L'Agriculteur de l'Aisne 14 février 2014 à 08h00 | Par Gaetane Trichet

Point de vue - L’agriculture, apporteur de capitaux à la France

Philippe Dessertine, directeur de l’institut de Haute Finance à l’Institut français de gestion, professeur à l’institut d’administration des entreprises à Paris, était l’invité des 6èmes rencontres de l’agriculture et de l’agro-business organisées par le Crédit Agricole Nord Est le 6 février à Chamouille dans l'Aisne.

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«La crise actuelle qui a débuté en juillet 2007,est une crise des plus violentes et des plus longues. Elle est par ailleurs assimilée à celle des années 30» a commencé Philippe Dessertine. Cette crise est la conséquence de deux événements majeurs en 1989 : la chute du mur de Berlin signifiant la fin de la guerre froide d’un côté et l’ouverture à la mondialisation de l’autre.  A cette période, certains pays émergent, notamment la Chine, brutalement et rapidement. Dans les années 90, l’économie est florissante et durant cette décennie, 1,4 milliard de personnes vont sortir du seuil de pauvreté pour passer de 2 à 2,5 dollars. «Certes, petite évolution monétaire, mais fondamental d’un point de vue économique». Ce faible écart monétaire engendre une baisse de la mortalité, l’allongement de l’espérance de vie, une réduction de l’illettrisme... Ce qui amène la  jeunesse des pays pauvres à reprendre espoir et à se tourner vers la mondialisation. Lors des G 20, les pays émergents demandent aux pays riches de les aider. Oui, mais... les pays occidentaux sont d’accord, mais ils continuent en même temps, à maintenir un niveau de vie occidental largement surélevé par rapport au reste du monde et aux réalités économiques. Aussi, les Etats empruntent, les dettes commencent et s’accumulent. Débute la spirale récessive.

Des plans de relance inefficaces

Cette crise mondiale a plusieurs phases de répit suite à la mise en place par les autorités publiques de mesures comme la relance fiscale de George Bush au printemps 2008 avec la hausse des taux d’intérêts dans l’immobilier mais les banquiers font faillite, la garantie des dettes bancaires par les Etats fin 2008, les plans de relance à la suite de celui d’Obama début 2009, la garantie des dettes des Etats faibles par les Etats forts en 2010-2011. Et enfin, l’émission massive de monnaie par les propres banques centrales des États surendettés à partir de fin 2011. «90 milliards de dollars sont émis par mois par la FED (banque fédérale américaine). L’Europe suit l’exemple des Etats-Unis. La crise n’est pas pour autant finie. Si on arrête les injections de liquidités, les marchés s’effondrent». Et pourquoi les pays pauvres n’ont pas eux-même renfloué leurs comptes ? «C’est que leur monnaie n’est pas la monnaie du monde» explique Philippe Dessertine citant une phrase d’un secrétaire d’Etat américain : "le dollar est notre monnaie et votre problème".

La création de richesses pour enrayer la crise

Comment sortir alors de la spirale infernale pour arrêter des plans de relance qui ne font que maintenir artificiellement le niveau de vie occidental ? «En créant des richesses, en réduisant les dépenses publiques et en repensant le système de fond en comble» a assuré l’intervenant. «La richesse doit venir des acteurs économiques français ! N’oublions pas que la France a été la cinquième puissance économique mondiale». Pour Philippe Dessertine, les Français ont de besoin de retrouver du courage et de l’optimisme dans leur vie professionnelle, surtout les jeunes générations. «Il faut cesser de se morfondre, de dénigrer son emploi. Au contraire, il faut retrouver le plaisir de travailler, se passionner dans son boulot». Il a également regretté le manque d’intérêt en France pour les scientifiques. «Il faut faire confiance aux scientifiques et  accepter le progrès. Arrêtons l’excessif principe de précaution. Les Français sont devenus risquophobes, ce qui entraîne une montagne de réglementations qui nuisent à l’expansion économique. Une directive européenne  se traduit par 9 textes en France alors que c’est 1 et demi dans les autres pays !».Pour inventer un nouveau modèle économique, les Etats n’ont pas d’autres choix que de se baser sur une politique de l’offre plutôt qu’une politique de demande -autrement dit, produire plutôt que consommer-, accepter le fait d’être producteur, synonyme de grande puissance. «Pour cela, il faut se baser sur quatre révolutions majeures : l’énergie, qui peut se faire rapidement contrairement à ce que l’on pense,  la génétique, le numérique déjà commencé avec Facebook par exemple, et l’agriculture».

- © l'agriculteur de l'Aisne

L’agriculture : véritable enjeu dans l’économie française

Et oui, l’agriculture ! «Que de belles perspectives dans les 3, 5, 10 ans à venir : nourrir 9 milliards d’habitants, c’est ça le défi agricole. Et pourtant, la France, véritable puissance agricole, s’est fait dépasser par l’Allemagne et même les Pays-Bas. La France doit se ressaisir. La solution n’est pas dans la réglementation !» a-t-il commenté, regrettant le manque de stratégie gouvernemental et même agricole pour le secteur. Par ailleurs, «vous avez un énorme problème de communication, en partie responsable du déclin relatif de l’agriculture française par rapport à l’agriculture européenne. On véhicule une image de l’agriculture du 19ème siècle... Or, vous êtes dans un secteur de haute technologie et de recherche. Toute votre communication se traduit par une image négative» a-t-il déploré citant un exemple : «les députés d’une région industrielle avec des usines chimiques ont annoncé que c’était l’agriculture qui polluait... Tant que les Français penseront cela, il y aura des problèmes pour l’agriculture».

Face à la baisse du budget PAC, il estime qu’il «faut chercher tous les moyens notamment des fonds privés pour protéger et conserver l’agriculture. Il y a de l’avenir dans ce métier et les riches investisseurs du Golfe Persique ou d’Asie sont prêts à engager des fonds importants dans l’agriculture française réputée pour sa qualité. C’est bien signe qu’il y a des opportunités. Alors pourquoi les Français ne les voient pas et ne le saisissent pas ?!». Des propos qui n’ont pas manqué de faire réagir la salle. «Même les agriculteurs de notre pays n’investissent plus dans leur outil de travail. Il faut absolument creuser cette idée et avoir une stratégie d’ensemble et à long terme» a expliqué Philippe Dessertine, encourageant la France à ne pas freiner la recherche. «Il faut absolument renouer avec la science, facteur de compétitivité. La France doit être fière de son agriculture et ne jamais oublier qu’elle est un véritable enjeu dans l’économie du pays».

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