L'Agriculteur de l'Aisne 12 avril 2012 à 15h37 | Par Actuagri

Partout dans le monde - Les terres agricoles de plus en plus convoitées

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Les transactions de terre à l’échelle internationale ne cessent de croître. Souvent au détriment des droits des populations locales. Fait nouveau dans les pays développés et notamment en France, l’intérêt pour les placements fonciers se développe. En décembre dernier, un rapport publié par l’International Land Coalition (ILC) révélait qu’en dix ans, plus de 200 millions d’hectares avaient fait l’objet de transactions internationales. L’essentiel de ces mouvements concernait l’Afrique pour 134 millions d’hectares qui dispose de grandes étendues de terres arables et une densité de population relativement faible, loin devant l’Asie, 29 millions d’hectares. C’est pour en savoir plus que l’Association française des journalistes agricoles (Afja) a organisé le 10 avril à Paris un débat sur l’accaparement des terres agricoles et ses effets sur la sécurité alimentaire. Souvent il ne s’agit pas d’accaparement des terres au sens strict du terme, mais des baux de longue durée qui peuvent aller jusqu’à 99 ans. Quoiqu’il en soit, «il y a accaparement de terres quand on remplace les utilisateurs légitimes par quelqu’un d’autre qui n’est pas soumis aux mêmes règles du jeu» estime Emmanuel Hyest, le président de la Fédération nationale des Safer (FNSafer). Ne serait-ce que la différence de prix du foncier qui peut aller de un à 10 voire 100 entre pays et qui favorise ceux dont la monnaie est la plus forte. Antoine Bouhey considère qu’il y a accaparement des terres quand «les droits des populations sont violés et que la souveraineté alimentaire des pays est remise en cause». Michel Potier, directeur d’Agritel fait le distinguo entre l’accaparement destiné à tirer un profit immédiat lié à la vente des produits et l’exploitation de terres qui s’accompagne de projets de développement local et durable. Malheureusement le comportement de prédateurs est le plus fréquent. Et les uns et les autres d’évoquer de multiples exemples qui vont dans ce sens même s’ils ne se sont pas toujours concrétisés. Ainsi en est-il du projet d’une société saoudienne visant à prendre le contrôle de 40 000 hectares en Mauritanie. Celui du Coréen Dawoo à Madagascar qui portait sur 1,3 million d’hectares pour y cultiver de l’huile de palme et du maïs, aujourd’hui abandonné. Au Kenya, des investisseurs italiens avaient mis leur dévolu pour détruire 50 000 hectares au bulldozer et y cultiver du jatropha, une plante énergétique. Le gouvernement a fini par s’opposer à ce projet malgré le feu vert des autorités locales. Idem au Sénégal : des capitaux italiens, encore, projetaient d’investir sur 20 000 hectares pour produire de la canne à sucre et des aliments du bétail. L’ancien président a fini par bloquer cette initiative. Au Mali, ce sont 870 000 hectares qui ont été attribués par l’Office du Niger pour des baux de 30 à 99 ans avec le concours de la Libye. Le projet est actuellement en «stand by» depuis la révolution libyenne.

Un placement attrayant
Mais l’accaparement des terres ne vise pas seulement les investisseurs étrangers. Michel Potier d’évoquer l’exemple de l’Ukraine où des agro-holdings cultivent des domaines de 10, 50, 100, 500 000 hectares. Mais ils sont entre les mains d’oligarques ukrainiens voire russes qui disposeraient de 10 % du territoire. «Les investisseurs étrangers ne représentent que 2 % des achats de terres» souligne-t-il. Car si les terres sont fertiles, les conditions d’implantation ne sont pas très favorables : climat très dur (gel et sécheresse…), réglementations changeantes, sans parler de la présence prégnante de la mafia locale. De quoi décourager les meilleures volontés. Conclusion de Michel Potier : «il y a plus d’échecs que de réussite, en raison d’un environnement politique et fiscal adverse». La France n’échappe pas non plus à l’intérêt des investisseurs pour l’achat de terre, remarque Emmanuel Hyest, également président de la Safer Haute-Normandie. «30 % des terres vendues par la Safer le sont à des investisseurs qui ensuite font des baux aux agriculteurs», observe-t-il. Il s’agit souvent des personnes physiques, mais de plus en plus de personnes morales. D’ailleurs, des sociétés financières se mettent en place. Et contrairement à ce qui se passait autrefois, la terre devient un placement intéressant qui offre un rendement compris entre 1,5 % et 3 %, estime Nicolas de Breteuil gérant de France Terre Agri, une nouvelle société d’investissement foncier.

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