
Dans la continuité des distorsions de concurrence : la main-d’oeuvre. L’agriculture de Picardie, forte de ses 17 500 emplois directs, entend s’afficher comme un secteur majeur de l’emploi départemental et régional. De l’emploi qui ne se délocalise pas. «L’agriculture doit rester un secteur économique attractif et trouver des leviers pour réduire le poids de la politique sociale» a continué Jean-Yves Bricout, président de la Commission main-d’oeuvre de l’USAA. Dans le cadre de la lutte contre la distorsion de concurrence, le volet social pose un véritable problème puisqu’il n’existe aucune harmonisation européenne. Pour plus de compétitivité, «il est inévitable de travailler sur des pistes durables de baisse du coût du travail. Il semble nécessaire d’agir sur les charges sans baisser les salaires». L’USAA demande donc principalement la mise en place d’une TVA sociale européenne et un dispositif d’harmonisation du coût du travail au niveau européen.

La fécule de pommes de terre : une filière en danger
La menace qui pèse sur la filière se situe dans le découplage total et l’absence de soutien spécifique. «La disparition de l’aide couplée industriel et agriculteur en 2013 va remettre en cause l’intérêt de la pomme de terre féculière pour les agriculteurs» a prévenu Olivier Brasset, membre du bureau de la coopérative féculière de Vecquemont.
La profession ne demande pas un surcroît de soutien européen, car selon les industriels le marché sera au rendez-vous à l’horizon 2020 grâce à l’innovation et aux nouveaux débouchés à forte valeur ajoutée. «Nous réclamons le maintien du couplage des aides de manière significative via l’article 68 pour laisser le temps à la filière d’évoluer vers ces futures utilisations offertes par la chimie verte, l’alimentaire, la cosmétique…» a-t’il déclaré, rappelant que cet enjeu représente 100 000 tonnes de fécule soit plus d’un tiers de surfaces actuelles en pommes de terre féculières. Sans oublier les emplois qui sont liés à la filière…

L’irrigation pour des légumes conformes à la demande
300 irrigants et plus de 100 emplois directs, 600 points de prélèvement dont 90 % dans les nappes, 15 000 ha arrosés soit 2 % du territoire (ou 3 % de la surface agricole utile). Ces chiffres ont été présentés par Xavier Pamart, administrateur à l’Agence de l’eau Artois Picardie. «L’irrigation représente 8 % du volume total prélevé dans l’Aisne, ce qui correspond à 2 mm d’eau de pluie sur tout le département». L’irrigation est devenue indispensable pour les producteurs de légumes. En effet, ils doivent répondre à des cahiers des charges stricts. «Aujourd’hui les consommateurs et les industriels d’ailleurs, veulent des produits calibrés, sans bosse. On ne peut pas répondre à cette demande sans irriguer nos champs» a expliqué Philippe Legrand. «Les entreprises imposent des bilans hydriques, il serait judicieux qu’elles participent à des colloques pour expliquer l’intérêt de l’irrigation sans que cela n’impacte leur renommée». Petite fuite lâchée par Michel Dantin en réponse à Olivier Dauger sur la possibilité de stocker l’eau de pluie : «c’est peut-être en train de bouger».
Le député européen, agriculteur de formation, connaît bien ses problématiques. Aujourd’hui, il doit faire passer des messages aux autres députés qui travaillent avec lui à la Commission de l’agriculture et du développement.
«C’est un combat de longue haleine. Chacun traduit à sa façon les textes et il faut batailler pour faire passer ses idées». Il est revenu sur la régulation en rappelant que Dacian Ciolos, commissaire européen à l’agriculture a mis en place des moyens pour retrouver des outils qui seront sans doute présentés la fin de l’été.
Les agriculteurs ont conclu en insistant auprès de Michel Dantin sur l’importance de redonner à l’agriculture européenne, une capacité d’innovation pour retrouver de la compétitivité, donc de la valeur ajoutée.

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