L'Agriculteur de l'Aisne 16 mai 2011 à 15h49 | Par Actuagri

Planteurs français de betteraves - Maintenir les outils de régulation pour rattraper le Brésil

Les planteurs français de betteraves militent pour le maintien jusqu’en 2020 du Règlement sucre européen, afin de sécuriser les approvisionnements dans l’UE et de rattraper le retard de compétitivité sur le mastodonte brésilien.

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1811. Napoléon décide de lancer la culture de la betterave sucrière en France pour contrer le blocus économique anglais, qui bloque l’acheminement du sucre de canne produit dans les colonies. 200 ans d’histoire de la culture betteravière française viennent de s’écouler, l’occasion pour la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), née en 1921, de publier un Livre Blanc. Intitulé « La Filière Betteravière de demain », les planteurs y livrent leurs objectifs pour garantir l’avenir de l’économie betteravière en France. Pour ce faire, à la veille de la réforme de la PAC et dans un contexte de volatilité accrue des marchés agricoles face à une demande alimentaire croissante, leur demande est limpide. La CGB réclame de la France et de l’Union européenne qu’elle maintienne dans la future PAC 2014-2020 les outils de régulation existants, inscrits dans le Règlement sucre de 2006 et qui se résument au triptyque : quotas, prix minimum, accords interprofessionnels.

Appui de Bruno Le Maire
Derrière cette demande, deux objectifs sont défendus. Le premier vise à sécuriser l’approvisionnement en sucre de la France, de l’Europe – la moitié de la production française est exportée vers l’Union – mais aussi du marché mondial à terme, de plus en plus sujet aux accidents climatiques. Parallèlement, même les grands pays exportateurs comme le Brésil qui ont chassé l’UE du marché mondial après 2005, ne parviennent plus à fournir la demande mondiale, passée de 130 millions de tonnes (Mt) de sucre brut en 2000 à 164,1 Mt en 2009 (estimation), selon le CEDUS. Les prix se sont donc mis à flamber (le prix de vente moyen pour l’UE est de 500 euros/tonne en janvier 2011 et le prix mondial du sucre blanc de 600 euros) et des situations de pénurie sont apparues dans l’UE.
Car personne n’a anticipé les niveaux de prix actuels qui détournent les exportations brésiliennes à destination de l’UE vers des marchés de proximité. Ainsi, pour satisfaire la demande, la betterave va être nécessaire aux côtés de la canne, explique la CGB. «Il ne faut donc pas fragiliser la culture betteravière» en démantelant les outils de régulation européens, «mais la conforter», souligne son président, Eric Lainé. Le 11 mai, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Bruno Le Maire, a d’ores et déjà affirmé qu’il était «totalement opposé à la suppression des quotas en 2015» et prêt à défendre le triptyque du Règlement sucre.

Un Brésil moins compétitif
Le second objectif de la filière betteravière française est de redevenir compétitive face au Brésil sur les dix prochaines années, à l’ombre du Règlement sucre. Le Brésil est le premier producteur mondial de sucre (de canne) avec 41 millions de tonnes (Mt) en 2009-2010 et il pèse 50 % des exportations mondiales. Les gains de compétitivité espérés pour la France pourraient lui permettre «de reprendre pied sur le marché mondial» en y redevenant exportatrice, explique le Directeur général de la CGB, Alain Jeanroy.
Ce qui le rend si optimiste ? L’écart de compétitivité s’est réduit depuis 10 ans entre la betterave et la canne, entre la France et le Brésil. Les coûts de production brésiliens ont été multipliés par trois en 20 ans en raison des impératifs de la mécanisation des récoltes et de la hausse des conditions de travail et des salaires brésiliens. «Le Brésil est désormais une économie développée et non plus émergente ; en dessous d’un prix du sucre à 300 euros/tonne, ça ne passe plus pour lui», commente Alain Jeanroy. Les cours mondiaux ne devraient donc plus être inférieurs à ces 300 euros tonne.


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La génétique au secours de la compétitivité
D’ici à 2020, la CGB projette de réduire les coûts de production de la filière française, et donc d’accroître sa compétitivité, grâce à un programme du génome de la betterave, inscrit dans le deuxième appel d’offres du «grand emprunt». 12 000 à 15 000 variétés de betteraves sauvages existent et leur phénotypage est désormais possible. Un gène intéresse tout particulièrement les planteurs français, celui de la résistance au froid. Mais il ne s’agirait pas de produire des betteraves génétiquement modifiées (OGM). L’objectif : pouvoir semer avant l’hiver pour une récolte débutant début août, ce qui permettrait un mois de plus de récolte et une hausse de production attendue de 30 %. Pour la CGB, l’abandon des quotas serait alors envisageable si la France parvenait à exporter ses excédents sur le marché mondial.

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