L'Agriculteur de l'Aisne 17 septembre 2010 à 16h03 | Par Gaëtane Trichet

Pour une agriculture innovante et diversifiée

Les membres de la Chambre d’agriculture se sont réunis en session à Laon autour du président Philippe Pinta, pour faire le point sur l’actualité.

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Olivier Dauger, membre de la Chambre d’agriculture, a détaillé les événements qui se sont déroulés au cours de l’été notamment les orages du 14 juillet 2010, particulièrement violents en Thiérache.  L’USAA a travaillé en commun avec les OPA et l’administration, pour trouver des solutions d’aides et d’accompagnement pour les sinistrés. «Tout ce qui a été décidé sera étendu aux agriculteurs des autres secteurs du département».

Annoncée comme médiocre, la moisson aura finalement été relativement satisfaisante avec des cours en hausse, redonnant un peu d’optimisme.

Le lait a été au coeur de l’actualité estivale avec le non respect de l’accord prix par certains industriels. Grâce au travail de la Fédération nationale des producteurs de lait, ces mêmes industriels ont revu leurs positions et les éléveurs ont eu gain de cause. «Si l’on parle de contractualisation, il faut que les règles soient claires» expliquait Olivier Dauger, constatant des remises en cause également chez les sucriers et les légumiers. «La contractualisation doit permettre de sécuriser la manière dont les marchés sont répercutés dans les différents maillons de la filière. On sait que l’affaiblissement progressif de la PAC, la dérégulation… fragilisent les maillons les plus faibles, en particulier celui des producteurs. La puissance publique a un rôle fort à jouer en dehors de sa bataille à Bruxelles pour préserver un minimum de régulation, c’est celui de sécuriser réellement la relation entre les producteurs et les industriels. Dans ce cadre, on aura besoin d’un décret sur la contractualisation qui apporte de réelles garanties et de réelles sécurités aux producteurs» a rappelé Henri Brichart, président de la FNPL. Olivier Dauger est ensuite revenu sur les distorsions de concurrence en Europe et sur le manque de recherche générant une baisse de compétitivité de la France. Retraite, GAEC entre époux loi de modernisation agricole, éléments topographiques, directive nitrates ont également été abordés.
La viande bovine dans la tourmente
La France est aujourd’hui déficitaire en production de viande bovine. «On pouvait s’attendre à une augmentation du prix. Ce n’est pas le cas du tout» déplorait Mathieu Canon. «Depuis 1997, le prix payé au producteur est toujours le même alors que le prix au consommateur a gagné 40 %. Et entre temps, nos charges ont augmenté, sans oublier le coût des mises aux normes. Les éleveurs souffrent» a-t-il insisté rappelant que l’Europe importe de la viande bovine pour combler son déficit. «Une augmentation de 60 cts au kilo de carcasse suffirait à renflouer les trésoreries !».

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La Commission Chasse et Territoires

L’agriculture et la forêt en lien avec le domaine de la chasse doivent trouver un équilibre durable entre leurs activités. La Commission Chasse et Territoires  qui remplace la section des dégâts de gibier, a été mise en place afin de trouver des solutions pour chaque problème de façon équilibrée pour les différents acteurs tout en respectant la loi et la sécurité de chacun. Robert Boitelle est revenu en détail sur la création en 1969, de la section «dégâts de gibier» de la Maison de l’agriculture et des premières indemnisations agricoles pour dégâts de grands gibiers. «Aujourd’hui, nous abordons le deuxième schéma départemental de gestion cynégétique avec 80 objectifs fixés dont l’évolution du plan de chasse petits gibiers en gestion de gestion et le contrat agro-sylvo-cynégétique sangliers, cerfs et chevreuils en cours d’étude». La Commission a pour missions de porter la voix de l’agriculture dans les lieux de décision concernant la gestion des populations, la prévention des dégâts, les barèmes d’indemnisation des dégâts, les nuisibles, les dates d’ouverture et fermeture de la chasse aux différentes espèces. «Nous souhaitons dans cette commission, tendre vers un équilibre entre les intérêts agricoles et ceux de la chasse. Ceci par un dialogue permanent avec la Fédération des chasseurs, les pouvoirs publics avec un besoin de résultats, avec des surfaces de dégâts contenues autour de 500 ha et des indemnisations de dégâts en cohérence avec les prix de marché», commentait Robert Boitelle. «Nous avons différentes perspectives comme rédiger les contrats agro-sylvo-cynégétique sangliers, cerfs et chevreuils pour 2010-2011, améliorer  la gestion des habitats, améliorer la prévention des dégâts de gibiers, affiner la gestion des litiges…».
La commission chasse et territoire est donc un élément majeur pour représenter les intérêts agricoles et sylvicoles, deux secteurs qui restent des activités économiques prioritaires sur tous les territoires. Sans oublier leur contribution à l’équilibre de la faune, de la flore et au maintien des habitats et des paysages.

