L'Agriculteur de l'Aisne 09 octobre 2015 à 08h00 | Par Actuagri

Phil Hogan défend ses choix devant les sénateurs français

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Auditionné par la Commission des Affaires économiques et la Commission des Affaires européennes le 8 octobre, le commissaire européen à l’Agriculture a défendu les mesures prises par la Commission européenne et assuré être conscient des difficultés vécues par les agriculteurs. «Je suis du côté des agriculteurs» a affirmé Phil Hogan, commissaire européen à l’Agriculture, devant les sénateurs de la Commission des Affaires économiques et de la Commission des Affaires européennes qui l’auditionnaient au Sénat le 8 octobre. Sans revenir directement sur ses propos où il sous-entendait n’avoir pas la preuve d’une crise de l’élevage, dans une interview sur le site européen viEUws, Phil Hogan a souligné que le plan d’aides de 500 millions d’euros «constitue un effort considérable de la Commission pour soutenir l’agriculture européenne», une «réponse résolue et solide aux difficultés actuelles».


Mesures d’urgence

Phil Hogan a notamment défendu les mesures adoptées pour stabiliser les marchés à court terme, alors que la France reste déçue de l’absence de relèvement des prix d’intervention pour le lait. Le Commissaire européen a précisé que «le taux d’aide pour le lait écrémé en poudre sera augmenté de plus de 100 %», pour une période de stockage fixée à un an, afin de retirer rapidement des produits du marché. Une mesure bénéfique selon lui puisque « les prévisions à moyen terme sont positives et que le prix d’adjudication du lait sur le marché connaît une tendance à la hausse ». Par ailleurs, 30 millions d’euros d’aides seront débloqués pour distribuer des produits laitiers aux réfugiés, une «mesure à caractère exceptionnel et ponctuel », « justifiée au vu de la crise humanitaire actuelle», a jugé Phil Hogan. Il s’est également dit prêt à mettre en place un nouveau régime de stockage privé pour le porc, étendu au lard frais. Embargo russe Interpellé par plusieurs sénateurs sur la gestion de l’embargo russe, le commissaire européen a réaffirmé la prolongation des mesures de soutien aux fruits et légumes, produits laitiers et viande de porc. Mais il a également rappelé la solidarité de l’UE vis-à-vis de la décision politique à l’origine de l’embargo (le soutien à l’Ukraine). Une solidarité des Etats membres qu’il semble vouloir appliquer également au niveau de l’embargo sanitaire imposé par la Russie au porc européen en raison de la peste porcine africaine : si la Russie s’est dite prête à rouvrir son marché à certains pays, notamment la France, le Danemark et l’Espagne, le commissaire européen reste attaché à l’idée d’un accord incluant les 28 pays. «Il faudra cependant d’abord que l’attitude de la Russie évolue», a-t-il ajouté.Solutions à moyen terme Phil Hogan a également évoqué des leviers pour améliorer la situation à plus long terme, comme un travail sur la structure de la chaîne alimentaire. Il préconise le dialogue entre les différents acteurs pour «une chaîne alimentaire équilibrée», et cite l’exemple de la Grande Bretagne, où les supermarchés ont augmenté leurs prix du lait pour mieux prendre en compte les charges des producteurs. Par ailleurs, il indique négocier «avec la Banque européenne d’investissement pour octroyer des taux de crédits plus intéressants afin de restructurer le secteur laitier». «J’espère un accord sur ces mesures d’ici le printemps 2016», a-t-il annoncé, précisant également mettre en place un groupe de travail sur les questions de financement de l’agriculture, groupe qui devrait donner ses recommandations dans un an. Interrogé sur la possibilité pour l’agriculture de bénéficier du Fonds Juncker pour l’investissement, le commissaire européen a précisé que certains projets qui «pourraient stimuler l’investissement dans les zones rurales» seraient éligibles, comme les projets liés aux infrastructures, à la recherche et aux PME, le tourisme rural ou la bioéconomie. Il n’a en revanche pas évoqué la possibilité de financer des projets de modernisation purement agricoles. Enfin, Phil Hogan assure être mobilisé pour conquérir de nouveaux marchés à l’export et «garantir la protection des produits de l’Union à forte valeur ajoutée dans le monde entier», ce qui vaut aussi pour le TTIP, source d’inquiétude pour plusieurs sénateurs. «Je veillerai à ce que les normes de l’Union européenne soient protégées» ; «oui, il faut faire attention, et j’ai l’impression que l’Union européenne n’est pas toujours considérée comme un partenaire à part entière par les Etats-Unis, mais nous exigeons le respect», a-t-il affirmé.


Phil Hogan répond à Michel Dantin

Dans une lettre envoyée au commissaire européen à l’Agriculture Phil Hogan, le 5 octobre, le député européen Michel Dantin rappelait les estimations de l’interprofession laitière qui prévoyait le dépôt de bilan de 20 % des exploitations d’ici la fin de la crise, si d’autres mesures d’urgence n’étaient pas adoptées à l’échelle de l’Europe. En réponse à cette interpellation, Phil Hogan a rappelé devant les sénateurs les mesures de soutien prises envers les producteurs de lait, avec les 63 millions d’euros de crédit alloués à la France dans le plan de soutien global de la Commission. Il a également rejeté l’argument de Michel Dantin en rappelant que pendant la crise laitière de 2009, avec un prix moyen de 28,7 centimes/Litre en France, seules 5,9 % des exploitations laitières avait disparu. En 2013 et 2014, deux bonnes années pour le lait, ce sont 3,7 % des producteurs laitiers français qui ont disparu. «D’autres facteurs entrent donc en jeu dans la disparition des exploitations», a conclu le Commissaire européen, arguant que les différences de coûts de production peuvent aussi être très nettes au sein même d’un Etat comme la France, et qu’il est «de la responsabilité des Etats membres de s’adapter à ces variations».

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