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La Chambre d’agriculture se positionne pour une PAC économiquement durable

Le cadre de la PAC 2013 est en préparation. La régulation des marchés, les aides d’orientation, les DPU pour le premier pilier et les mesures agro-envrionnementales, les aides compensatrices de handicap naturel et les aides à l’installation modernisation et développement rural pour le deuxième pilier sont au coeur des débats. Dacian Ciolos, commissaire européen à l’agriculture, devrait rendre sa copie en novembre 2010.
Philippe Pinta a demandé à Thierry Fellmann, sous-directeur de l’APCA (association permanente des Chambres d’agriculture) responsable du pôle économie et politiques agricoles, de faire un point sur l'état des forces en présence, les stratégies des uns et des autres, les alliances nécessaires pour dégager des majorités et obtenir des décisions. «La France représente 300.000 exploitations professionnelles sur 12 millions dans l’Europe à 27. Elle rassemble 21 % du cheptel bovin européen (1/5). Elle est le deuxième producteur de lait. L'Allemagne et la France produisent 34 % du lait européen. La France, l'Allemagne, le Royaume Uni et l'Italie réalisent 60 % du chiffre d'affaires de l'agroalimentaire de l'Europe. La France pèse 20 % dans la production céréalière européenne. Elle est aussi le premier producteur de vin avec environ 50 % de la production européenne. C'est dire que cette réforme nous concerne mais aussi que les alliances ne sont pas évidentes» a rappelé Philippe Pinta avant de donner la parole à Thierry Fellman. «Dans les débats actuels, la PAC a pour objectif d’assurer l’indépendance et la sécurité alimentaire de l’Union européenne et de contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux. Cette PAC doit permettre de préserver les équilibres des territoires ruraux et participer à la lutte contre les changements climatiques et l’amélioration de l’environnement. Mais elle doit aussi rémunérer les biens publics».

Non au recouplage des aides

«Les premières orientations de la PAC 2013 sont axées sur la régulation avec la fin du démantèlement et vers la création d’une boîte à outils». Au Conseil, une grande majorité d’États membres considère qu’on est allé assez loin dans la dérégulation. Le Parlement Européen souhaite le maintien du stockage public et privé, de l’intervention et une assurance climatique. Le COPA-COGECA espère le maintien des outils existants et propose de nouvelles mesures centrées sur le rôle des acteurs économiques et leur capacité à s’entendre. Il réaffirme son attachement à des filets de sécurité, demande des mesures fiscales adaptées et met en avant la transparence des marchés. Quelle est l’approche de la Commission ? Elle veut maintenir les outils actuels mais s’interroge sur le prix d’intervention unique en Europe et la meilleure façon de maintenir des mécanismes d’intervention en tenant compte de l’hétérogénéité en Europe. Elle refuse tout ce qui tourne autour des aides contracycliques c'est-à-dire des aides qui seraient variables en fonction des revenus ou des marchés puisque c’est une forme de recouplage. Elle met aussi en avant  la notion de boîte à outils (assurances, fonds de mutualisation, aide au revenu…). Quant au sujet du droit de la concurrence, son adaptation n’est pas encore faite…

Vers un verdissement des aides

Le développement rural monte en puissance dans la politique agricole. C’est un débat qui plait au grand public. Il y a un consensus général pour en finir avec les références historiques d’où le besoin de redéfinir des critères de répartition entre États membres et les agriculteurs. L’autre point important est la justification du soutien qui doit être réaffirmé. La notion de biens publics est de son côté, devenu un thème récurrent dans les débats communautaires. Le leitmotiv de ses défenseurs (ONG environnementales…) : «l’argent public aux biens publics» avec une volonté de cibler les aides vers des agricultures qui produisent des biens publics sachant que la définition de biens publics pour les ONG est limitée à la biodiversité, au climat, à la qualité de l’eau.
Dans ce débat sur les aides, le COPA-COGECA attend une répartition entre États membres plus équilibrée et pense que le rôle des aides directes doit servir aux biens publics à condition de renforcer la sécurité alimentaire aux personnes (qui aux yeux du COPA-COGECA peut être d’ordre public) ou encore la stabilité du marché… Le Parlement opte aussi pour une répartition plus équitable des aides aux agriculteurs de toute l’Union européenne avec des outils pour entrer dans la «croissance verte». La Commission prône une répartition États membres mais sur quels critères objectifs ? Une chose est sûre : il existe un large consensus sur le maintien d’un deuxième pilier dans la PAC.

7 défis pour la PAC
Dacian Ciolos souhaite relever 7 défis  au travers de la PAC 2013. Le défi de la  mondialisation : l’Union européenne doit apporter sa contribution à la sécurité alimentaire mondiale. Le défi alimentaire doit être défini au niveau communautaire.
Le défi environnemental : l'agriculture a les solutions notamment par l'amélioration des techniques de production. Le défi économique : restent présents le filet de sécurité solide, la gestion des risques et des crises, les outils de gestion de marché, ainsi que le nouveau dispositif face à la volatilité des revenus et nouvelle relation au sein de la chaîne alimentaire.  Le défi territorial : la PAC doit être un facteur de la réussite de la stratégie Europe 2020 et un facteur de répartition équitable des aides sur le territoire. Le défi de la diversité : faire cohabiter toutes les agricultures, en suivant les succès que représentent LEADER et les réseaux de développement rural. Enfin la simplicité : une PAC plus simple et compréhensible pour les agriculteurs.


Les travaux engagés par les Chambres d’Agriculture
Les Chambres d’agriculture mènent des travaux de réflexions  pour porter  des amendements aux rapports du Parlement sur les orientations PAC 2013, notamment sur le volet régulation de marché.
Elles réaffirment aujourd’hui leur entrée économique de la PAC avec une performance économique durable sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Elles veulent une agriculture innovante, diversifiée et dans le marché mais protégée de ses variations erratiques. Les orientations prioritaires sont axées sur les outils d’intervention sur les marchés, le renforcement du pouvoir de marché des producteurs, et l’obtention  de réponses en cas d’aléas climatiques et économiques. Les Chambres travaillent sur des stratégies pour une agriculture compétitive garante de territoires dynamiques et de ressources naturelles préservées. Enfin, elles se positionnent pour une agriculture au bénéfice des consommateurs européens avec l’accès à l’alimentation pour les plus démunis et une garantie sur la connaissance des produits et la transparence des marges au sein de la chaîne alimentaire.

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